Coronavirus : Faire peser des restrictions sanitaires uniquement sur les non-vaccinés, est-ce envisageable en France ?

EPIDEMIE Le cas de l’Autriche qui vient de décider ce dimanche de confiner les non-vaccinés interroge…

Delphine Bancaud
— 
Pansement sur le bras, au centre de vaccination Covid-19 de la Gare Maritime, Cannes, le 18/10/2021.
Pansement sur le bras, au centre de vaccination Covid-19 de la Gare Maritime, Cannes, le 18/10/2021. — SYSPEO/SIPA
  • Les non-vaccinés sont surreprésentés parmi les malades du Covid à l’hôpital.
  • Certains pays ont donc décidé de faire peser sur eux de nouvelles restrictions sanitaires. A l’instar de l’Autriche, qui a annoncé dimanche l’entrée en vigueur d’un confinement pour les personnes non vaccinées ou qui n’ont pas guéri du Covid-19.
  • Mais la France ne semble pas prête à adopter de telles mesures, pour des raisons politiques, juridiques et d’efficacité.

Alerte rouge. Le taux d’incidence devrait dépasser les 100 nouvelles contaminations pour 100.000 habitants cette semaine. Et ce n’est pas fini, selon Pascal Crépey, épidémiologiste à l’Ecole des Hautes Etudes en santé publique : « On peut s’attendre à une forte hausse des cas d’ici aux prochaines vacances de Noël. D’autant qu’avec l’hiver, on passe plus de temps dans des lieux clos et on aère moins les pièces ».

Pour contenir la hausse de l’épidémie de coronavirus, le gouvernement compte sur les mesures annoncées par Emmanuel Macron, mardi dernier. A savoir conditionner à partir du 15 décembre, le pass sanitaire des plus de 65 ans à une dose de rappel. Et réinstaurer à partir de ce lundi le masque à l’école. Tout en continuant à inciter les non-vaccinés à se faire piquer. «  La cinquième vague sera celle des non-vaccinés et des personnes fragiles non rappelées. Chaque injection éloigne un patient de l’hôpital et nous rapproche collectivement d’un hiver serein », a déclaré ce samedi Gabriel Attal. Mardi, Emmanuel Macron avait lui même de nouveau exhorté mardi les quelque 6 millions de Français « qui n’ont reçu aucune dose » à se faire vacciner, au nom de « l’esprit de responsabilité ».

Un durcissement des mesures dans certains pays

Mais certains pays ne veulent plus se contenter de simples mots pour tenter de convaincre les réfractaires à la vaccination. Ils passent désormais aux actes. L’Autriche a annoncé dimanche l’entrée en vigueur dès lundi d’un confinement pour les personnes non vaccinées ou qui n’ont pas contracté récemment le Covid-19. Les personnes concernées n’auront pas le droit de quitter leur domicile sauf pour faire leurs courses, du sport ou pour des soins médicaux. Et des contrôles inopinés seront effectués.

Autre exemple de durcissement du ton à l’égard des personnes non vaccinées : à compter de lundi, Berlin va leur interdire l’accès notamment aux restaurants sans terrasse, aux bars, aux salles de sport et aux salons de coiffure. Un test négatif ne permettra plus d’avoir accès à ces lieux publics s’ils ne sont pas vaccinés ou ne peuvent prouver qu’ils sont guéris de la maladie. Ce type de dispositif est déjà entré en vigueur la semaine dernière en Saxe. Quant à Singapour, à partir du 8 décembre, le pays va cesser de prendre en charge les frais médicaux des malades atteints du coronavirus qui ont refusé de se faire vacciner.

Un risque politique trop important en France

Ce type de mesures vis-à-vis des non vaccinés serait-il possible en France ? Non, répondent en chœur plusieurs experts. Tout d’abord parce que la situation sanitaire de la France diffère de certains des pays qui ont adopté ces dispositifs, comme le souligne Laurent Chambaud, directeur de l’École des hautes études en santé publique : « Dans notre pays 75 % de la population adulte est complètement vaccinée et 80 % l’est partiellement. Alors qu’en Autriche, 65 % de la population ont reçu les deux doses de vaccin ». Par ailleurs, faire porter le chapeau de nouvelles mesures seulement par les non-vaccinés ne serait pas un remède miracle contre la reprise de l’épidémie, explique Pascal Crépey : « Certes, des mesures coercitives à leur encontre sont susceptibles de les protéger et de réduire le fardeau des hospitalisations. Mais elles ne pourraient pas permettre d’enrayer la dynamique épidémique, puisque la vaccination ne protège qu’à 50 % de la transmission du virus ».

Par ailleurs, des mesures ciblées sur les non-vaccinés risqueraient de ne pas être acceptées par les principaux concernés. « Il est fort probable que les restrictions ne seraient pas bien respectées. Par ailleurs augmenter les contraintes sur la population qui refuse le vaccin serait susceptible de la radicaliser. Sans pour autant parvenir à la faire changer d’avis », estime Pascal Crépey. Et en période pré-électorale, le risque politique serait sans doute trop important. « Le gouvernement a préféré une logique d’incitation forte à la vaccination et cela a plutôt bien fonctionné. Il faut garder une stratégie cohérente », souligne Laurent Chambaud. Sans oublier l’obstacle juridique à de telles mesures. Car le conseil Constitutionnel pourrait les retoquer, en jugeant qu’elles porteraient atteinte au principe d’égalité.

D’autres champs d’action possibles

Mais ne pas envisager de telles mesures vis-à-vis des non vaccinés ne signifie pas pour autant l’attentisme des pouvoirs publics face à la reprise épidémique. Le gouvernement pourrait par exemple, décider de communiquer plus activement sur la nécessité de mieux respecter les gestes barrières. Car dans les magasins, on a moins tendance à s’enduire de gel. La bise a fait son retour dans les rapports sociaux et les fêtes ont retrouvé de la vigueur. « Or, si chacun de nous réduisait de 30 % ses contacts sociaux, cela entraînerait mécaniquement une baisse des contaminations », évoque Pascal Crépey.

Une action plus énergétique envers les 15 % des Français de plus de 80 ans qui ne sont pas vaccinés pourrait aussi être envisagée. « Ces derniers pensent être à l’abri du Covid-19, car ils sortent peu. Mais c’est un leurre car ils peuvent être contaminés par leurs proches », souligne Pascal Crépey. « Il faut faire un travail de dentelle pour comprendre d’où viennent leurs réticences. Et faire intervenir les médecins généralistes, les pharmaciens et les collectivités territoriales pour qu’ils servent de relais de communication », suggère Laurent Chambaud. Selon lui, une communication autour de l’intérêt de la troisième dose est aussi nécessaire « pour lever les réticences de ceux qui rechignent à retourner se faire vacciner. Et il faut s’organiser pour remobiliser progressivement les centres de vaccination afin que les rappels aient lieu 6 mois après la dernière dose ». Pour lui, « la question de la vaccination des enfants doit aussi être reposée. Et la Haute autorité de Santé doit se prononcer sur le sujet ». Enfin, la politique de tests pourrait aussi être revue, selon Pascal Crépey : « Il faut réactiver les tests en les remboursant à nouveau, afin de pouvoir isoler les personnes infectées le plus vite possible ».