Vaccination : Risques, efficacité… Une dose de rappel avec le vaccin de Moderna ou de Pfizer, c’est vraiment pareil ?

CORONAVIRUS Les deux vaccins anti-Covid, qui reposent sur la technologie de l’ARN messager, présentent quelques petites différentes mais offrent chacun un boost immunitaire protecteur à l’occasion de l’injection de la dose de rappel

Anissa Boumediene
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Une dose de rappel avec le vaccin de Moderna ou de Pfizer, est-ce la même chose?
Une dose de rappel avec le vaccin de Moderna ou de Pfizer, est-ce la même chose? — BERTRAND GUAY / AFP
  • Alors que la population générale est appelée à recevoir sa dose de rappel, certains s’interrogent sur les éventuelles différences entre les deux vaccins à ARN messager disponibles.
  • Les sérums mis au point par Pfizer et Moderna reposent tous deux sur la même technologie, et affichent des taux d’efficacité comparables.
  • De petites différences existent toutefois entre les deux vaccins, qui ne s’adressent pas exactement aux mêmes populations.

« Pfizer ou Moderna » ? «  Moderna ou Pfizer » ? En tapant le nom d’un des deux vaccins dans un moteur de recherche, le nom de l’autre apparaît dans la foulée, signe des interrogations des Français à l’heure de la dose de rappel, qui ne savent plus à quel sérum se vouer. « Ça peut être du Moderna ou du Pfizer, indistinctement », « c’est pareil », a assuré le ministre de la Santé, Olivier Véran, vendredi sur franceinfo.

A moins de dix jours des vacances scolaires, l’emballement de la cinquième vague de coronavirus fait planer une ombre peu réjouissante sur les fêtes. Le chef du gouvernement, Jean Castex, a appelé les Français à limiter leurs interactions sociales avant Noël, mais le gouvernement mise surtout sur la vaccination. Et s’il prépare son ouverture prochaine aux enfants, pour l’heure, il veut surtout mettre le paquet sur le déploiement de la dose de rappel en population générale. Mais avant d’être injectés dans les bras, dans les cœurs, les deux vaccins n’inspirent pas les mêmes sentiments. Pour les plus de 18 ans (qui arrivent à décrocher un rendez-vous), on observe une ruée vers Pfizer, alors que Moderna est plutôt boudé. Alors, entre les deux sérums à ARN messager (ARNm), c’est kif-kif bourricot ?

Avantage Moderna pour l’efficacité

Dans un contexte de flambée épidémique provoquée par le variant Delta, et alors que le variant Omicron a déjà été détecté dans au moins 38 pays, certains se demandent si, entre les deux vaccins anti-Covid à ARNm, l’un est plus protecteur que l’autre. « Ces deux vaccins sont des "frères jumeaux", ils s’appuient sur la même technologie et présentent une efficacité comparable, proche de 95 % », assure le ministère de la Santé.

Mais selon la littérature scientifique, l’avantage irait sur ce point à Moderna. « Plusieurs études conduites en conditions réelles d’utilisation tendent à montrer une efficacité vaccinale légèrement supérieure pour Spikevax [Moderna] par rapport à Comirnaty [Pfizer-BioNTech], dont l’efficacité est déjà très bonne, confortant l’intérêt de Spikevax, en particulier chez les personnes à risque de forme grave de Covid-19 », indique la Haute autorité de santé (HAS) dans un avis publié le 8 novembre.

Un avantage que Moderna conserverait également dans le temps, grâce à une efficacité qui baisserait moins vite au fil des mois que ses concurrents. Une étude publiée dans la revue Science le 4 novembre a suivi durant six mois un échantillon de 780.000 vétérans de l’armée américaine. Les résultats observés confirment que les vaccins de Pfizer, Janssen et Moderna perdent en efficacité au fil du temps, mais dans des proportions différentes. Six mois après la seconde dose (ou la dose pour Janssen), les vaccins de Janssen, Pfizer et Moderna affichaient un niveau de protection contre une infection de respectivement 13,1 %, 43,3 % et 58 %. Et offraient dans le même temps un niveau de protection contre les formes graves et les décès de 73 % pour Janssen, 84,3 % pour Pfizer et 81,5 % pour Moderna.

