Coronavirus : La planète a-t-elle raison de céder à la panique face au variant Omicron ?

EPIDEMIE S’il présente de nombreuses mutations susceptibles de le rendre plus transmissible que les souches précédentes, le variant Omicron n’a pour l’heure pas causé de formes graves du coronavirus

Anissa Boumediene
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Mis au jour en Afrique du Sud, le variant Omicron a déjà été repéré dans plusieurs pays.
Mis au jour en Afrique du Sud, le variant Omicron a déjà été repéré dans plusieurs pays. — Phill Magakoe / AFP
  • Identifié pour la première fois il y a quelques jours en Afrique du Sud, le variant Omicron inquiète la planète. De nombreux pays ont fermé leurs frontières et ont suspendu leurs vols à destination de l’Afrique du Sud et des pays voisins, dans le but de contenir la propagation de cette nouvelle souche.
  • Une nouvelle souche dont les mutations pourraient la rendre plus transmissible, mais pas nécessairement plus virulente que les précédentes.
  • Mais l’apparition de ce nouveau variant illustre les effets de l’inégalité vaccinale à travers le globe et la nécessité de vacciner largement et à l’échelle mondiale pour contenir la pandémie.

Coup de flip planétaire et barricades. L’annonce de l’émergence d’une nouvelle souche du coronavirus, le variant Omicron, est venue doucher nos espoirs de retrouver enfin une vie d’avant Covid. Le variant, découvert il y a quelques jours par des médecins et chercheurs en Afrique du Sud, a poussé de nombreux Etats à fermer leurs frontières et à suspendre leurs vols en provenance et à destination de l’Afrique australe. Le but : tenter de contenir la propagation de ce variant.

Le nouveau variant Omicron présente « un risque très élevé » au niveau mondial, a prévenu lundi l’Organisation mondiale de la santé (OMS), alors que le G7 a réuni en urgence ses ministres de la Santé à Londres sur la question. La planète a-t-elle raison de céder à la panique ?

Préoccupant en raison de sa potentielle plus haute transmissibilité

Si le variant Omicron tétanise la planète, c’est parce que, « étant donné les mutations qui pourraient conférer un potentiel d'échappement à la réponse immunitaire​ tout comme possiblement donner un avantage en termes de transmissibilité, la probabilité qu’Omicron se répande au niveau mondial est élevée », explique l’OMS dans un document technique publié lundi. L’organisation, qui craint « de futurs pics de Covid-19 », avait, dès vendredi, classé le variant « préoccupant », les données préliminaires suggérant qu’il présente « un risque accru de réinfection ».

Dans le détail, Omicron « présente 32 mutations, insertions ou délétions de la protéine Spike [qui est la clé d’entrée du virus dans l’organisme], notamment la mutation N501Y, qui a été associée à l’augmentation de la transmissibilité des variants Alpha, Beta et Gamma, décrypte Santé publique France. D’autres mutations pourraient avoir un impact sur l’efficacité de la réponse immunitaire », ajoute-t-elle, au diapason avec les premiers constats établis par l’OMS.

Ainsi, « Omicron présente beaucoup plus de mutations que le variant Delta – qui présente déjà en lui-même un grand nombre de mutations, concentrées avant tout dans une zone de la protéine qui interagit avec les cellules humaines », a constaté une équipe de chercheurs du prestigieux hôpital Bambino Gesù de Rome, après avoir établi la première « image » tridimensionnelle de cette souche.

Des symptômes pour l’heure décrits comme « plus légers »

Mais « cela ne signifie pas automatiquement que ces variations sont plus dangereuses, simplement que le virus s’est encore adapté à l’espèce humaine en générant un autre variant », précisent les chercheurs italiens. « D’autres études nous diront si cette adaptation est neutre, moins dangereuse ou plus dangereuse ». Ainsi, « pour le moment, on n’a aucun élément pour penser qu’il est plus pathogène. Et ce n’est pas parce qu’il a plus de mutations qu’il est plus pathogène, a abondé ce lundi le Dr Boris Hansel sur BFMTV. Certains virologues pensent même que quand un virus mute, ça peut diminuer sa pathogénicité ».

