Coronavirus : Fermer les frontières pour lutter contre le variant Omicron, une stratégie vouée à l'échec ?

EPIDEMIE Cette solution adoptée au printemps 2020 ou après la découverte du variant Delta a montré, par le passé, ses limites

Marie De Fournas
La fermeture des frontière a été la mesure réflexe adoptée par de nombreux pays espérant ainsi se protéger du nouveau variant Omicron du Coronavirus. (Illustration)
La fermeture des frontière a été la mesure réflexe adoptée par de nombreux pays espérant ainsi se protéger du nouveau variant Omicron du Coronavirus. (Illustration) — Yosuke Hayasaka/AP/SIPA
  • Depuis jeudi dernier et l’annonce par l’Afrique du Sud d’un nouveau variant du Coronavirus, les pays du monde ferment tour à tour leurs frontières.
  • Une mesure prise dans la précipitation dont l’efficacité a déjà montré ses limites avec le variant Delta par exemple.
  • Loin de s’inscrire dans la logique d’une pandémie avec laquelle il va falloir apprendre à vivre, ces restrictions pourraient avoir un impact néfaste sur la volonté des pays à faire part de leurs découvertes sur la maladie.

La découverte, jeudi dernier, d’un nouveau variant du coronavirus en Afrique du Sud a entraîné une réaction en chaîne aussi brutale qu'inattendue. En une poignée d’heures, de nombreux pays ont annoncé qu’ils fermaient leurs frontières aux voyageurs venus d’Afrique australe ou aux touristes. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie,  le Canada et les Etats-Unis ont été parmi les premiers à prendre cette décision la semaine dernière ; l’Australie, le Japon ou encore les Philippines leur ont emboîté le pas ce lundi.

Les appels de l’OMS et de l’Afrique du Sud dimanche soir à la « levée immédiate et urgente » des restrictions de voyage sont, pour l’heure, restés lettre morte. Et les dernières déclarations de l’OMS – qui affirme que le variant Omicron présente « un risque très élevé » au niveau mondial - ne risque pas de faire évoluer la situation. De nombreux experts sont pourtant sceptiques quant à l’efficacité d’une telle mesure.

Réaction impulsive et solution à court terme

D’abord parce que cette réaction immédiate, moins d’une semaine après la découverte de Omicron , ressemble plus à une mesure réflexe, qu’à une action réfléchie. Les études sur ce variant sont toujours en cours et on ignore, à ce stade, son degré de contagiosité et de dangerosité. « Les pays le font peut-être par mimétisme et parce que c’est ce qu’il y a de plus simple, analyse Anne Sénequier, médecin et codirectrice de l’Observatoire de la santé mondiale. On est sur une temporalité du "ici et maintenant" basé sur la peur que génère ce variant. »

Surtout, imaginer que fermer les frontières ou isoler les gens chez eux va faire disparaître le virus est « illusoire », insiste Alice Desbiolles, médecin spécialiste en santé publique. « Comme la plupart des pandémies infectieuses que l’on connaît, celle-ci va s’inscrire dans la durée. Il va y avoir d’autres variants, de la même façon qu’il y a un nouveau variant de la grippe chaque année. Est-ce que l’on va prendre ces mesures à chaque fois ? C’est une course sans fin au coût économique, sanitaire, social et démocratique important. » Pour l’experte, il faudrait prendre le temps de s’interroger sur « l’efficacité, l’objectif et la finalité » des mesures prises, notamment au regard des expériences passées…

Une méthode qui a déjà montré son inefficacité

« Répondre par le même réflexe qu’il y a deux ans ou lors de l’apparition du variant Delta montre que l’on n’a rien appris », soupire Anne Sénequier, auteure du livre La géopolitique, tout simplement. De telles mesures avaient été prises lors de la découverte du variant Delta, en Inde, au printemps dernier. Il représente aujourd’hui 97 % des cas détectés dans l’Hexagone. Même les pays qui imposaient des mesures de quarantaine extrêmement strictes pour entrer sur leur territoire, à l’instar de la Chine, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, ne sont pas parvenus à échapper au virus. Au mieux, cela limite le nombre de personnes infectées qui arrivent sur le territoire, « mais ce qui importe, c’est la capacité du virus à se répandre », souligne Alice Desbiolles. C’est notamment la raison pour laquelle la fermeture des frontières lors de la découverte du variant Delta, plus transmissible, n’a eu aucun effet.

Interdire les vols en provenance de certaines destinations, c’est également considérer que les gens voyagent d’un point A à un point B par avion et transmettent le virus sur un court laps de temps. « Cela ne prend pas en compte les autres moyens de transport, les possibles escales et une période d’incubation de 14 jours », souligne Anne Sénequier. D’autant que le virus est déjà en Europe. Si en France, la Direction générale de la Santé (DGS) poursuit le séquençage de huit cas probables, des cas avérés ont été recensés en Belgique, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni… En Ecosse, parmi les six cas découverts, certains n’ont aucun lien avec un voyage à l’étranger, preuve que le virus circule déjà. Les frontières pourtant sont toujours ouvertes.

Un manque de coordination à l’internationale

La codirectrice de l’Observatoire de la santé mondiale rappelle, par ailleurs, que cette fermeture des frontières est en « complète violation » avec le règlement sanitaire international de 2005. « Il stipule qu’en cas de problème sanitaire dans un des pays membres, il ne peut pas y avoir d’ostracisation de la part de la communauté internationale », souligne Anne Sénequier. La situation semble d’autant plus injuste qu’elle illustre les limites du programme Covax et la mauvaise répartition des vaccins entre les pays du Nord et du Sud : l’apparition des nouveaux variants se fait principalement sur des territoires peu vaccinés où le virus circule plus activement.

Cette violation, a défaut d’avoir un impact significatif sur la circulation du virus pourrait, en revanche, avoir un impact psychologique très fort. « L’Afrique du Sud a joué la transparence vis-à-vis de l’OMS et derrière la réaction à l’international c’est que tout le monde ferme ses frontières », poursuit l’experte. A l’avenir, d’autres pays pourraient être tentés de cacher cette information par peur que le reste du monde leur tourne le dos.