Coronavirus : Cinquième ou sixième… Parler de vague épidémique a-t-il encore du sens ?

VOCABULAIRE Utiliser l’analogie de la mer pour la pandémie de coronavirus est-il le meilleur moyen pour se noyer ou la meilleure manière d’aborder cette crise sanitaire ?

Marie De Fournas
— 
Une vague, la bonne comparaison pour parler du coronavirus?
Une vague, la bonne comparaison pour parler du coronavirus? — Fotoworkshop4You / Pixabay
  • Alors que l'exécutif assure que le pic de la cinquième vague de Covid-19 est atteint, la communauté scientifique se penche déjà sur l’arrivée de la sixième.
  • S’il y a de quoi se noyer dans l'enchaînement des vagues, la référence à la déferlante s’avère en réalité très adaptée pour évoquer la crise sanitaire, tant sur le plan scientifique que sur celui de la communication.
  • Explications avec l’épidémiologiste et professeur de santé publique à l’université de Genève, Antoine Flahault.

De la même façon que l’on comptait les manifestations des « gilets jaunes » en « actes », l’épidémie de coronavirus se fractionne depuis deux ans en « vagues » successives. Avec émergence du nouveau variant Omicron en pleine vague Delta, les multiples discours politiques et scientifiques ou encore les écarts de propagation du virus entre les différents pays, difficile cependant de s’y retrouver… au point d’avoir légèrement le mal de mer. Pourtant, selon l’épidémiologiste et professeur de santé publique à l’université de Genève, Antoine Flahault, parler de vague a encore du sens deux ans après le début de la pandémie de Covid-19.

Pourquoi est-on un peu noyé dans toutes ces vagues ?

Si la situation n’est pas évidente à suivre, ce n’est pas que la faute du coronavirus. C’est également celle des déclarations qui déferlent de toutes parts. Rien que ce mardi, le ministre de la Santé Olivier Véran a déclaré lors de la séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale que la France avait a priori « atteint un pic épidémique », avec 50.000 contaminations par jour. Sauf que le même jour, à l’hôpital André-Grégoire de Montreuil (Seine-Saint-Denis), le chef du service de réanimation, Dr Vincent Das, a assuré à l’AFP que l’on « n’entrevoy[ait] pas le pic » de cette cinquième vague. D’autre part, en pleine cinquième vague liée au variant Delta a surgi le variant Omicron qui a fait craindre d’emblée aux experts une sixième vague. Dans leur avis du 8 décembre, le Conseil scientifique a ainsi émis la possibilité d’un « surcroît d’hospitalisations qui se rajoutera à celles liées à la vague Delta ». Lundi sur RTL, le patron de l’AP-HP Martin Hirsch a, quant à lui, prédit une sixième vague pour le mois de janvier.

Enfin, comme la pandémie est mondiale, il ne faut pas oublier les infos provenant des autres pays. « Au Royaume-Uni, la cinquième vague ne redescend pas, contrairement à l’Allemagne et l’Autriche qui ont adopté des mesures très strictes », compare Antoine Flahault. De son côté, la Suède, pays avec le taux d’incidence le plus bas d’Europe, attend toujours sa quatrième vague de contamination. Bref, c’est un peu à chacun sa vague.

Alors le mot « vague » ne serait-il pas galvaudé ?

On parle de vague épidémique lorsque les nombres de contaminations et d’hospitalisations augmentent. Or, c’est toujours le cas aujourd’hui. Il est donc légitime pour Antoine Flahault d’utiliser cette analogie. « Peut-être que dans quelques mois ou dans quelques années, si on arrive à limiter le nombre de formes graves du Covid-19 et donc à changer le cours de la pandémie, on cessera alors d’employer ce terme », explique l’épidémiologiste. De plus, bien que le mot ne figure pas dans les livres que l’on étudie en épidémiologie, il s’avère que l’image est très exacte sur le plan scientifique. « Les vagues ont la même forme que les courbes de contaminations que l’on observe dans différents pays », souligne l’expert, également directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève.

A noter que l’image aiderait également le grand public à mieux comprendre l’épidémie et son impact. « L’analogie avec le monde maritime est très parlante et forte, abonde Antoine Flahault. Faire référence aux vagues lorsque l’on parle d’épidémies est adapté car ces dernières se propagent. Quand on parle de la vague au Royaume-Uni[plutôt un raz-de-marée], on peut se dire qu’elle va déferler sur notre territoire, tout comme des vagues sur une plage. La vague peut noyer, détruire et emporter. »

Le mot « vague » va-t-il être utilisé encore longtemps ?

Antoine Flahault estime que l’on pourrait même pousser encore plus loin l’analogie maritime afin de mieux décrire les différents phénomènes de la pandémie de coronavirus. « Dans l’océan, il y a la houle, ces vagues qui montent et qui descendent sur lesquelles les marins naviguent sans que cela ne les gêne. Mais il y a aussi les vagues qui déferlent sur le rivage ou en pleine mer et qui sont extrêmement dangereuses. La houle pourrait symboliser les contaminations avec des effets mineurs et les vagues qui déferlent pourraient être l’équivalent de la mortalité lié à des formes graves de Covid-19 ».

Il existe peut-être même un phénomène maritime qui pourrait illustrer la greffe de cette sixième vague sur une cinquième vague de Covid-19 toujours en cours. « Parfois, la conjonction de deux houles peut entraîner une vague d’une très grande hauteur et qui devient fracassante lorsqu’elle déferle. C’est la théorie des vagues scélérates », note Antoine Flahault. Reste à savoir jusqu’à quand nous compterons les vagues et si nous irons aussi loin qu'avec les « gilets jaunes » et leur « acte 65 ».