Coronavirus : Agenda, dosage, efficacité, sécurité… Que sait-on du vaccin pour les enfants ?

VACCINATION Jean Castex a annoncé lundi soir que la vaccination sera ouverte aux enfants vulnérables dès le 15 décembre

Oihana Gabriel
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Covid-19: Quels sont les pays qui autorisent la vaccination des enfants ? — 20 Minutes
  • Après le feu vert de la HAS pour vacciner les enfants les plus vulnérables, Jean Castex a annoncé ce lundi soir que ces derniers pourraient être vaccinés contre le Covid-19 dès le 15 décembre.
  • Par ailleurs, cet accès à la vaccination pourrait être élargi à tous les 5-11 ans dès le 20 décembre, à condition que deux comités rendent des avis positifs d’ici là.
  • Que sait-on sur le vaccin pédiatrique de Pfizer qui sera utilisé, son efficacité et sa sécurité ? 20 Minutes fait le point.

Edit : Ce vendredi 17 décembre, le comité français d’éthique (CCNE) s’est prononcé en faveur de l’ouverture de la vaccination à tous les 5-11 ans, quelques jours après le feu vert de la HAS. A cette occasion, nous vous proposons de relire cet article pour tout savoir sur la vaccination des enfants.

Après le feu vert de la Haute Autorité de santé la semaine dernière, Jean Castex a annoncé ce lundi soir que les enfants de 5 à 11 ans à risques pourront se faire vacciner à partir du 15 décembre contre le Covid-19. « Nous disposons de tous les feux verts pour ouvrir la vaccination aux enfants de 5 à 11 ans à risque, c’est-à-dire qui souffrent d’obésité, de maladies respiratoires, cardiaques », a précisé Olivier Véran.

Par ailleurs, le Premier ministre envisage l’ouverture de la vaccination à tous les 5-11 ans, « si possible d’ici à la fin de l’année », précisant qu’elle se ferait sur la base du volontariat. L’occasion de revenir sur ce que l’on sait de ce vaccin pédiatrique.

Quel vaccin sera injecté aux enfants ?

Pour le moment, seul le vaccin développé par Pfizer/BioNTech est autorisé en Europe.

Le sérum de Moderna pour les enfants, lui, fait l’objet d’une évaluation par l’Agence européenne du médicament. Son avis est attendu fin décembre. Mai étant donné que la Haute Autorité de Santé a déconseillé l’usage du Moderna pour les moins de 30 ans en France, le Pfizer restera très probablement le seul injecté aux enfants.

Quand cette vaccination aura-t-elle lieu ?

Selon le ministère de la Santé, la France devrait recevoir « 1,9 million de doses pédiatriques le 13 décembre, qui permettront de commencer la campagne ». Olivier Véran a assuré ce lundi soir que la vaccination des enfants vulnérables pourrait commencer 48 heures après, soit bien le 15 décembre. Et pour les autres enfants âgés de 5 à 11 ans ? La vaccination pourrait débuter dès le 20 décembre dans les centres de vaccination et le 27 décembre en ville.

« Je mets une réserve : nous avons un avis favorable du Comité d’orientation de la stratégie vaccinale d’Alain Fischer, nous attendons les feux verts de la HAS et du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) », a nuancé Olivier Véran. Contacté, le CCNE nous a précisé que « pour le moment, il n’y a pas encore de date fixée, le groupe de travail débute ses réflexions ».

Le vaccin Pfizer pour les enfants est-il le même que pour les adultes ?

Oui, c’est le même produit. En revanche, il est moins dosé. Il contient en effet « 10 microgrammes de Pfizer au lieu de 30 [pour les adultes] », a souligné Alain Fischer, le président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale anti Covid-19, sur LCI.

Quelle est l’efficacité de ce vaccin ?

Selon une étude réalisée en double aveugle (ni les soignants, ni les patients ne savaient qui recevait le vaccin ou le placebo) publiée le 9 novembre dans The News england journal of medicine, « l’administration du vaccin avec deux doses de 10 milligrammes à 21 jours d’intervalle s’est avérée sûre, bien tolérée et efficace chez les enfants de 5 à 11 ans ».

