Vaccination : Peut-on développer « trop » d’anticorps après la dose de rappel ?

CORONAVIRUS Si plus de 12 millions de Français ont d’ores et déjà reçu leur dose de rappel, certains s’inquiètent des effets de cette dose supplémentaire

Anissa Boumediene
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Les autorités espèrent que 20 millions de Français auront reçu leur dose de rappel d'ici à Noël
Les autorités espèrent que 20 millions de Français auront reçu leur dose de rappel d'ici à Noël — Thibault Camus/AP/SIPA
  • Face à une cinquième vague de coronavirus fulgurante, le gouvernement veut accélérer la campagne de rappel vaccinal.
  • A ce jour, plus de 12 millions de personnes l’ont reçue, mais certains s’inquiètent des effets particuliers de cette dose.
  • Faut-il faire un test sérologique ? Peut-on avoir « trop » d’anticorps après cette dose de rappel ? 20 Minutes vous répond.

Troisième dose, dose de rappel ou dose booster : peu importe son nom, cette injection supplémentaire sera indispensable pour continuer à disposer de son pass sanitaire. Dès le 15 décembre pour les plus de 65 ans, et à compter du 15 janvier pour les autres. De quoi pousser les foules à chercher un créneau. Enfin, les foules moins quelques sceptiques frileux à l’idée de recevoir une dose supplémentaire.

En pleine déferlante de la cinquième vague de coronavirus, ce rappel a vocation à booster notre immunité en ordonnant à notre organisme de relancer la fabrication d’anticorps protecteurs. Mais des anticorps, peut-on en produire trop ? Cette troisième dose cause-t-elle plus d’effets indésirables que les précédentes ?

Dans quelle mesure la dose de rappel stimule-t-elle l’immunité et peut-elle générer trop d’anticorps ?

Avec 60.000 contaminations quotidiennes recensées en moyenne ces derniers jours et des infections (peu graves) constatées chez des personnes ayant pourtant un schéma vaccinal complet, cette cinquième vague montre que quelques mois seulement après avoir reçu le vaccin anti-Covid, nos taux d’anticorps ont trop baissé pour empêcher la flambée épidémique. Cette vague a poussé les autorités sanitaires à accélérer la campagne de rappel pour tous. « Les données disponibles soutiennent l’administration sûre et efficace d’une dose de rappel dès trois mois après la fin de la primo-vaccination si un intervalle aussi court est souhaitable du point de vue de la santé publique », a indiqué ce jeudi Marco Cavaleri, chef de la stratégie vaccinale de l’Agence européenne des médicaments (EMA), qui jusqu’ici recommandait d’attendre six mois.

Une récente étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) démontre l’effet de cette dose booster. « Pour les personnes de plus de 60 ans dont le statut complet remonte à plus de six mois, (elle) améliore la protection vaccinale à 95 % environ » et « réduit fortement le risque d’hospitalisation ». Et selon une autre étude prépubliée sur la plateforme   Medrixv, elle permet aussi de prévenir l’infection et, ainsi, de casser les chaînes de transmission. « Il n’y a absolument aucun risque à avoir une grande quantité d’anticorps, d’autant qu’ils sont voués à diminuer dans le temps », rassure Lionel Barrand, président du syndicat  Les biologistes médicaux.

En outre, quelques semaines après la découverte du variant Omicron, dont les mutations pourraient le rendre plus résistant aux vaccins, avoir beaucoup d’anticorps est plutôt un atout. « Omicron est un variant qui échappe beaucoup plus aux anticorps », a souligné mercredi Ugur Sahin, PDG de l’allemand BioNTech et partenaire de Pfizer. Cette nouvelle souche n’est donc « probablement pas suffisamment neutralisée après deux doses », a reconnu le même jour le duo germano-américain, qui planche sur une version actualisée de son sérum. Mais « le vaccin est toujours efficace contre le  Covid-19 s’il a été administré trois fois », assurent-ils dans un communiqué fondé sur des études pas encore publiées.

Quels sont les seuils protecteurs ? Y aurait-il un intérêt à faire un dosage d’anticorps avant de recevoir sa dose booster ?

« On sait depuis un moment identifier la présence d’anticorps dans le sang, mais il reste difficile d’évaluer précisément les seuils protecteurs contre l’infection. On est davantage sur des estimations, tempère le biologiste. Sans compter l’immunité cellulaire, qu’on ne mesure pas aujourd’hui, mais qui a un rôle très important. J’ai énormément de patients qui me disent : "j’ai un taux d’anticorps très élevé", à 300 ou 500 unités, mais cela ne veut rien dire. Moins de deux semaines après une injection, ce taux peut être à 40.000. Donc, surtout pas d’interprétation à la légère, cela ne sert à rien, ce serait même dangereux. Si on a un taux d’anticorps élevé, tant mieux, c’est ce qui est recherché. En revanche, cela ne doit pas définir la stratégie de vaccination, et ne doit en aucun cas servir de socle à l’idée qu’une dose de rappel ne serait pas nécessaire. Aujourd’hui, le taux d’anticorps n’apporte en lui-même aucune information exploitable », insiste Lionel Barrand.

« Il n’existe pas encore de données permettant de définir des corrélats de protection, c’est-à-dire l’existence d’un niveau de protection par rapport à un taux d’anticorps mesuré », abonde la Haute autorité de santé.

Y a-t-il plus d’effets indésirables après la dose de rappel comparé aux doses précédentes ?

Plus mal au point d’injection, une plus forte fièvre : certains décrivent des effets indésirables plus forts après ce rappel. De nombreux facteurs peuvent expliquer des réactions plus ou moins fortes selon les individus. « Cela dépend aussi de l’immunité de chacun : une personne qui a une faible immunité a bien souvent moins d’effets après le vaccin parce qu’elle se défend moins », relève Lionel Barrand. C’est d’ailleurs ce qui explique que, avant la dose de rappel, les personnes immunodéprimées aient eu besoin d’une troisième dose pour avoir un schéma vaccinal complet, contre deux en population générale.

« L’inflammation générée par le vaccin peut donner des symptômes, c’est assez fréquent. Mais si les effets ressentis sont plus forts, ce n’est pas parce qu’on produirait trop d’anticorps, mais parce que l’organisme a déjà été stimulé contre le virus, insiste le biologiste. Il est logique d’avoir plus d’effets après la deuxième ou la troisième dose qu’après la première. Il n’y a rien d’inquiétant ».

Ainsi, avec le sérum de Pfizer-BioNTech, « aucun signal spécifique n’a été identifié chez les personnes ayant eu une dose de rappel. Le profil des effets indésirables rapportés est similaire à celui rapporté (…) en début de campagne », rassure l’ANSM. Idem pour Moderna : « Aucun signal spécifique n’a été identifié concernant les doses de rappel et les troisièmes doses ».

Alors qu’à ce jour en France, plus de 12 millions de personnes ont reçu leur rappel, le ministre de la Santé, Olivier Véran, « souhaite que nous soyons 20 millions éligibles à l’avoir eu d’ici à Noël. La dynamique actuelle nous permet de l’espérer », a-t-il déclaré vendredi. Un tel objectif constituerait selon lui « un véritable exploit », et impliquerait de continuer à « être à 500, 600, 700.000 vaccinations de rappel par jour ».