Coronavirus : Présence en France, contagiosité, effets du vaccin… Que sait-on du variant Omicron ?

VIRUS SANS FIN Identifié en Afrique du Sud, ce nouveau variant classé préoccupant par l’OMS est déjà présent dans plusieurs pays européens

Anissa Boumediene
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Quelques jours à peine après sa découverte en Afrique du Sud, le variant Omicron s'est a déjà été repéré dans plusieurs pays du globe.
Quelques jours à peine après sa découverte en Afrique du Sud, le variant Omicron s'est a déjà été repéré dans plusieurs pays du globe. — USA Today network/Sipa USA/SIPA
  • Le nouveau variant Omicron, mis au jour en Afrique du Sud, sème l’inquiétude à travers le globe, à mesure qu’il se propage. Il a été identifié dans plusieurs pays d’Europe, ainsi qu’en Israël et en Australie.
  • S’il ne semble pour l’heure pas plus virulent que les souches précédentes, ce variant présente de multiples mutations qui pourraient le rendre plus résistant aux vaccins.
  • Pour contenir sa propagation, plusieurs pays ont annoncé la suspension de leurs vols en provenance des pays d’Afrique australe, et la France a annoncé la mise à l’isolement des cas contact, même vaccinés.

Trois syllabes qui sèment la panique à travers le globe. Omicron, le nom du nouveau variant du Covid-19, classé « préoccupant » ce vendredi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Identifié en Afrique du Sud en milieu de semaine, le variant Omicron a déjà été repéré dans plusieurs pays européens. « Nous pouvons craindre que ce variant soit au moins aussi contagieux que le Delta », a réagi ce dimanche le ministre de la Santé Olivier Véran. Omicron peut-il supplanter le variant Delta ? Est-il plus virulent ? Et faut-il s’attendre à un nouveau tour de vis des autorités sanitaires ? 20 Minutes fait le point sur ce nouveau variant.

Où le variant Omicron circule-t-il ?

« Le variant B.1.1.529 a été signalé pour la première fois à l’OMS en Afrique du Sud le 24 novembre », a indiqué l’OMS. Il a été mis au jour par une équipe de l’Institut de Recherche Krisp, adossé à l’université du KwaZulu-Natal, déjà à l’origine de la découverte du variant Beta. Un événement « prévisible, puisqu’un variant ne peut naître que lorsqu’il peut circuler intensément, a estimé dimanche sur BFMTV Jean-François Saluzzo, virologue expert auprès de l’OMS. Or, en Afrique, il n’y a pratiquement pas de barrière immunitaire due à la vaccination donc c’est logique » que ce variant soit parti de l’Afrique australe. Mais avant cela, des cas avaient été détectés à Hong Kong et au Botswana.

Et rapidement, Omicron s’est propagé. En fin de semaine, des cas ont été détectés en Belgique, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Italie ou encore en République tchèque, chez des passagers de retour d’Afrique du Sud ou de pays voisins d’Afrique australe. Ce dimanche aux Pays-Bas, les autorités sanitaires ont annoncé que parmi 61 passagers partis d’Afrique du Sud et testés positifs au Covid-19 vendredi à leur arrivée à Amsterdam, 13 étaient porteurs du variant. Deux cas ont été identifiés dans les mêmes conditions en Australie, ainsi qu’un cas en Israël.

Est-il déjà présent en France ?

« Dès lors qu’il circule chez nos voisins, il est probable qu’il circule déjà chez nous », a déclaré ce dimanche le ministre de la Santé lors d’un déplacement dans un centre de vaccination du 18e arrondissement de la capitale. Mais « à date, il n’y a pas encore eu d’identification de ce type de variant sur le territoire national, mais c’est très probablement une question d’heures », a-t-il précisé.

Sur CNews, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a annoncé « des cas possibles » en France. « On est encore au stade du criblage. On a plusieurs cas possibles. Une dizaine. »

Ce variant Omicron est-il plus virulent et cause-t-il des symptômes spécifiques ?

Il causerait des « symptômes différents, plus légers », observe le Dr Angelique Coetzee, présidente de l’Association médicale sud-africaine, qui a soigné une trentaine de patients contaminés par ce variant. Pour la plupart des hommes de moins de 40 ans, dont un peu moins de la moitié étaient vaccinés. Outre « une fatigue extrême », ils souffraient de courbatures, d’une toux sèche ou « d’une gorge qui gratte », et pas de perte du goût ni de l’odorat, a-t-elle détaillé à l’AFP. Soit un « tableau clinique ne correspondant pas à Delta ».

