Chlordécone : Le cancer de la prostate reconnu comme maladie professionnelle « avant la fin de l’année »

SCANDALE SANITAIRE Les Antilles présentent un des plus forts taux d’incidence de cancer de la prostate au monde, alors que cet insecticide y a été utilisé jusqu’en 1993

20 Minutes avec AFP
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Ce scandale est l'une des causes de la défiance en Guadeloupe et en Martinique envers la politique sanitaire du gouvernement.
Ce scandale est l'une des causes de la défiance en Guadeloupe et en Martinique envers la politique sanitaire du gouvernement. — Dominique Chomereau-Lamotte/AP/SIPA

Un décret reconnaissant le cancer de la prostate comme maladie professionnelle à la suite de l’usage du pesticide chlordécone sera pris « avant la fin de l’année », a indiqué dimanche le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation Julien Denormandie. « Ce décret, qui va permettre de reconnaître cette maladie professionnelle, nous avons fait en sorte d’accélérer les choses pour qu’il puisse être pris avant la fin de l’année. Je m’y engage. Le gouvernement s’y engage », a déclaré le ministre dans l’émission Dimanche en Politique sur France 3.

Ce décret s’inscrit dans le cadre du quatrième plan chlordécone, annoncé en 2020 et destiné à lutter contre les conséquences de la pollution à long terme de cet insecticide. Il rendra possible l’indemnisation des agriculteurs empoisonnés par le chlordécone via un nouveau fonds d’indemnisation pour les victimes de maladies professionnelles liées aux pesticides, a confirmé le ministère.

90 % de la population adulte contaminée en Guadeloupe et en Martinique

« Le gouvernement investit pour pouvoir réparer l’environnement pollué par le chlordécone. C’est un plan à 92 millions d’euros que nous déployons », a déclaré Julien Denormandie. Ce pesticide, interdit en France en 1990, a continué à être autorisé dans les champs de bananes des Antilles par dérogation ministérielle jusqu’en 1993, provoquant une pollution importante et durable. « Il y a une demande légitime, depuis maintenant fort longtemps, des professionnels, que le cancer de la prostate puisse être reconnu comme une maladie professionnelle liée à l’utilisation de produits, notamment le chlordécone », a ajouté le ministre.

Une expertise de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) publiée en juin avait confirmé une « présomption forte d’un lien entre l’exposition au chlordécone de la population générale et le risque de survenue de cancer de la prostate ». Plus de 90 % de la population adulte en Guadeloupe et Martinique est contaminée par le chlordécone, selon Santé publique France, et les populations antillaises présentent un taux d’incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde.