Coronavirus : Faudra-t-il se faire vacciner tous les six mois ?

VACCINATION Alors que la campagne de rappels s’accélère avec son ouverture en décembre aux plus de 50 ans, beaucoup de questions restent en suspens sur l’immunité provoquée par cette vaccination

Oihana Gabriel
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Illustration d'une pharmacienne faisant un rappel à un patient à Paris le 25 octobre 2021.
Illustration d'une pharmacienne faisant un rappel à un patient à Paris le 25 octobre 2021. — Rafael Yaghobzadeh/AP/SIPA
  • A partir du 1er décembre, les plus de 50 ans pourront faire un rappel du vaccin contre le Covid-19, à condition d’être au moins six mois après la deuxième dose.
  • Avec ce timing rapproché, certains s’interrogent : est-ce le signe qu’il faudra que tous les Français fassent une dose de rappel, comme c’est le cas aux Etats-Unis et en Israël ? Faudra-t-il répéter cette opération tous les six mois ?
  • Les deux chercheurs spécialistes en immunologie interrogés par 20 Minutes estiment que malgré les incertitudes, il serait étonnant que ces rappels se répètent de façon si rapprochée.

A peine quelques mois après avoir reçu deux injections de vaccin contre le Covid-19, il va falloir y retourner. En tout cas pour les plus de 50 ans. A partir du 1er décembre, ils sont incités à recevoir un rappel si cela fait plus de six mois qu’ils ont reçu la deuxième dose (ou la dose unique). Le top départ d’une vaccination contre le coronavirus tous les six mois pour tous ?

L’immunité baisse au bout de six mois

« C’est un argument des antivax », regrette Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie à Strasbourg. Qui insiste : il reste de nombreuses questions sans réponse. « On ne peut pas dire aujourd’hui qu’il ne faudra pas faire de troisième dose pour toute la population. Mais à l’inverse, on ne peut pas non plus affirmer qu’il faudra une quatrième dose dans six mois. »

Ce qu’on sait, en revanche, c’est que « les études, venues notamment d’Israël, montrent qu’au bout de six mois, l’immunité descend au-dessous d’un seuil qu’on estime peu protecteur », insiste le chercheur, membre du collectif Du Côté de la Science. Voilà pourquoi insister sur l’importance de faire une dose de rappel pour toutes les personnes âgées, immunodéprimées ou avec comorbidités, fait sens aujourd’hui. En revanche, « il n’y a pas d’évidence qu’administrer une troisième dose en population globale soit bénéfique », nuance le spécialiste.

Une troisième dose qui booste fortement l’immunité

Cette campagne de rappel ne signe donc pas, au vu des informations actuelles, le début d’un long tunnel de vaccinations régulières pour tous. Tout d’abord parce que l’immunité semble fortement renforcée par cette troisième dose (ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle « dose booster »…)

En vulgarisant : notre système immunitaire se divise en deux parties. « Des lymphocytes B produisent des anticorps tout de suite, mais il y a également des lymphocytes « mémoires », qui servent de réserve pour plus tard dans la moelle osseuse », explique Sandrine Sarrazin, chercheuse à l’Inserm au centre d’immunologie de Marseille-Luminy. Ce qu’on ne sait pas, pour le moment, c’est combien de « lymphocytes B mémoire » sont produits par cette troisième dose. « Mais des études montrent que la deuxième dose permet la production de « lymphocytes B mémoire » dans la moelle osseuse. Et quand on sait comment fonctionne la vaccination, on peut facilement supposer que cette troisième dose stimule à nouveau cette immunité de long terme. »

D’autant plus que « les données réelles montrent que la troisième dose multiplie de 5 à 15 fois le taux d’anticorps dans le sang, ajoute Eric Billy. C’est bien plus qu’avec la deuxième dose. Donc même si l’immunité baisse dans le temps, si jamais il fallait faire un nouveau rappel, ce ne serait pas six mois après la troisième dose, mais au moins un an. Et ce nouveau rappel ne concernerait certainement que ceux aujourd’hui éligibles. »

« Il n’y a aucune raison de penser qu’on s’abonne à une vaccination régulière tous les six mois »

Le contexte peut changer

Sandrine Sarrazin ajoute que la situation sanitaire mondiale a le temps d’évoluer dans les prochains mois. « En fonction du contexte, on ne va pas avoir la même stratégie de protection. Ce rappel arrive dans un contexte particulier : en pleine pandémie, le virus circule beaucoup. » D’autant que la France est entrée depuis quelques semaines dans une cinquième vague. « On arrive dans la saison hivernale, où il est plus compliqué de se retrouver en extérieur et d’aérer longtemps, renchérit Eric Billy. On a donc besoin de faire remonter le taux d’anticorps chez ces personnes qui, si elles rencontrent le virus, risquent d’être hospitalisées, voire de décéder. Le variant Delta étant plus virulent qu’Alpha, majoritaire l’hiver dernier, il convient pour cette population d’être bien protégée. »

« Il n’y a aucune raison de penser qu’on s’abonne à une vaccination régulière tous les six mois, poursuit Sandrine Sarrazin. Si le virus arrête de circuler, on aura cette immunité mémoire qui nous protège à long terme. D’ailleurs, pour d’autres maladies, on n’a pas besoin de rappels aussi rapprochés. » Pour se protéger contre la diphtérie-tétanos-poliomyélite, par exemple, il faut faire des rappels du DTP, mais tous les vingt ans…

Pourquoi, alors, faut-il se faire vacciner chaque année contre la grippe ? « On fait souvent la comparaison avec la grippe, mais on est dans deux situations différentes, corrige Sandrine Sarrazin. Ce n’est pas un rappel, mais une nouvelle vaccination, car ce n’est pas le même virus de la grippe. Pour le moment, la troisième dose contre le coronavirus, c’est un rappel. » Avec exactement le même produit que pour la primo vaccination.

Le schéma vaccinal en cours de définition

Par ailleurs, avec ce virus récent et plein de surprises, les scientifiques n’ont pas assez de recul pour être certains du schéma vaccinal le plus protecteur face au Covid-19. « C’est la première fois qu’on utilise des vaccins à ARN, rappelle Eric Billy. On s’est basé sur deux doses, mais il est possible que le protocole évolue avec les connaissances et les mutations du virus. A terme, il pourrait être de trois doses. L’évolution d’un schéma vaccinal est chose courante, et aujourd’hui, plusieurs vaccinations exigent trois doses. »

A l’avenir, on pourrait donc affiner le schéma vaccinal en fonction du profil des patients. Eric Billy estime qu’il serait intéressant de lancer une étude sur 30.000 personnes en France, à qui l’on ferait un dosage d’anticorps un mois puis quatre mois après la vaccination. Le but ? « Mieux connaître la chute de cette immunité en fonction de l’âge, des prédispositions, explique-t-il. Car aujourd’hui, on procède de manière systématique : vous avez 50 ans, votre système immunitaire n’est plus au top, il faut qu’on vous remonte votre taux d’anticorps circulants. On agit un peu à l’aveugle. »