Après une première phase pour déterminer la bonne dose à injecter, l’essai de phase 2 et 3 a concerné 2.268 enfants : 1.517 ont reçu un vaccin Pfizer et 751 un placebo. « Une infection symptomatique plus de sept jours après deuxième dose est intervenue chez trois receveurs du vaccin et chez seize enfants ayant eu du placebo, complète Frédéric Rieux-Laucat, directeur de recherche sur les maladies auto-immunes pédiatriques et chef d’équipe à l ’Institut Imagine. L’étude, réalisée sur un échantillon limité, conclut donc à une efficacité entre 90 et 96 %, comme chez l’adulte. »

Quels effets indésirables ont été repérés ?

L’Agence européenne des médicaments a approuvé le 25 novembre ce sérum développé par Pfizer. « Les effets secondaires, qui peuvent durer quelques jours, ont été jugés "légers ou modérés" et peuvent se manifester sous la forme d’une douleur localisée à l’endroit de l’injection, d’une fatigue, de maux de tête, de douleurs musculaires ou d’un rhume », a indiqué Marco Cavaleri, chef de la stratégie vaccinale de l’Agence européenne des Médicaments (EMA).

Par ailleurs, les Etats-Unis ont autorisé depuis le 3 novembre la vaccination des 5-11 ans, Israël depuis le 14 novembre, et le Canada le 24 novembre. On a peu de recul, mais aucun signal alarmant. « Ce qui est rassurant, c’est que dans les pays qui ont déjà commencé à vacciner les 5-11 ans, il n’y a aucun retour d’effets indésirables, souligne Frédéric Rieux-Laucat. Notamment de type myocardite, qui est celui redouté. Sachant qu’aux Etats-Unis, 5 millions d’enfants sont vaccinés. Nous n’avons pas une population d’enfants très différente des Etats-Unis ou d’Israël. Il n’y a donc pas de raison de penser qu’il y aurait un risque supérieur chez les enfants européens. S’il y a d’autres effets indésirables, on l’aurait su. » Et « le fait qu’il y en ait eu très peu chez les adolescents entre 12 et 17 ans, vaccinés depuis juin, est également rassurant », poursuit l’immunologiste.

Pourquoi vacciner tous les enfants alors qu’ils sont peu à risque face au Covid-19 ?

Dans son avis rendu mardi, la Haute Autorité de santé rappelle que seulement trois décès directement liés à la Covid-19 ont été recensés chez les enfants âgés de 5 à 11 ans depuis mars 2020. Mais « parmi les complications observées chez l’enfant, les "syndromes inflammatoires multi-systémiques pédiatriques" (PIMS) sont rares mais graves et nécessitent d’être détectés précocement pour enclencher une prise en charge hospitalière. Depuis le 2 mars 2020, 781 cas de PIMS ont été signalés par les pédiatres, 318 ont nécessité un séjour en réanimation et 199 en unité de soins critiques. »

« Ce n’est pas rien, souffle l’immunologiste. Si on a la capacité d’empêcher que plusieurs centaines d’enfants développent des formes sévères de Covid-19, pourquoi ne pas le faire ? » Il existe aussi le débat sur les formes longues de Covid-19, qui pourrait toucher les enfants, mais tout le monde n’est pas d’accord.

Et l’immunologiste de défendre la décision du gouvernement d’élargir cet accès. Il s’agit de « vacciner 100 % des enfants pour protéger une petite partie de la population, très fragile. C’est ce qui se passe aujourd’hui pour la rougeole, par exemple. »

L’autre donnée à prendre en compte, selon ce chercheur, est le fait que « le virus circule majoritairement chez les enfants. Or, on sait que la vaccination va contribuer à éviter les fermetures de classes, préjudiciables aux plus fragiles. Et on sait que cela a un impact psychologique sur ces enfants. »