Marseille : A l'IHU, la CGT s'inquiète de « personnels livrés à la vindicte de Didier Raoult et ses adjoints »

AMBIANCE AMBIANCE La CGT alerte sur les pressions redoublées, depuis les révélations de Mediapart, dont seraient victimes certains personnels au sein de l'IHU 

Mathilde Ceilles
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Vue de la façade de l'IHU
Vue de la façade de l'IHU — SOPA Images/SIPA
  • Dans un article paru il y a une quinzaine de jours, Mediapart révélait des témoignages de personnels travaillant au sein de l’IHU et se disant victimes de pressions.
  • Après ces révélélations, les tensions en interne se sont accrues, selon la CGT, qui appelle à une protection de ces personnels.

Dans les couloirs de l’IHU, l’ambiance est particulièrement électrique depuis quelques semaines, à en croire la CGT. Dans un communiqué de presse, le syndicat ​alerte sur les conséquences éventuelles de l’article de Mediapart, paru le 19 novembre, sur des cas de harcèlement et de mal-être au travail des personnels de l’unité des virus émergents (UVE), dont dépend l’Inserm mais qui est hébergée au sein du fameux IHU de Didier Raoult.

Dans cet article, le site d’information relayait des témoignages de personnels, anonymisés et réalisés dans le cadre d’auditions par les CHSCT, qui faisaient état de « pressions » exercées notamment par Didier Raoult, ainsi que « la falsification de résultats scientifiques », afin de « démontrer l’efficacité de l’hydroxychloroquine » contre le Covid-19.

Depuis cet été en effet, des auditions sont faites par les CHSCT des différentes tutelles de l’IHU que sont l’université d’Aix-Marseille, l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille, l’Inserm ou encore l’Institut de recherche et de développement, après des révélations de L’Express faisant état d’agents en souffrance au sein de l’IHU.

« La situation est très tendue en interne »

« Cette fuite, dont nous ignorons l’origine, est totalement irresponsable », écrit le syndicat, « parce qu’elle livre les personnels de l' UVE à la vindicte de Didier Raoult et de ses adjoints, dont les habitudes de pression, d’intimidation et d’humiliation ont été largement rapportées et dénoncées. »

« On sait que, depuis les révélations de Mediapart, les personnels, notamment ceux susceptibles de témoigner dans le cadre des auditions des CHSCT, subissent de grosses pressions, et la situation est très tendue en interne, déplore Cédric Bottero. On sait notamment qu’une pétition en soutien à Didier Raoult a été lancée par un dirigeant de l’IHU, et que les personnels sont fortement incités à la signer. »

« La direction est capable d’employer des formes d’intimidation et de terreur »

Et d’affirmer : « Nous savons que la direction est capable, notamment lorsqu’elle est elle sous la pression médiatique, d’employer des formes d’intimidation et de terreur au sein de l’IHU. » Le syndicat craint notamment que certains membres du personnel qui comptaient témoigner de leurs conditions de travail se rétractent, par peur de représailles.

« L’article de Mediapart peut libérer la parole, mais il peut avoir l’effet inverse, s’interroge Cédric Bottero. J’espère fortement que le processus ira jusqu’au bout et je dis aux personnels concernés : "C’est maintenant qu’il faut témoigner". J’estime que l’on arrive à la fin d’une ère au sein de l’IHU. Et ce n’est pas juste le départ d’une seule personne qui va changer les choses. C’est tout un système qui perdure depuis des mois et qu’il faut remettre à plat. »

Besoin de protection

Le représentant syndical appelle notamment les tutelles de l’IHU à mettre en place une « protection fonctionnelle des agents qui pourraient être mis à mal », ainsi que « la possibilité pour ces agents qui souhaiteraient, après avoir témoigné, changer de lieu de travail de pouvoir le faire. »

Contactée, l’Assistance publique des Hôpitaux de Marseille (AP-HM), qui « déplore les fuites dans Mediapart », « assure les personnels de son total soutien et son total engagement pour les protéger ». « Un mail a été envoyé en ce sens dès le 19 novembre à l’ensemble des personnels AP-HM exerçant au sein du pôle des maladies infectieuses de l’IHU Méditerranée Infection, précise l’assistance publique. Le mail indiquait également les différentes personnes à contacter pour faire remonter des témoignages et d’éventuelles demandes de protection et notamment le collège de déontologie. »

Et de rappeler : « Une enquête interne a par ailleurs été lancée par l’AP-HM afin de faire la lumière sur les faits présumés de harcèlement professionnel et de dégradation des conditions de travail évoquées par Mediapart. » De son côté, l’institut de recherche pour le développement (IRD) fait savoir que sa présidente « est très attentive et concernée par le bien-être de ses agents au travail et pour l’ensemble des équipes et ce, dans toutes les unités de recherche dont nous avons la tutelle », et qu’elle « soutient toute démarche permettant de clarifier et d’améliorer la situation des agents accueillis à l’IHU ». Contacté, l’IHU a indiqué à 20 Minutes ne pas vouloir commenter cette affaire.