« Balance ton bar » : Qu’est-ce que le GHB, la « drogue du violeur » ?

AGRESSION SEXUELLE Molécule à usage médical, le GHB est devenu depuis plusieurs années « la drogue du violeur »

Anissa Boumediene
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Ces dernières semaines, les témoignages de victimes droguées au GHB à leur insu se multiplient.
Ces dernières semaines, les témoignages de victimes droguées au GHB à leur insu se multiplient. — kaicho20 / Pixabay
  • Ces dernières semaines, les témoignages de victimes droguées à leur insu avec du GHB lors de soirées étudiantes ou dans des bars ou discothèques se multiplient.
  • Connu depuis de nombreuses années comme « la drogue du violeur », le GHB est à l’origine un médicament dont l’utilisation est restreinte et strictement encadrée.
  • Ses effets sédatifs et amnésiants en ont fait une arme aux mains des prédateurs sexuels.

Ces dernières semaines, elle semble être partout. Dans des soirées étudiantes à Grenoble et Montpellier, comme dans des bars et discothèques de l’Oise, Strasbourg ou encore Nancy. Le GHB, ou « drogue du violeur », circule et ne cesse de faire des victimes, le plus souvent de jeunes femmes, droguées à leur insu.

Cette molécule, utilisée à des fins médicales, a progressivement été détournée à des fins récréatives. Avant de devenir une arme aux mains de prédateurs sexuels. Mais quels sont les effets et risques associés au GHB ? 20 Minutes vous explique.

Qu’est-ce que le GHB et quelle est son utilisation médicale ?

Ce sigle désigne le « Gamma-Hydroxy-Butyrate », une molécule de synthèse aux propriétés sédatives. Conditionné sous forme de poudre blanche soluble ou de liquide, il est le plus souvent administré par voie orale, mais son utilisation est très restreinte et strictement encadrée en médecine. Le GHB est ainsi indiqué dans le traitement de troubles du sommeil comme « la narcolepsie chez les patients adultes, les adolescents et les enfants » dans de rares cas, précise le Vidal, la bible de référence des produits de santé.

Le GHB, « synthétisé dans les années 1960, pénètre facilement et rapidement dans le cerveau. Il induit un sommeil proche du sommeil physiologique, avec un réveil de bonne qualité, et possède des indications en anesthésiologie et dans le traitement des troubles narcoleptiques et de l’addiction à l’alcool », expose l'Inserm.

Quels sont les effets de cette molécule et pourquoi ce médicament est-il devenu « la drogue du violeur » ?

« Ses propriétés sédatives, anxiolytiques et euphorisantes ont détourné ce composé de ses indications en thérapeutique, pour une utilisation à des fins récréatives et une consommation illicite », explique l’Inserm. A dose faible à modérée, le GHB procure quiétude, légère euphorie et désinhibition, ainsi qu’une « sensation d’ ivresse comparable à celle de l’alcool. A forte dose, ses effets sont ceux d’un somnifère puissant », décrit Drogues Info Service. D’où son surnom de « liquid extasy ».

Sa forme – inodore et incolore – et ses effets sédatifs et amnésiants « le rendent propice à une utilisation délictueuse (abus sexuel ou agression), alerte le service national d’information, d’écoute et d’aide sur les drogues et les addictions. Il peut être versé, à l’insu d’une personne, dans une boisson, sans en changer le goût ni l’aspect ».

En outre, « deux substances proches, le GBL (acide gammabutyrolactone) – un solvant industriel – et le BD (butanediol), se transforment en GHB une fois dans l’organisme. Ils ont les mêmes effets et présentent les mêmes risques », poursuit Drogues Info Service. Des cas d’intoxication au GBL sont ainsi régulièrement rapportés ces dernières années.

Comment savoir si l’on a été intoxiqué au GHB à son insu ? Quels sont les effets secondaires de cette molécule ?

S’il est possible d’identifier la présence du GHB dans l’organisme, sa détection est toutefois délicate et limitée dans le temps. Ainsi, « le GHB est dépistable uniquement par des laboratoires d’analyses spécialisés, pendant moins de 12 heures dans les urines, et à peine quelques heures dans le sang, prévient Drogues Info Service. Les difficultés de détection du GHB tiennent à la fois à la rapidité de sa disparition dans l’organisme et au fait qu’il est présent naturellement dans le corps humain ».

Si le GHB est donc inodore et incolore, l’association belge de prévention et d’écoute Infor Drogues précise toutefois qu’il peut avoir un « goût salé ». Ce que confirme une lectrice de 20 Minutes, qui pense avoir été droguée avec : « On m’a servi une vodka agrémentée de boisson énergisante. Ma boisson sentait le liquide vaisselle et avait un goût moitié sucré, moitié salé, ça aurait dû m’alerter », regrette la jeune femme, qui plaide pour de vastes campagnes de prévention contre l’usage de cette drogue.

Lors de l’intoxication, le GHB agit très rapidement. Ses effets se font ressentir 15 à 30 minutes après absorption et durent environ une heure, voire plusieurs, poursuit Drogues Info Service. « J’ai ressenti, à un moment de la soirée, une véritable paralysie. J’étais consciente, mais je n’avais plus aucune force en moi pour repousser quiconque autour de moi. Puis mon état a empiré. J’ai fini par ne plus rien voir, ne plus pouvoir parler, je ne pouvais même plus envoyer un message. Et j’ai fini par m’endormir. Le trou noir », confiait il y a quelques semaines à 20 Minutes​ une étudiante montpelliéraine qui pense avoir été droguée à son insu. Maux de tête, vertiges, étourdissements, nausées et vomissements, somnolence, confusion et amnésie comptent ainsi parmi les principaux effets secondaires du GHB.

Comment se prémunir d’une intoxication ?

Il y a quelques années, des étudiants américains ont mis au point un vernis anti-GHB, qui, si une boisson contient cette substance, change de couleur lorsque l’on trempe son doigt dans son verre. Un dispositif similaire, qui a la forme d’un jeton de caddie, permet lui aussi, en y versant une goutte de sa boisson, de détecter la présence de GHB avec une « efficacité de 99,3 % », assurent ses créateurs. En boîte de nuit ou en soirée, la première précaution reste de ne pas laisser son verre sans surveillance et de ne pas accepter une boisson offerte par une personne inconnue. Sans compter les  « capotes » pour verre​, des protections transparentes et réutilisables permettant d’éviter qu’une drogue y soit glissée.

En réaction aux témoignages de femmes droguées au GHB qui se sont accumulés ces dernières semaines, le collectif Héro.ïnes 95 a lancé un mouvement de boycott des bars et établissements de nuit à compter du 12 novembre dernier, et appelle les dirigeants de lieux festifs – bars, discothèques et salles de concert – à organiser « la formation du personnel à la prévention des violences sexistes et sexuelles ».

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