Grippe : Pourquoi la campagne vaccinale risque de moins bien marcher cette année qu’en 2020 ?

VIRUS Après un mois de vaccination contre la grippe saisonnière dédié aux personnes fragiles, aux plus de 65 ans et aux femmes enceintes, la campagne s'ouvre à tous les Français ce lundi

Marie De Fournas
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La vaccination contre le Cpronavorus et la grippe saisonnière peut se faire en meme temps sur . (Illustration)
La vaccination contre le Cpronavorus et la grippe saisonnière peut se faire en meme temps sur . (Illustration) — Jean-Francois Badias/AP/SIPA
  • Selon les chiffres de l’Ordre des pharmaciens, 5,6 millions de vaccins ont été retirés en pharmacie par les personnes prioritaires. L’année dernière à la même période ce chiffre grimpait à 6,7 millions de doses.
  • Cet écart peut s’expliquer par le fait que l’année passée, beaucoup de gens ont reçu une dose de vaccin contre la grippe à défaut de traitement contre le Covid qui frappait à nouveau la France de plein fouet.
  • Certaines personnes éligibles pourraient également avoir choisi de décaler leur vaccination en fonction de leur rappel vaccinal contre le Coronavirus.

Ce lundi sonne l’ouverture à tous les Français, de la campagne vaccinale contre la grippe saisonnière. Un mois après son lancement pour les personnes fragiles, celles de plus de 65 ans et les femmes enceintes, l’heure est au premier bilan. Et celui-ci semble mitigé par rapport à l’année dernière. Selon les chiffres de l’Ordre des pharmaciens publiés par Franceinfo, 5,6 millions de vaccins ont été retirés en pharmacie par les personnes prioritaires. L’année dernière à la même période ce chiffre grimpait à 6,7 millions de doses. Comment expliquer une telle chute en l’espace d’un an seulement ?

2020 : Une année exceptionnelle

Si les chiffres paraissent bas cette année, c’est qu’ils le sont au regard de l’année passée, qui fut « exceptionnelle », souligne Michaël Rochoy, médecin généraliste et cofondateur du collectif « Du côté de la science ». « Le vaccin a été victime de son succès de façon inhabituelle », assure-t-il, précisant qu’il y avait même eu des pénuries l’an passé. Un problème qui ne devrait pas se poser cette année, même si aucun stock d’Etat n’est prévu. « L’Etat a sécurisé des doses supplémentaires, qui pourront être commandées directement par les pharmaciens d’officines », assure l’Ordre des pharmaciens dans un communiqué.

Un problème de stock, qui ne s’était pas présenté en 2019, où à cette même période, seules cinq millions de personnes prioritaires avaient retiré leur vaccin contre la grippe dans les officines, toujours selon les chiffres de l’Ordre des pharmaciens. C’est donc 600.000 de moins que cette année.

La peur du Coronavirus : un moteur

Ce qui change entre ces trois années et semble influer sur le succès des campagnes vaccinales contre la grippe saisonnière, c’est l’épidémie de coronavirus. En octobre 2019, elle n’existait pas en France. En octobre 2020, le pays était frappé de plein fouet par une seconde vague de contaminations et se reconfinait. « A cette période, il n’y avait pas de vaccin contre le Covid-19, ni de traitement efficace. Les gens allaient donc se vacciner aussi pour éviter d’autres maladies provoquées par une infection virale », analyse Michaël Rochoy. En effet, les hôpitaux français étaient déjà submergés de patients Covid-19 avec des formes graves. S’y retrouver pour une forme sévère de grippe n’était pas vraiment recommandé.

Cette année, la France a un vaccin contre le coronavirus et peut se vanter d’une large couverture vaccinale. A tel point que malgré la hausse des cas, le gouvernement se dit confiant face à la cinquième vague. « Cette année comme les autres sans pandémie de coronavirus, les gens ont tendance à faire le vaccin contre la grippe seulement si cela les motive », argue Michaël Rochoy. Le médecin rappelle cependant qu’attraper par malchance les deux maladies en même temps augmente les risques de complications.

Une histoire de timing

Si le nombre de personnes prioritaires ayant retiré leur vaccin en pharmacie est pour l’instant beaucoup moins élevé que l’année dernière, rien ne dit que la campagne vaccinale ne rattrapera pas son retard par la suite. Il est en effet possible que certains aient reporté leur vaccination. « Soit parce qu’ils ont reçu une troisième dose du vaccin contre le Covid-19 il y a peu et qu’ils veulent espacer, soit parce qu’au contraire, ils veulent faire les deux en même temps, mais que leur dernière dose de vaccin contre le coronavirus date de moins de six mois », émet comme hypothèse Michaël Rochoy.

Dans un avis rendu le 23 août, la Haute Autorité de santé (HAS) approuve « la co-administration des vaccins contre la grippe et contre le coronavirus ». Si l’HAS redoutait à cette époque que cette double injection provoque une diminution de la réponse immunitaire sur l’un ou l’autre des vaccins, « les résultats récents d’un essai rapportés par le Joint Committee on Vaccination and Immunisation sont rassurants sur ce point ». Fin septembre, elle a donc confirmé qu’elle ne comportait « aucun danger ». Les injections peuvent donc se faire en même temps (chacune sur un bras différent), sans délai.