Coronavirus : Les infectés-vaccinés sont protégés deux fois plus longtemps que les vaccinés tout court

ETUDE Une étude du CHU de Toulouse montre que les personnes infectées puis vaccinés sont protégées en moyenne 714 jours après l’injection du vaccin contre 309 jours chez les vaccinés tout court

Béatrice Colin
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Lors d'une vaccination de dose de rappel (Illustration).
Lors d'une vaccination de dose de rappel (Illustration). — Andrea Delbo/Shutterstock/SIPA
  • Après avoir déterminé les taux d’anticorps qui assurent un seuil de protection contre le Covid-19, une équipe du laboratoire de virologie du CHU de Toulouse a cherché à connaître la durée de cette protection.
  • Cette nouvelle étude montre que lorsque les taux de protection sont hauts ou très hauts un mois après la dernière vaccination, les personnes ayant été infectées par le Covid-19, puis vaccinées, sont protégées deux fois plus longtemps que celle ayant été juste vaccinées.
  • Chez les personnes infectées et vaccinées, cette durée protection peut aller jusqu’à 714 jours selon les résultats de cette étude.

Faut-il s’inquiéter si on n’arrive pas à trouver un rendez-vous pour réaliser sa dose de rappel de vaccination ? Reste-t-on protégé au-delà des six mois, période conseillée pour la réaliser ? Cette question, de nombreuses personnes se la pose alors que les centres de vaccination ont du mal à proposer des créneaux pour tous ceux qui aimeraient recevoir leur injection, de peur de ne plus avoir d’anticorps contre le coronavirus.

Une nouvelle étude menée par le laboratoire de virologie du CHU de Toulouse pourrait rassurer certains, en particulier ceux qui ont déjà eu le Covid-19. En septembre dernier, la même équipe avait déjà réussi à déterminer les taux d’anticorps totaux qui permettaient de protéger contre une contamination après avoir été infecté, vacciné ou les deux.

145 soignants suivis 143 jours

Elle a donc voulu savoir pendant combien de temps ils demeuraient efficaces après la vaccination. Ils ont suivi ainsi une cohorte de 145 soignants de l’hôpital sur 143 jours. A peu près 60 % d’entre eux n’avaient jamais eu le Covid, les 40 % restant ayant été infectés lors des premières vagues par le variant Alpha.

Pour y parvenir, ils ont fait tourner leur modèle mathématique en tenant compte du taux d’anticorps totaux dans le sang un mois après la première dose de vaccin chez les infectés vaccinés et après la deuxième dose chez les non infectés. C’est à cette période que se situe le pic d’anticorps présents dans le sang, avant de décroître plus ou moins rapidement. Tous avaient alors un taux d’anticorps au-dessus de 141 BAU/ml. Quand on passe en dessous de ce seuil, la protection tombe à seulement 12,4 % et où l’on redevient vulnérable au virus.

Ils les ont ensuite divisés les soignants en trois catégories : ceux qui avaient moins de 2.000 BAU par ml, ceux qui sont dans la catégorie intermédiaire entre 2.000 et 10.000 et ceux qui ont un taux d’anticorps totaux supérieur à 10.000 BAU/ml. « Dans la catégorie inférieure à 2.000 BAU/ml, il n’y a pas de différence entre ceux qui ont été infectés avant et ceux qui ne l’ont pas été. On est sur des durées de protection de 500 jours », explique Chloé Dimeglio, biostatisticienne au sein du laboratoire dont l’étude vient de paraître dans le magazine Clinical Infectious Diseases.

Jusqu’à 714 jours de protection pour les infectés-vaccinés

Au bout de 500 jours, leur protection chute en deçà du seuil fatidique des 141 BAU/ml de sang. « Sur les deux autres catégories, intermédiaire et supérieure, on voit des différences si on a été infecté au préalable ou pas. Sur la catégorie intermédiaire, si on a été infecté avant, on est à 603 jours de protection, contre 309 chez les vaccinés. On est donc protégé deux fois plus longtemps. Sur la catégorie des plus 10.000, on est protégé 714 jours si on a eu le Covid, avec une vaccination, et seulement 248 jours si on a été vacciné deux doses », poursuit la chercheuse.

Plus on part de haut, ce qui est le cas pour les personnes infectées, plus la décroissance des anticorps est donc rapide. « Mais les infectés vaccinés ont une durée de protection qui est globalement deux fois plus importante que celle des vaccinés tout court, ils sont protégés deux fois plus longtemps », ponctue Chloé Diméglio.

Sachant que la plupart des vaccinés se situent dans la catégorie intermédiaire un mois après leur seconde dose, en grande majorité, ils sont protégés à hauteur de 309 jours. Les infectés vaccinés, eux, sont plutôt dans la catégorie supérieure et sont donc plutôt protégés 714 jours.

Faire son rappel entre 5 et 7 mois, apparaît être comme le bon timing

Alors devrait-on reporter la dose de rappel au regard de ces résultats ? Pas forcément, car entre-temps le virus Delta a fait son apparition, or ces soignants ont été infectés par le variant Alpha. Or l’on sait que le pouvoir des anticorps neutralisants est quatre fois moindre avec une souche Delta qu’avec une souche précédente. « Donc on sait que la protection sera plus faible à taux identique contre un Delta, et certainement que le temps de protection sera plus court contre le variant Delta qu’une souche précédente », pondère la biostatiscienne.

La majorité des vaccinés tout court ont un peu plus huit mois de protection contre le variant Alpha, certainement un peu moins contre le Delta. Faire son rappel entre 5 et 7 mois, apparaît être comme le bon timing. « Chez des gens infectés et vaccinés, on pourrait théoriquement décaler le rappel car 714 jours ça fait quasiment deux ans mais il faut prendre aussi en compte l’arrivée de nouveaux variants comme Omicron », poursuit Chloé Diméglio. Les personnes ayant eu le Covid-19 et n’ayant pas trouvé de créneau pour faire leur rappel restent donc protégées même s’ils ratent le coche des six mois.