En Afrique du Sud, où le variant Omicron a été mis au jour, aucune forme grave induite par cette couche n’a pour l’heure été recensée. « Je ne dis pas que qu’il n’y aura pas de maladies graves », mais « pour l’instant, même les patients que nous avons vus qui n’étaient pas vaccinés ont des symptômes légers », a indiqué le Dr Angelique Coetzee, présidente de l’Association médicale sud-africaine, qui a reçu plusieurs patients aux symptômes inhabituels. « Fatigue extrême », courbatures, une toux sèche et « gorge qui gratte » sont les quelques symptômes observés et décrits par le Dr Coetzee. Seulement quelques-uns avaient une faible fièvre. Le profil de ces patients ? La majorité était des hommes âgés de moins de 40 ans, dont un peu moins de la moitié étaient vaccinés.

D’ailleurs, « à ce jour, aucune mort associée au variant Omicron n’a été rapportée », souligne l’OMS, qui rappelle toutefois l’impérieuse nécessité de respecter les gestes barrières pour endiguer la diffusion de cette nouvelle souche. « Il y a des raisons d’être préoccupés face à ce nouveau variant, mais pas de raison de paniquer », a réagi lundi le président américain Joe Biden dans un discours à la Maison-Blanche.

L’enjeu de la lutte contre l’inégalité vaccinale

Mais s’il est un point sur lequel s’accorde la communauté scientifique internationale, c’est sur l'importance de la vaccination à l’échelle mondiale. Ce variant « se répandra d’autant moins vite que la population autour est immunisée », a souligné lundi le Pr Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique et épidémiologiste à l’Institut Pasteur. Or, en Afrique du Sud, seul le quart de la population est vacciné.

La question de l’inégalité d’accès aux vaccins entre pays riches et pauvres, régulièrement soulevée par l’OMS devient de plus en plus criante. « Le variant Omicron reflète la menace d’une injustice vaccinale prolongée. Plus nous mettons de temps à atteindre l’équité vaccinale, plus nous laissons le virus du Covid-19 circuler, muter et devenir potentiellement plus dangereux », a déploré sur Twitter Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.

« J’aimerais que cette nouvelle inquiétude serve d’électrochoc pour que la communauté internationale réalise l’importance de vacciner la population à l’échelle mondiale », a renchéri Arnaud Fontanet. Car « la planète ne sera sûre que quand on aura atteint une couverture immunitaire globale qui limitera considérablement la circulation et les opportunités d’émergence de variants ». Lundi, le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, a appelé à « ne pas opposer la vaccination avec un rappel dans les pays du Nord et la vaccination dans les pays du Sud. Il faut l’un et l’autre ».

« Un manque de solidarité inacceptable »

« Ce nouveau variant doit servir de signal d’alarme pour les gouvernements du monde entier. Il n’est plus possible d’entretenir l’idée dangereuse qu’un pays ou un continent peut lutter contre la pandémie sur son territoire sans se préoccuper du reste du monde. Le seul moyen de sortir de cette crise mondiale est de veiller à ce que les vaccins parviennent aux populations des pays pauvres aussi rapidement que possible », a réagi Najat Vallaud-Belkacem, directrice France de ONE.

Mi-novembre, le mécanisme international Covax a franchi la barre des 500 millions de doses de vaccin antiCovid distribuées dans 144 pays et territoires. Dans un communiqué commun, l’Union africaine, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies et le Covax, ont souhaité une amélioration de la qualité des dons de vaccins. Car « la majorité des dons à ce jour ont été ponctuels, fournis avec peu de préavis et de courte durée de conservation. Cela a rendu extrêmement difficile pour les pays de planifier des campagnes de vaccination et d’augmenter la capacité d’absorption », ont-ils alerté.