Coronavirus : Quelles différences dans la gestion de la crise et du pass sanitaire entre l’Allemagne, l’Autriche et la France ?

EPIDEMIE Alors que l’Autriche a reconfiné sa population et que l’Allemagne tâtonne, le gouvernement français semble vouloir s’en tenir au pass sanitaire actuel pour faire face à la cinquième vague

X. R.
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L'opposition au pass sanitaire fait désormais partie intégrante des revendications du mouvement des gilets jaunes.
L'opposition au pass sanitaire fait désormais partie intégrante des revendications du mouvement des gilets jaunes. — JEANNE ACCORSINI/SIPA
  • Alors qu’une nouvelle vague de coronavirus touche l’Europe, plusieurs pays ont pris des mesures coercitives. L’Autriche se confine lundi pour 20 jours, certaines régions d’Allemagne refusent les non-vaccinés dans les restaurants et la Suède a instauré un premier pass vaccinal.
  • En France, l’exécutif ne veut pas entendre parler de confinement des non-vaccinés et veut maintenir le pass sanitaire tel qu’il est, tout en voulant accélérer la campagne de rappel.
  • Sa bonne couverture vaccinale et la proximité de l’élection présidentielle expliquent ces réticences à prendre des décisions fortes.

La nouvelle vague de coronavirus ne rencontre pas les mêmes digues partout en Europe. Submergée, l’ Autriche a pris une décision radicale : confinement total dès ce lundi, et obligation vaccinale à partir du 1er février. La Suède instaure enfin un pass vaccinal, tandis que l’Allemagne s’éparpille, coincée entre une situation épidémique disparate et les politiques de ses Länder. A Paris en revanche, le gouvernement semble avoir fait sien la devise de la ville, fluctuat nec mergitur.

Ce qui plie, c’est l’âge d’ouverture à la dose de rappel, tiré vers le bas par le temps. « Cela fait maintenant six mois que certains jeunes sont vaccinés, c’est normal de faire leur rappel », explique à 20 Minutes Marie-Aline Bloch, chercheuse en sciences de gestion à l’École des hautes études en santé publique. La HAS recommande ainsi de l’ouvrir aux plus de 40 ans dès décembre. Mais ce qui ne rompt pas, c’est le pass sanitaire, qu’Olivier Véran ne souhaite pas modifier, et la liberté de circuler pour tous, l’hypothèse d’un confinement des non-vaccinés a été écartée par Emmanuel Macron dans la Voix du Nord.

Risques de violence et de récupération

Pourquoi le gouvernement s’obstine-t-il à garder ainsi le cap, alors que plus de 22.000 nouveaux cas ont été signalés samedi ? « Il ne faut pas oublier qu’on est en période électorale », pointe Marie-Aline Bloch, pour qui des mesures coercitives portent « un risque de récupération » politique. Le gouvernement ne veut donc pas « exacerber les mécontentements » dans l’optique de la réélection d’Emmanuel Macron. Ainsi, les « gilets jaunes », qui ont encore manifesté dans Paris samedi, ont intégré l’opposition au pass sanitaire comme revendication majeure. Les affrontements étant déjà réguliers avec la police, le gouvernement chercherait à éviter que la situation dégénère comme aux Pays-Bas.

Le gouvernement y a réintroduit un confinement partiel, projetant d’interdire certains lieux comme les bars et restaurants aux non-vaccinés, suscitant une réaction épidermique. A Rotterdam, 51 personnes ont été arrêtées et deux ont été blessées par balle après une nouvelle nuit de violences. L’Allemagne se penche à son tour sur une telle mesure. Certains Länder très touchés par l’épidémie, comme la Saxe, sont ainsi passés de la règle des 3G («geimpft, genesen, getestet » pour « vacciné, rétabli, testé ») à la règle des 2G, excluant de certains lieux les personnes seulement testées.

Une couverture vaccinale plus large

L’affirmation d’Olivier Véran devant le Sénat, reprise par Emmanuel Macron, qui prétend que « les pays qui confinent les non-vaccinés sont ceux qui n’ont pas mis en place le pass », est ainsi totalement fausse. L’Autriche a même mis en place son « pass vert » dès le 19 mai, bien avant la France. Quant à l’ Allemagne, le pass sanitaire y a été adopté à l’échelle nationale le 23 août, avant d’être supprimé ou allégé dans les Länder peu touchés. Un peu comme l’abandon du masque à l’école primaire en France. Mais quelques semaines après avoir rendu les tests payants, les exclure du pass sanitaire serait politiquement compliqué et affaiblirait encore le suivi de l’épidémie.

Néanmoins, la France « a un taux de vaccination supérieur aux autres pays » souligne Marie-Aline Bloch. Environ 75 % de la population de l’Hexagone est totalement vaccinée, contre 66 % pour l’Autriche par exemple. Ce qui permet d’atténuer la pression sur le système hospitalier, et d’éviter donc ce nouveau confinement qui serait « difficile à vérifier » selon la chercheuse.

Pour limiter les dégâts de la cinquième vague, le gouvernement s’appuie donc sur la troisième dose, qui doit d’abord protéger les personnes à risques. « Ce qui est gênant, ce n’est pas les contaminations, car ceux pour qui la maladie est bénigne seront ensuite immunisés », explique Marie-Aline Bloch. C’est d’ailleurs la seule entorse à l’immuable pass sanitaire que s’est autorisé l’exécutif : conditionner sa validité à la dose de rappel pour les plus de 65 ans à partir du 15 décembre.