Coronavirus aux Etats-Unis : La réouverture des frontières peut-elle entraîner une flambée épidémique ?

EPIDEMIE Le gouvernement américain a pris un maximum de précautions pour que cette réouverture sur le monde extérieur ne signe pas le retour d’une énième vague épidémique sur son sol

M.F. avec AFP
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Les frontières américaines rouvrent ce lundi 8 novembre 2021 et laisse craindre à une reprise épidémique.
Les frontières américaines rouvrent ce lundi 8 novembre 2021 et laisse craindre à une reprise épidémique. — SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
  • Ce lundi 8 novembre, les Etats-Unis ont ouvert leurs frontières aux voyageurs étrangers, après 23 mois de fermetures strictes.
  • Seules les personnes issues d’une liste de 35 pays, entièrement vaccinées et munies d’un test Covid négatif peuvent se rendre sur le sol américain.
  • Malgré ces précautions, la situation épidémique aux Etats-Unis et en Europe, ne semble pas des plus favorables pour une telle levée de restrictions.

Après l’Australie et la Thaïlande, c’est au tour des Etats-Unis de rouvrir partiellement leurs frontières aux voyageurs à partir de ce lundi. Cela faisait presque deux ans, vingt mois très précisément, que celles-ci étaient fermées. Une bonne nouvelle pour le secteur du tourisme, les voyages d’affaires et les familles séparées depuis de long mois, mais peut-être moins pour la gestion et le contrôle de la pandémie. Cette reprise du tourisme mondial peut-elle entraîner une flambée épidémique ? 20 Minutes fait le point.

Les mesures de contrôles sont-elles suffisantes pour éviter la propagation du virus entre le continent américain et le reste du monde ?

Les Etats-Unis ont certes rouvert leurs frontières, mais pas à n’importe quelles conditions. Washington a fourni une liste de 33 pays dont les ressortissants sont autorisés à se rendre sur le sol américain. Tous ces voyageurs doivent faire la preuve d’un schéma vaccinal complet s’ils sont âgés de plus de 18 ans. En plus de ça, ils doivent présenter un test Covid négatif de moins de 72 heures. Les enfants voyageant avec leurs parents devront avoir un test de dépistage négatif de moins de trois jours.

Pour l’épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève Antoine Flahault, toutes ces précautions ne sont pas efficaces à 100 %. « L’Europe est restée relativement ouverte avec des protocoles sanitaires plus ou moins stricts mais exigeant pour la plupart le pass sanitaire et souvent des tests PCR également, mais on voit aujourd’hui qu’elle affiche l’une des plus mauvaises performances sanitaires de la planète. Il est donc probable que l’ouverture des frontières nord-américaines augmente à son tour la circulation du virus aux Etats-Unis et avec les pays qui leur seront connectés », projette l’expert.

En quoi la réouverture des frontières américaines est-elle différente des autres ?

L’ouverture des frontières américaines aux touristes étrangers intervient près de deux semaines après celles de la Thaïlande et une semaine après l’Australie. Point commun entre les trois nations, leurs frontières étaient restées strictement fermées depuis le début de la pandémie. Cependant, les effets de ces réouvertures devraient être bien différents selon les pays.

En effet, dès l’annonce de la réouverture des frontières américaines, les réservations de billets d’avion ont bondi. British Airways a ainsi vu les recherches de vols et séjours vers certaines villes américaines exploser de 900 % pour les jours précédant Noël, par rapport à la semaine précédant l’annonce du gouvernement américain. Chez American Airlines, les réservations ont, le lendemain de l’annonce, bondi de 66 % vers le Royaume-Uni, 40 % vers l’Europe et 74 % pour le Brésil.

Etait-ce le bon moment pour rouvrir les frontières ?

Côté américain comme européen, la situation épidémique est bien loin d’être sous contrôle. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) s’est inquiétée jeudi du rythme de transmission du virus du Covid-19 actuellement « très préoccupant » dans les 53 pays de la région européenne. De l’autre côté de l’Atlantique, « les Etats-Unis abordent la saison froide sur un plateau de contaminations très élevé, avec plus de 70.000 cas et 1.000 décès quotidiens », rapporte Antoine Flahault. Malgré de fortes couvertures vaccinales de part et d’autre, les deux continents n’en ont donc pas du tout fini avec la pandémie.

Le risque d’atteindre des nouveaux pics de contaminations et de générer une surcharge sur le système de santé comme l’hiver dernier est par conséquent loin d’être nul. « Si la vaccination ne suffit pas à limiter la saturation des hôpitaux, des mesures fortes risquent de devoir être reprises à un certain moment cet hiver », avertit l’épidémiologiste.

Y aura-t-il un bon moment pour rouvrir les frontières ?

Un peu plus de deux ans après le début de la pandémie de Covid-19, force est de constater que les pays affichant la meilleure performance sanitaire « sont ceux qui ont fermé entièrement leurs frontières aux voyageurs », souligne Antoine Flahault. Mais pour l’expert, il ne faut pas non plus minimiser l’impact psychologique de cette politique. « Elle s’est avérée très lourde sur le plan social pour les populations qui se sont senties captives ou pour nombre d’entre eux qui n’ont pas pu voir leurs familles et leurs proches restées à l’étranger ».

« Les mesures très strictes qui étaient prises jusqu’à présent n’avaient pas vocation à durer dans le temps, elles étaient conçues comme des mesures d’urgence », poursuit Antoine Flahault. Après 23 mois de fermetures strictes et une pandémie qui s’installe dans la durée, les Etats-Unis tentent donc de restaurer une vie plus proche de la normale, même si cela implique une part de risque.