Vaccination : « Je vais perdre mon pass »… La colère des plus de 65 ans qui ne trouvent pas de créneau pour le rappel

PASS SANITAIRE Les plus de 65 ans qui n’ont toujours pas reçu leur rappel vaccinal sept mois après la dernière dose vont perdre leur pass sanitaire à partir de ce mercredi

Anissa Boumediene
Covid-19: 400.000 seniors pourraient perdre leur pass sanitaire à partir du 15 décembre — 20 Minutes
  • Face à la virulence de la cinquième vague, tous les Français de plus de 18 ans sont éligibles à la dose de rappel, ce qui provoque une ruée vers les centres de vaccination.
  • Mais pour les plus de 65 ans qui n’ont pas encore reçu ce rappel, difficile de trouver un créneau.
  • Or, si la dernière injection remonte à plus de sept mois, le pass sanitaire expirera à compter de ce mercredi.

Pas de dose de rappel, pas de pass sanitaire ! Si vous avez plus de 65 ans et que vous ne l’avez pas encore reçue, adieu restaurant, théâtre, et même visite à un proche résidant en Ehpad. Car pour cette tranche d’âge, « le rappel est nécessaire à partir du 15 décembre », indique le Conseil scientifique. Le 6 décembre, pour tenter de contenir la cinquième vague de coronavirus, Jean Castex a conditionné la validité du pass sanitaire à l’injection de la dose de rappel pour l’ensemble des plus de 18 ans, dont le pass sanitaire expirera ce mercredi pour les plus de 65 ans, et au 15 janvier pour les autres.

Résultat : les créneaux ont été pris d’assaut, laissant nombre de plus de 65 ans sur le carreau. Pour les protéger du virus alors que le variant Omicron se propage, et pour ne pas les priver de pass, Jean Castex avait annoncé que cette tranche d’âge pouvait accéder en priorité à la vaccination en pouvant se présenter sans rendez-vous en centre de vaccination. Sauf qu’en pratique, c’est un peu plus compliqué que cela.

Un délai raccourci

La Haute autorité de santé (HAS) prévoyait au départ que cette dose de rappel, ouverte aux plus de 65 ans depuis le 1er septembre, soit « administrée après un délai d’au moins 6 mois suivant la primo-vaccination complète ». Mais la cinquième vague a changé la donne et désormais, chacun est éligible au rappel « 5 mois après la dernière injection d’un vaccin à double dose (Pfizer, Moderna, Astrazeneca) ; et 1 mois après la monodose pour le Janssen », indique le ministère de la Santé.

Un raccourcissement des délais qui ulcère Jean-Marie, 72 ans : « J’ai reçu un mail de la Sécurité sociale le 22 novembre me faisant savoir que j’étais prioritaire pour le rappel à l’échéance des 6 mois de ma deuxième dose, reçue le 1er juin. Je ne pouvais donc pas m’inscrire avant le 1er décembre. Puis, début décembre, après les annonces de Jean Castex, j’ai reçu un nouveau mail "Rappel" m’informant que je devais faire la 3e dose, non plus dans les six mois, mais dans les cinq mois ! J’ai immédiatement pris rendez-vous sur une plateforme, et le plus tôt que j’ai pu décrocher m’est fixé au 11 janvier par mon médecin traitant », déplore le septuagénaire.

Un calendrier serré

Aujourd’hui, 400.000 Français de plus de 65 ans sont concernés par l’expiration de leur pass sanitaire. Le calendrier est assez serré, mais une fenêtre est prévue entre la date d’éligibilité et l’expiration effective du pass. Ainsi, « les personnes de 65 ans et plus vaccinées avec des vaccins à double dose (Pfizer, Moderna, Astrazeneca) devront avoir reçu leur dose de rappel 7 mois après leur dernière injection, et 2 mois maximum » pour Janssen, précise le ministère de la Santé.

