Alzheimer, AVC, Parkinson : La musique aurait un impact thérapeutique sur les dysfonctions cérébrales

CERVEAU Découvrez, chaque jour, une analyse de notre partenaire The Conversation. Aujourd’hui, une universitaire nous dévoile les bienfaits de la musique sur le cerveau humain

20 Minutes avec The Conversation
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Agissant sur de nombreuses zones cérébrales à la fois, la musique multiplie les effets bénéfiques tant pour retrouver des fonctions cognitives altérées que pour favoriser leur développement
Agissant sur de nombreuses zones cérébrales à la fois, la musique multiplie les effets bénéfiques tant pour retrouver des fonctions cognitives altérées que pour favoriser leur développement — Andrea Piacquadio / Pexels
  • La musique aurait un impact sur un cerveau atteint de dysfonctionnement ou dégénérescence, selon notre partenaire The Conversation.
  • Forts de ce constat, des chercheurs utilisent la musique pour aider les victimes d’un accident vasculaire cérébral à retrouver le langage, à améliorer la marche, à récupérer une motricité etc.
  • L’analyse de ce phénomène a été menée par Rebecca Atkinson, chercheuse en neuromusicothérapie à l’Université de Brighton (Angleterre).

Vous ne vous en rendez probablement pas compte lorsque vous écoutez votre chanson préférée, mais la musique a un effet incroyablement puissant sur le cerveau humain et qui dépasse la seule détente.

Il a été démontré que le fait de chanter, de jouer d’un instrument ou d’écouter de la musique active de nombreuses zones du cerveau qui contrôlent la parole, le mouvement et la cognition, la mémoire et les émotions – souvent simultanément. Certains travaux suggèrent même que la musique pourrait contribuer à développer, physiquement, la matière cérébrale, ce qui pourrait aider le cerveau à se réparer.

Plus intrigant encore, la musique s’avère aussi avoir un impact dans les cas où le cerveau ne fonctionne pas comme il le devrait. Par exemple, des études montrent que chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, la musique peut souvent susciter une réaction, aidant les patients à accéder à des souvenirs qui paraissaient perdus. Il est également prouvé que des patients atteints de lésions cérébrales et ayant perdu la capacité de parler peuvent encore chanter lorsqu’ils écoutent de la musique.

La musique est déjà utilisée lors de certaines thérapies, dans le cas de la maladie d’Alzheimer par exemple (ici, au Copper Ridge Care Center, Maryland, États-Unis) © Saul Loeb / AFP (via The Conversation)

Compte tenu de la puissance de cet effet, les chercheurs étudient la possibilité de l’utiliser pour traiter de nombreuses maladies neurologiques différentes, telles que les accidents vasculaires cérébraux, la maladie de Parkinson ou les lésions cérébrales. L’un de ces traitements actuellement à l’étude est la musicothérapie neurologique ou neuromusicothérapie.

La neuromusicothérapie fonctionne un peu comme la physiothérapie ou l’ orthophonie, dans la mesure où elle vise à permettre à des patients de gérer leurs symptômes et à mieux « fonctionner » dans leur vie quotidienne. Les séances de thérapie utilisent ainsi des exercices musicaux ou rythmiques pour les aider à retrouver des compétences fonctionnelles. Par exemple, les patients qui réapprennent à se mouvoir après un accident ou un traumatisme peuvent marcher au rythme de la musique pendant une séance.

​Parler, marcher, penser

Ce type de thérapie s’est déjà révélé prometteur pour aider les victimes d’un accident vasculaire cérébral à retrouver le langage, à améliorer la marche et à récupérer les mouvements physiques mieux que d’autres thérapies standards.

D’autres types d’effets pouvaient également être envisagés. Des équipes ont par exemple cherché à savoir si la neuromusicothérapie pouvait traiter certains troubles du mouvement, comme la maladie de Parkinson. La plupart des études dans ce domaine ont utilisé une technique appelée exercices d’entraînement rythmique, qui fait appel à la capacité du cerveau à se synchroniser inconsciemment avec un rythme – par exemple en marchant à la vitesse spécifique de la musique.

Les 3 principaux symptômes moteurs de la maladie de Parkinson © INSERM

Comparée à une thérapie sans musique, la neuromusicothérapie a montré qu’elle améliorait bien la marche et réduisait les moments de « gel » (une incapacité temporaire et involontaire de bouger) chez les patients atteints de la maladie de Parkinson.

Les personnes ayant subi un traumatisme crânien ou souffrant de la maladie de Huntington pourraient-elles, elles aussi, bénéficier d’amélioration de leurs troubles cognitifs ?

Pour ce genre d’affections, la neuromusicothérapie se concentre sur l’activation et la stimulation des zones du cerveau qui ont pu être endommagées, comme le cortex préfrontal (zone du cerveau responsable de la planification, de la prise de décision, de la résolution de problèmes et de la maîtrise de soi). Cela peut impliquer que le patient passe d’un type d’instrument de musique à un autre lorsqu’il entend un changement dans la musique qu’il accompagne (par exemple, le tempo devient plus rapide ou plus lent).

Une étude a là encore révélé que ces types d’activités amélioraient la concentration et l’attention des patients souffrant de lésions cérébrales traumatiques. Cela a eu un impact positif sur leur bien-être et a réduit les sentiments de dépression ou d’anxiété.

​Des débuts d’explication

On pense que la neuromusicothérapie fonctionne parce que la musique peut activer et simuler simultanément un grand nombre de parties différentes du cerveau. Or, chez les patients atteints de troubles neurologiques, ce sont souvent les connexions cérébrales qui posent problème, plutôt qu’une zone spécifique. Les recherches montrent que la musique peut former de nouvelles connexions dans le cerveau de manière unique.

En activant plusieurs zones cérébrales simultanément, la musique a un effet unique sur notre cerveau © Aitor Guitarte Somosmedicina / Flickr

L’écoute de la musique améliore également la réparation des neurones mieux que d’autres activités – comme l’écoute d’un livre audio – ce qui peut signifier que le cerveau fonctionne mieux et établit de nouvelles connexions.

La musique aurait également des effets durables sur le cerveau. À tel point que le cerveau d’un musicien est en fait mieux connecté que celui de personnes n’ayant pas joué de musique. Cela pourrait être important pour les personnes souffrant de troubles neurologiques, car la musique pourrait aider à réparer les connexions endommagées au fil du temps.

Cette activation multiple pourrait expliquer pourquoi la neuromusicothérapie donne de meilleurs résultats que d’autres thérapies standards seules. Étant donné que nombre d’affections neurologiques affectent les connexions dans le cerveau, la capacité de la musique à stimuler plusieurs zones simultanément pourrait aider à contourner les connexions problématiques et à en créer de nouvelles… ce qui permettrait de surmonter certains symptômes ou de mieux les gérer.

Bien que des recherches supplémentaires restent nécessaires avant que cette approche thérapeutique ne soit utilisée à grande échelle dans les systèmes de santé, ces premiers résultats montrent combien elle est prometteuse. Des recherches sont également en cours pour déterminer si elle peut être utilisée pour aider les personnes atteintes de maladies liées à l’âge, comme la démence ou la maladie d’Alzheimer. En fin de compte, la recherche confirme la valeur de la musicothérapie dans la pratique générale des soins de santé.

Cette analyse a été rédigée par Rebecca Atkinson, chercheuse en neuromusicothérapie à l’Université de Brighton (Angleterre).
L’article original a été publié sur le site de 
The Conversation.

​Déclaration d’intérêts

Rebecca Atkinson est membre du conseil d'administration de Chiltern Music Therapy, Royaume-Uni.