La Dépakine aurait des effets toxiques sur plusieurs générations, selon une association

SCANDALE L’association de victimes Apesac a mené une étude auprès de ses membres pour mesurer l’impact transgénérationnel de la Dépakine

20 Minutes avec agences
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(Illustration) Des boîtes de Dépakine.
(Illustration) Des boîtes de Dépakine. — LODI Franck/SIPA

Le principe actif de la Dépakine, qui cause des malformations et des troubles du développement chez le fœtus, pourrait également avoir des conséquences néfastes sur la génération suivante. L’association de victimes Apesac s’inquiète dans un communiqué publié ce lundi de « l’impact transgénérationnel de la Dépakine ». Devenues adultes, des personnes exposées à cette substance (le valproate) dans le ventre de leur mère pourraient, selon l’organisme, avoir des enfants eux-mêmes victimes de malformations ou de retards.



Une étude inquiétante

L’Apesac et sa fondatrice, Marine Martin, alertent depuis plusieurs années sur ce risque de transmission entre générations. Pour étayer ces affirmations, l’Apesac a réalisé une étude en interrogeant 108 membres de l’association qui avaient été exposés au valproate in utero (85 femmes et 23 hommes).

Ces 108 adultes ont eu 187 enfants au total. Sur ces 187 enfants, qui n’ont pas eux-mêmes été exposés au valproate, près du quart (23) présentent des malformations (mains ou pieds, cœur, reins…) et près de la moitié (88) des troubles neurodéveloppementaux (autisme, problèmes psychomoteurs, déficit d’attention…), certains cumulant les deux. L’épidémiologiste réputée Catherine Hill, qui travaille sur le valproate depuis plusieurs années, a participé à l’étude, publiée dans une revue médicale, Birth Defects Research.

« Ce mépris pour les victimes est insupportable »

Malgré les limites de ces travaux, notamment le fait qu’ils s’appuient sur des déclarations et non des diagnostics avérés, leurs résultats montrent « la nécessité d’études sur l’impact transgénérationnel de la Dépakine ». « Jusqu’à présent, rien n’a été fait, les données recueillies par l’Apesac ont été méprisées par les autorités sanitaires », déplore l’association. « Ce mépris pour les victimes est insupportable », ajoute Marie Martin, principale lanceuse d’alerte sur la Dépakine.

Ce médicament pris depuis l’enfance pour traiter son épilepsie a provoqué de lourdes séquelles neurologiques chez son fils né en 2002, et des difficultés de coordination motrice chez sa fille, née en 1999. Le valproate de sodium est commercialisé depuis 1967 par le laboratoire Sanofi sous les marques Dépakine (pour les patients épileptiques), Dépakote et Dépamide (pour les patients bipolaires), ainsi que sous des marques génériques.

Cette molécule serait responsable de malformations chez 2.150 à 4.100 enfants et de troubles neurodéveloppementaux chez 16.600 à 30.400 enfants, selon des estimations de l’Assurance maladie et de l’Agence du médicament (ANSM). Accusé par des familles de victimes d’avoir tardé à informer des risques, Sanofi a été mis en examen en 2020 pour «homicides involontaires» dans l’enquête pénale sur cette affaire.