Heidi, bien informée sur ce calendrier, ne stresse pas. Vaccinée en septembre, « je ne serai éligible au rappel que début février, et mon pass lui, reste valable jusqu’au 4 avril, nous dit-elle. J’aurai alors 81 ans, et je ne panique pas ». Mais pour ceux qui ont bouclé leur schéma plus tôt, la détente n’est pas vraiment le mot d’ordre. « Je reçois des avis sur mon application TousAntiCovid m’informant de l’annulation de mon pass au 1er janvier si je n’ai pas fait la 3e dose avant cette date. Et c’est pareil pour mon épouse, s’agace Jean-Marie, qui songe à déposer une plainte auprès du tribunal administratif » face à ces changements.

« Il n’y a pas de doses » sans rendez-vous, et pas de rendez-vous

Jean-Marc, 66 ans, s’y était pris à l’avance. « Il y a cinq semaines, j’ai pris rendez-vous pour le 18 décembre, soit un mois avant la fin de mon pass. Et là, je viens de recevoir un texto m’informant qu’il n’y avait pas de doses ! Depuis je n’arrête pas de chercher, mais je ne trouve rien avant la fin février au plus tôt, alors que je cherche dans un périmètre de 40 km ! Et le 6 janvier, mon pass ne sera plus valide. Du coup, j’annule mon projet de vacances pour fin janvier, les répétitions de théâtre, les expos et les concerts que je donne en tant que musicien. Grosso modo, je laisse tout tomber », résume-t-il, dépité.

« Depuis plusieurs semaines, j’ai toujours le même message sur Doctolib : "Aucun rendez-vous n’est disponible pour le moment", et c’est pareil partout dans le département » , s’agace Marc, qui aimerait « recevoir la troisième dose le plus rapidement possible ». Michel, 67 ans, a tenté la vaccination sans rendez-vous. Et sans succès. « On m’a dit il n’y avait pas de cas prioritaires, donc je suis reparti bredouille ». Idem pour Alain, 76 ans, qui a « tenté trois centres, et aucun n’a accepté de me vacciner ». Et comme eux, « ces derniers jours, on voit pas mal de personnes de plus de 65 ans repartir bredouilles du centre de vaccination, parce qu’il n’y a pas assez de doses pour les accueillir sans rendez-vous », confirme le Dr Jean-Paul Hamon, médecin généraliste à Clamart (Hauts-de-Seine) et président d’honneur de la Fédération des médecins de France (FMF).

« La logistique ne suit pas »

« Les intentions sont là mais avec des annonces la veille pour le lendemain, la logistique ne suit pas, déplore le Dr Hamon. Les collègues du centre de vaccination sont un peu à cran parce que les capacités sont beaucoup plus limitées que ce qu’on avait en juin et juillet, quand on pouvait vacciner 1.400 personnes par jour, contre 500 aujourd’hui », indique le médecin généraliste, qui « vaccine entre 40 et 60 personnes par semaine au cabinet » et prête main-forte au centre de vaccination.

En outre, « avoir raccourci les délais d’éligibilité ouvre cette troisième dose à un nombre très important de personnes, vaccinées au plus fort de la campagne cet été. La cadence est difficile à tenir, et puisque tous les plus de 18 ans peuvent se faire vacciner, cela complique d’autant plus le parcours des plus de 65 ans », observe le Dr Hamon, qui plaide « pour plus de souplesse ».

Pas de délai supplémentaire accordé

Mais elle n’est pas au programme pour le gouvernement. Ainsi, à compter de ce mercredi, « pour les plus de 65 ans qui ont eu leur dernière dose il y a plus de sept mois, le pass sanitaire ne sera plus valide », a insisté mardi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. Selon les derniers chiffres de Santé publique France, « au 7 décembre, parmi les personnes de 65 ans et plus, 51,4 % avaient reçu une dose de rappel ».

Sans leur pass, les plus de 65 ans verront leur QR code automatiquement désactivé et devront, comme les non-vaccinés, disposer d’un test négatif de moins de 24 heures pour accéder à un lieu ou événement soumis au pass. « Je vais être sanctionné alors que je n’y suis pour rien », regrette Michel.