Coronavirus : Quels sont les lieux les plus à risque de contamination ?

EPIDEMIE Les bars sont particulièrement à risque, contrairement aux transports en commun, selon une étude publiée dans « The Lancet »

Xavier Regnier
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Le métro est un lieu de contamination notable, mais peut-être pas autant qu'on le croit.
Le métro est un lieu de contamination notable, mais peut-être pas autant qu'on le croit. — Guy Bell/Shutterstock/SIPA
  • Alors que le gouvernement a annoncé jeudi des mesures pour lutter contre la cinquième vague de Covid-19, une étude française publiée dans The Lancet révèle les lieux où les Français se sont le plus contaminés cet été.
  • Si les transports en commun ne justifient pas leur mauvaise réputation depuis le début de la pandémie, les bars et les écoles confirment leur statut de lieux à risque.
  • Le médecin Michaël Rochoy, interrogé par 20 Minutes, plaide pour un recours plus important au télétravail, une attention portée sur le port du masque et un protocole renforcé à l’école.

Prendre le bus pour quatre arrêts ? Pas question, entassé avec tous ces inconnus peut-être malades. Prendre un verre en terrasse ? Pourquoi pas, on a le pass sanitaire. Le coronavirus a changé nos habitudes, et l’évolution des règles mais aussi la lassitude de devoir respecter les gestes barrières a troublé les modes de contamination.

Alors qu’Olivier Véran a annoncé jeudi des mesures pour endiguer la cinquième vague de Covid-19, une étude publiée dans The Lancet se penche sur les lieux de contaminations. Décryptage avec le chercheur en épidémiologie Michaël Rochoy.

Quand et comment a été faite cette étude ?

L’étude, réalisée par des chercheurs français de l’Institut Pasteur et de la Sorbonne, porte sur la période du 23 mai au 13 août 2021. « Un moment où on sortait de la troisième vague », prévient Michaël Rochoy. Soit une période d’accalmie avant un nouvel envol des contaminations en juillet en raison du variant Delta dans certains départements. L’étude couvre donc différents degrés de circulation du virus.

Les chiffres sont tirés de questionnaires envoyés à 236.000 personnes infectées et 79.000 personnes « contrôles », non-malades. Dans les deux cas, environ 8 % des personnes interrogées ont répondu, et avec des ajustements pour obtenir un échantillon représentatif, cela laisse 12.634 cas positifs et 5.560 contrôles. Avec près de 70 % de femmes dans les deux groupes, « car les hommes répondent moins souvent aux questionnaires », pointe le médecin. Néanmoins, si cela « informe un peu plus sur les comportements féminins », l’étude reste valable puisque « le virus ne fait pas de différence », affirme Michaël Rochoy.

Où a-t-on le plus de risques d’être contaminés ?

Sans surprise, « dans les bars, au sport et à l’école », énonce celui qui est aussi membre du collectif Du côté de la science. Des résultats vérifiés en comparant les activités des personnes contaminées à celles des personnes contrôle. En combinant les données, on obtient ce que les spécialistes appellent le « odd ratio ajusté » ou aOR, un chiffre permettant d’évaluer les risques de se faire infecter par rapport à la moyenne.

Ainsi, les bars (aOR de 1,9, soit 90 % de chances supplémentaires), et les soirées (en discothèques ou privées, avec un aOR de 3,4) sont des endroits particulièrement à risque pour les moins de 40 ans. Le aOR y a même explosé à 5,2 et 15,1 pour cette classe d’âge entre le 13 juin et le 12 juillet. C’est aussi le cas de manière plus générale pour les cérémonies privées (mariage, enterrement, aOR de 1,7) et au travail, le aOR des retraités et des chômeurs étant de 0,5. En somme, « tous les moments où on tombe le masque » et où il y a du relâchement, explique Michaël Rochoy.

Les parents de plus de 40 ans ayant des enfants en maternelle ou en primaire (1,6 et 1,4) sont également plus exposés. Et pour ce qui est du sport, seul ceux pratiqués en intérieur semblent problématiques au regard du fameux aOR.

Concernant les transports, les voyages en avion et en train à longue distance augmentent le risque de contamination (1,7 et 1,3), ainsi que les métros. Mais ce n’est pas le cas des autres transports en commun contrairement à une idée reçue : au contraire, le odd ratio ajusté descend à 0,7 dans le bus et le tramway, « là où il y a un meilleur contrôle du port du masque », insiste le médecin. Les résultats ont été différenciés dans l’usage de la voiture : les risques de contamination sont bien plus élevés lorsqu’on la prend avec sa famille et ses amis (1,3) que dans un contexte de covoiturage (0,5). S’il faudrait d’abord confirmer que le masque tombe ou reste sur le nez selon le cas, « cela peut être une bonne démonstration que même dans un espace clos, on est beaucoup moins à risque en portant le masque », estime le spécialiste.

Quelles leçons en tirer pour lutter contre la cinquième vague ?

Pour le chercheur en épidémiologie, l’enseignement est clair : « Il faut insister dans la prévention sur le port du masque ». Pour l’école, il faudrait « passer à un protocole renforcé ». « Les enfants se protègent bien quand ils sont en classe, mais ces efforts sont gâchés par le sport en intérieur sans masque et par la cantine chaque midi où ils sont brassés par niveau », relève Michaël Rochoy. Il suggère ainsi que les élèves restent par petits groupes lors des repas sans masque, et déplore que les travaux pour une meilleure aération n’aient pas été faits. « Depuis juillet 2020 qu’on en parle, les travaux seraient déjà finis » s’ils avaient commencé après la première vague.

Le médecin espère enfin un discours « transparent, avec des objectifs chiffrés » pour provoquer une meilleure prise de conscience. Ainsi, il soumet l’idée de réinstaurer des jauges dans certains lieux et se demande à quel seuil il faudra refermer bars et restaurants. « Comme c’est un lieu de contamination, c’est nécessairement un levier d’action », plaide-t-il, ajoutant que la mise en place d’indicateurs permettrait à ces professions « d’anticiper, de ne pas fermer avec des réfrigérateurs pleins ».

Un moyen d’éviter ces fermetures, selon Michaël Rochoy ? Le télétravail, puisque « le odd ratio ajusté est de 1,9 pour les cadres, qui font beaucoup de réunions ». « Le télétravail réduit les brassages au travail, en réunion, les moments partagés sans masque lors des pauses… Bien sûr, c’est à adapter aux volontés des employés ; mais beaucoup de patients souhaiteraient le reprendre et sont forcés de revenir en présentiel », témoigne-t-il. Pourtant, après la réunion entre Elisabeth Borne et le monde du travail jeudi matin, le retour à un télétravail d’ampleur n’était pas à l’ordre du jour.