Coronavirus : Acné, eczéma… La moitié des 18-25 ans a eu des problèmes de peau depuis le début de la crise

INFO « 20 MINUTES » Une étude commandée par la Société Française de Dermatologie dévoile que les maladies de peau les plus courantes chez les 18-25 ans depuis la crise sanitaire sont l’acné, la chute de cheveux et l’eczéma

Oihana Gabriel
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Illustration d'une jeune femme atteinte d'acné.
Illustration d'une jeune femme atteinte d'acné. — Pixabay
  • La crise sanitaire a isolé beaucoup de jeunes, privés d’université, de petits boulots et de rencontres amicales et amoureuses.
  • Si leur santé mentale en a été très impactée, les maladies de peau semblent s’être aussi manifestées.
  • Selon une étude commandée par la Société Français de Dermatologie et que nous dévoilons, 28 % des 18-25 ans ont constaté une apparition et 20 % une aggravation de leurs problèmes cutanés depuis mars 2020.

Des poignées entières de cheveux qui restent dans la douche, des boutons d’acné qui décorent le menton… Depuis la crise sanitaire, il n’y a pas que le moral des jeunes qui en a pris un coup, leur peau aussi. C’est en tout cas la conclusion d’une enquête* pour la Société Française de Dermatologie que révèle en exclusivité 20 Minutes. Près d’un jeune sur deux a constaté l’apparition ou l’aggravation ou d’une dermatose depuis la crise sanitaire, c’est-à-dire entre mars 2020 et l’été 2021.

« Il existe entre 3.000 et 4.000 dermatoses, explique Nicolas Dupin, président de la Société Française de Dermatologie. Mais sans surprise, l’acné, la chute de cheveux et l’eczéma sont le top 3 qui concernent les jeunes. » La faute, pour les deux premiers, au déchaînement d’hormones. « Parmi les jeunes, 28 % constatent une apparition et 20 % une aggravation de leurs problèmes cutanés. » Un résultat particulièrement élevé, qui a d’ailleurs surpris le spécialiste. « Comme c’est du déclaratif, ils n’ont pas tous été vus par un dermatologue, il faut prendre ce résultat avec des pincettes, nuance le médecin. Dans le monde libéral, l’activité a diminué, surtout lors la première vague. Je n’ai pas remarqué une énorme affluence de ces jeunes patients dans les consultations. Mais il est intéressant de prendre en compte ce ressenti. »

Stress, masques et manque de soleil

Comment expliquer cette proportion impressionnante ? Le stress est évidemment une piste. Il joue beaucoup dans la chute de cheveux, appelée l’effluvium télogène quand elle est excessive, temporaire et qu’elle affecte l’ensemble du cuir chevelu. Le stress a également un impact sur l’acné, le psoriasis et l’eczéma. « Quand on les interroge sur la cause, ces jeunes mettent en avant le stress, l’anxiété, l’isolement, poursuit le dermatologue. La peau n’est pas insensible à ce qui se passe dans la tête ! Par ailleurs, pas mal de maladies cutanées inflammatoires, notamment l’eczéma, sont améliorées par l’exposition raisonnable au soleil. Le confinement, la moindre exposition aux UV peuvent avoir participé. » Enfin, sur le long terme, le masque, pourtant pratique comme cache-misère, risque d’aggraver les problèmes de peau. « Il a un rôle occlusif qui peut accentuer l’acné », reprend le dermatologue à l’hôpital Cochin (AP-HP). En gros, la peau respire moins.

En revanche, un éventuel changement dans l’alimentation ne semble pas faire partie des explications, puisque ces jeunes atteints de problèmes de peau n’ont pas pris ou perdu plus de poids que les autres. L’autre information à noter, c’est que contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces maladies cutanées aggravées ne semblent pas liées à un arrêt des traitements ou un difficile accès aux soins.

« Dans ceux qui avaient des dermatoses, on voit deux phénomènes : certains ont été plus adhérents aux soins, d’autres n’ont pas pu avoir de rendez-vous avec leur médecin », reprend Nicolas Dupin. D’autant que davantage de jeunes ont été aux petits soins avec leur peau : 14 % déclarent avoir retardé ou interrompu leur traitement, et 26 % l’ont mieux suivi. Sachant que de nombreux de dermatologues ont proposé des téléconsultations pendant la première vague et depuis.

Un impact sur la qualité de vie

Ce qui attire l’attention du président de la Société Française de Dermatologie, c’est aussi « l’impact de la maladie de peau sur la perception de qualité de vie. Ce qui est méconnu et probablement vrai pour la population générale. » En effet, selon l’étude, le score de qualité de vie est plus bas chez les jeunes déclarant l’aggravation ou l’apparition d’une maladie de peau pendant que chez les autres. Autre signal qui confirme le malaise : les jeunes souffrant de problèmes de peau sont plus nombreux à ressentir le besoin d’un soutien psychologique (49 %) que la population globale (34 %). Et la prescription d’un psychotrope (antidépresseur ou anxiolytique) pendant la crise sanitaire a été plus fréquente chez ces jeunes touchés par l’acné, la pelade ou l’eczéma.

« Les maladies cutanées sont visibles, affichantes, elles ont un impact sur le moral. » Et sur l’estime de soi. On aurait pu croire que passer deux mois sans mettre un pied à la fac et revenir masqué pourrait aider à dissimuler une acné complexante… « L’image de soi est aussi abîmée », nuance le dermatologue. Qui assure que cette enquête devrait inviter les médecins et la société à ne pas oublier la santé cutanée. Surtout si de nouvelles restrictions étaient envisagées à cause de la cinquième vague de Covid-19​… « Si on doit encore être confiné, il faudrait continuer à porter assistance, pourquoi pas à distance, et ne pas laisser ces jeunes isolés avec leurs problèmes cutanés et psychologiques. »

* Etude réalisée par la société Emma de mars 2020 à l’été 2021 auprès de 4.010 jeunes âgés de 18 à 25 ans.