Vaccination : La France a-t-elle les moyens logistiques pour gérer une nouvelle campagne ?

CRISE SANITAIRE Alors que dès ce samedi, tous les adultes pourront prendre rendez-vous pour avoir une dose de rappel de vaccin contre le Covid-19, c’est déjà l’afflux de demandes sur les plateformes de réservation

Oihana Gabriel
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Illustration d'une personne vaccinée par le produit de Pfizer à Paris.
Illustration d'une personne vaccinée par le produit de Pfizer à Paris. — AFP
  • A partir de samedi, tous les Français majeurs pourront faire leur dose de rappel pour le Covid-19, cinq mois après leur dernière injection de vaccin.
  • Comme ceux qui ne feront pas ce rappel verront leur pass suspendu à partir du 15 décembre pour les plus de 65 ans et à partir du 15 janvier pour les plus de 18 ans, il y a déjà embouteillage sur les plateformes de rendez-vous.
  • La France a-t-elle les doses, lieux et soignants nécessaires pour repartir dans une campagne de vaccination à grande échelle ? 20 Minutes fait le point.

Ce vendredi matin, comme la veille, Doctolib proposait un délai d’attente de 30 minutes avant de pouvoir tenter de prendre rendez-vous pour se faire vacciner. Sans assurance aucune de décrocher un créneau d’ici des mois… Comme un air de « déjà-vu » ? Après les annonces jeudi d’Olivier Véran, c’est la précipitation sur les plateformes de réservation, vite saturées par l’afflux de demandes.

Une panique liée à deux annonces : tout d’abord à partir de samedi, tous les Français majeurs pourront avoir leur dose de rappel cinq mois après la dernière injection, et non six mois. Sous peine de perdre son précieux pass sanitaire, dès le 15 janvier, si votre dernière injection ou une infection au Covid-19 date de plus de sept mois. L’autre donnée qui risque de donner un coup de fouet aux réservations, c’est que désormais, pour obtenir un pass sanitaire, le test PCR ou antigénique ne pourra remonter à plus de 24 heures contre 72 heures jusqu’ici. Une incitation claire et supplémentaire pour que les non vaccinés passent le pas. Mais la France a-t-elle les moyens de suivre côté logistique ?

Y aura-t-il assez de créneaux ?

Commençons par un petit calcul : dès demain, 25 millions de Français seront éligibles à cette troisième dose (ou deuxième pour ceux qui ont contracté le virus), mais 6 millions de Français ont déjà reçu ce rappel, il reste donc 19 millions de Français à (re) vacciner.
Sans surprise, les plateformes de rendez-vous ont retrouvé des sommets quelques minutes après les annonces du gouvernement.

Doctolib assure ainsi que 1,2 million de Français ont pris un rendez-vous jeudi pour être vacciné. C’est le second record derrière le 13 juillet, lendemain des annonces d’ Emmanuel Macron sur la mise en place du pass sanitaire

Par ailleurs, la DGS dévoile que 236.047 personnes ont fait leur rappel sur les dernières 24h. « Tous les rendez-vous disponibles hier sur décembre ont été réservés. Les centres de vaccination, pharmacies, médecins, infirmiers et sages-femmes qui vaccinent vont ouvrir des centaines de milliers de rendez-vous de vaccination tous les jours dans les semaines à venir », rassure Stanislas Niox-Chateau, co-fondateur de Doctolib. En espérant trouver des rendez-vous avant mars, beaucoup d’internautes se (re) tournent donc vers Vitemadose, qui regroupe neuf plateformes de rendez-vous.



Assez de doses ?

Evidemment, cette ouverture de nouveaux créneaux dépend de l’arrivée de doses. Rappelons pour le rappel, on ne propose que de l’ARN messager : Moderna ou Pfizer, quel que soit le premier vaccin utilisé. Mais le vaccin Pfizer est recommandé pour les personnes de moins de 30 ans.