Avantage Pfizer pour l’adhésion des Français

Malgré ces chiffres, Moderna suscite la défiance et c’est Pfizer qui remporte l’adhésion des Français. Sur les plateformes de réservation, les délais ne sont pas les mêmes selon que l’on coche Moderna ou Pfizer comme préférence pour sa dose de rappel. Si pour le premier, il est possible de trouver à Paris un créneau dans la semaine, pour le second, il faut s’armer de patience, avec de premières disponibilités affichées en 2022, parfois pas avant avril ou mai. En cause, les stocks : alors que 85 % des doses Pfizer disponibles ont déjà été injectées, seules 41 % des doses de Moderna livrées à la France ont été administrées.

Pourquoi un tel écart ? A l’origine de la défiance, les risques de myocardite, une inflammation du muscle cardiaque, plus élevés avec le vaccin de Moderna. EPI-PHARE, le groupement d’intérêt scientifique piloté par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et la Cnam, a conduit une « nouvelle étude de pharmaco-épidémiologie pour caractériser le risque de myocardite et de péricardite avec les vaccins ARNm chez les sujets âgés de 12 à 50 ans en France ». Et si cette étude, publiée début octobre, «  confirme l’existence d’un risque peu fréquent de myocardite avec un vaccin ARNm particulièrement chez les jeunes de 12 à 29 ans, ce risque est plus élevé avec le vaccin Spikevax » de Moderna, indique l’ANSM.

A ce titre, la HAS recommande, dans son avis du 8 novembre, « pour la population âgée de moins de 30 ans et dès lors qu’il est disponible, le recours au vaccin Comirnaty [Pfizer] qu’il s’agisse de primo vaccination ou du rappel ». Plus tôt, le 6 octobre, la HAS lançait la campagne de la troisième dose seulement avec le Pfizer, attendant l’avis l’Agence européenne du médicament (EMA) sur l’usage de Moderna en dose de rappel.

Un dosage différent

Autre différence entre les deux sérums : leur dosage. Le Moderna est plus dosé que son presque jumeau Pfizer. Si une dose du premier doit être diluée avec 0,9 % de chlorure de sodium avant l’injection et contient 100 microgrammes d’antigènes, une dose du second n’en renferme, elle, que 30 microgrammes, et est injectée pure.

Et quand il s’agit de vacciner les plus jeunes, les différences font pencher la balance en faveur de Pfizer, premier vaccin approuvé par l’EMA et par la HAS pour les 12-17 ans en France. C’est même le seul vaccin autorisé il y a quelques jours pour la vaccination des enfants de 5 à 11 ans, qui pourrait démarrer dès la mi-décembre pour 360.000 enfants « à risque » de développer des formes graves du virus. Et «  si possible dès la fin de l’année » pour les autres, « sur la base du volontariat », a annoncé Jean Castex, alors que l’exécutif attend encore les « feux verts » de la HAS et du Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

Pour ce jeune public, le dosage ne sera pas le même. Il sera « trois fois inférieur au dosage utilisé chez les adultes », avec seulement « 10 microgrammes d’antigènes », a souligné sur franceinfo le Pr Daniel Floret, pédiatre et vice-président de la Commission technique des vaccinations de la HAS. Le gouvernement a déjà organisé la logistique, puisque « la première livraison des vaccins Pfizer avec une dilution adaptée pour les enfants sera faite le 13 décembre », a précisé Olivier Véran. A ce jour, plus de 12 millions de Français ont déjà fait leur dose de rappel, et Olivier Véran espère qu'« au 30 décembre, plus de 15 millions de Français l’auront eu ».