Ce variant ne doit selon le Dr Coetzee pas inquiéter outre mesure. « Pour l’instant, même les patients que nous avons vus qui n’étaient pas vaccinés ont eu des symptômes légers », souligne le Dr Coetzee, « persuadée que beaucoup de gens en Europe ont [déjà] ce virus ». Et « nouveau variant ne signifie pas nouvelle vague ou variant plus dangereux », a renchéri dimanche le ministre de la Santé.

Est-il plus contagieux ou résistant aux vaccins anti-Covid ?

Si Omicron a été classé préoccupant par l’OMS, c’est parce qu’il présente une « constellation très inhabituelle » d’une trentaine de mutations, soit « le plus grand nombre de mutations que nous ayons vues à ce jour », a expliqué à l’AFP le Pr Mosa Moshabela, chargé de recherche et d’innovation à l’université du KwaZulu-Natal. Et « certaines des mutations qui sont exprimées ont précédemment montré qu’elles permettaient au virus de se propager facilement et rapidement ».

Et à en juger par certains cas de réinfections « plus nombreux que lors des vagues précédentes », il est possible que ce variant échappe à l’immunité, craint le chercheur, ce qui pourrait réduire l’efficacité des vaccins. D’où la nécessité de « vérifier si les anticorps produits par nos vaccins actuels fonctionnent toujours, à quel niveau ils fonctionnent et si cela empêche toujours les cas graves », prescrit Vincent Enouf.

De leur côté, les fabricants de vaccins anti-Covid AstraZeneca, Pfizer-BioNTech, Moderna et Novavax se sont déclarés confiants dans leur capacité à combattre la souche Omicron. Le laboratoire allemand BioNTech, allié à Pfizer, attend de premiers résultats « au plus tard dans deux semaines ».

Y a-t-il un moyen de freiner la propagation de ce variant ?

Même si les chiffres des contaminations restent bas en Afrique du Sud, le variant Omicron y est déjà devenu la souche dominante, devant Delta. Alors sans attendre, sur tous les continents, notamment en Europe, de nombreux Etats ont d’ores et déjà suspendu leurs vols en provenance des pays d’Afrique australe dont l’Afrique du Sud, le Botswana, le Zimbabwe, la Namibie, le Mozambique ou encore la Zambie et l’Angola.

Une « course contre la montre » est engagée contre le variant Omicron, a réagi dimanche la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Mais « c’est presque trop tard, juge Vincent Enouf, directeur adjoint du Centre national de référence des virus respiratoires de l’Institut Pasteur. C’est une mesure qui permet de ralentir » l’expansion d’un variant très contagieux « mais qui ne permettra jamais de la stopper complètement ».

Les Etats-Unis, Israël, l’Arabie saoudite ou encore Maroc ont pourtant eux aussi suspendu leurs liaisons avec ces pays. Et dès mardi, le Royaume-Uni durcira les mesures d’entrée sur le territoire.

Faut-il s’attendre à de nouvelles restrictions sanitaires en France ?

Dans l’Hexagone, à moins de trois semaines des vacances de Noël, nombreux sont celles et ceux qui redoutent un tour de vis des autorités sanitaires à cause d’Omicron. Des hypothèses pour l’heure balayées par le ministre de la Santé. « Qu’il y ait – ou non – un ou deux ou dix cas de personnes contaminées par ce variant en circulation en Europe, voire en France, n’impacte pas le profil de la vague épidémique que nous connaissons », a assuré Olivier Véran.

« Ce que nous voulons, c’est freiner la circulation de ce variant », a poursuivi le ministre, alors que la France a annoncé samedi « l’isolement des cas contact, même vaccinés ». Pour autant, le nouveau variant « ne change pas la donne sur notre stratégie », qui repose sur la plus large couverture vaccinale possible, a rappelé Olivier Véran : « Plus nous sommes protégés par le vaccin […] et plus nous freinons la vague ».

Une position partagée par l’OMS, pour qui la vaccination reste primordiale, de même que l’accès des pays pauvres aux vaccins. Car « plus le virus circule, plus il a d’occasions d’évoluer et plus on verra de mutations », a prévenu l’une des responsables de l’OMS, Maria Van Kerkhove.