Normalement, on devrait être large. Olivier Véran a assuré que la France disposait de plus de 25 millions de doses de vaccins contre le Covid-19 et continuait à s’en faire livrer deux millions par semaine. Et le ministre de la Santé a précisé  jeudi soir sur TF1 : « nous avons largement assez de vaccins en stock pour pouvoir vacciner toutes celles et ceux qui devraient être vaccinés, incluant celles et ceux qui se décideraient à recevoir leur première injection et celles et ceux qui voudront faire un rappel. »



Assez de lieux ?

Avec la fermeture de certains vaccinodromes, certains internautes s’inquiétaient des difficultés pour certains d’obtenir une dose. « Il y a plus de 1.000 centres de vaccination ouverts, nous allons en rouvrir 300 supplémentaires », a également annoncé Olivier Véran lors de son intervention au 20 heures de TF1. « Les Agences régionales de santé (ARS) avec l’appui des préfets et des élus locaux vont organiser l’offre de vaccination en fonction des besoins, complète la Direction générale de la Santé. Des centres de vaccination vont être amplifiés ou rouverts et ce, dès ce week-end. Partout où c’est nécessaire, des centres seront renforcés. Dans certains cas, des centres vont rouvrir là où ils avaient été fermés. »

Par ailleurs, pour aller convaincre certains récalcitrants chez eux, de nouvelles initiatives pour « aller vers » seront déployées. « On va de nouveau faire appel à des médiateurs sanitaires pour les personnes isolées, en lien avec les collectivités territoriales », a expliqué le ministre.

Assez de bras ?

C’est peut-être là que les inquiétudes se font jour. La Direction générale de la santé précise : « cette nouvelle phase de la campagne va également s’appuyer sur un accroissement des capacités de vaccination en ville, ce d’autant que celle-ci qui a vocation à assumer une part croissante des injections au cours des prochains mois. Les Français peuvent donc déjà s’adresser à l’ensemble des professionnels de ville habilités à vacciner, notamment leurs médecins, leurs pharmaciens, leurs infirmiers, leurs sages-femmes. » En effet, les injections avec du Pfizer et du Moderna sont possibles en ville depuis le 1er octobre 2021. Mais ont-ils reçu ces doses, on sait que certains ont dû en début d’année alerter quand la distribution de vaccins se mettait en place… « Ce sont près de 4,9 millions de doses Moderna et Pfizer qui sont dans les frigos des professionnels de santé de la ville, reprend la DGS. Près de 3 millions de doses Pfizer ont été commandées la semaine passée et cette semaine. Les professionnels de santé se tiennent et se disent prêts à relever ce défi, ce qui a été réaffirmé lors de la concertation avec les organisations le mercredi 24 novembre. »

Mais les hôpitaux, les urgences, les maternités, mais également les cabinets de ville risquent d’être embolisés par la cinquième vague de coronavirus qui s’ajoute à des épidémies hivernales : bronchiolites, gastro, grippe, bronchites… Pourra-t-on une nouvelle fois mobiliser nos soignants pour assurer en un temps record des millions de vaccinations ?

« En juin, les centres de vaccination n’ont pas été désorganisés les effectifs des urgences, rassure Bénédicte Vrignaud, pédiatre et responsable des urgences pédiatriques à l’Hôpital Mère et Enfant au CHU de Nantes. Soit ce sont des personnes qui ont du temps, de jeunes retraités, des soignants qui vaccinaient le soir après leur journée de travail, sur leurs jours off, sur leur temps libre, soit on prenait sur le temps d’enseignement, administratif, de recherche pour aller en centre de vaccination. Mais le temps consacré à la vaccination, ça ne pénalisera jamais les urgences. Après la question de l’énergie, c’est autre chose. Les professionnels de santé sont fatigués, est-ce qu’il y aura la motivation pour se rajouter des heures ? » Florian Zores, cardiologue, alerte également sur Twitter sur des « généralistes sur les rotules »…