Vaccination : L’accélération de la campagne de rappel peut-elle endiguer une cinquième vague ?

CORONAVIRUS Moins de la moitié des personnes éligibles ont reçu leur dose de rappel en France

Hélène Sergent
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Vendredi, le Premier ministre Jean Castex a dit que l'exécutif réfléchissait en priorité à la piste d'un pass conditionné à une troisième dose.
Vendredi, le Premier ministre Jean Castex a dit que l'exécutif réfléchissait en priorité à la piste d'un pass conditionné à une troisième dose. — Rafael Yaghobzadeh/AP/SIPA
  • Le chef de l’Etat doit s’adresser aux Français mardi 9 novembre lors d’une allocution télévisuelle diffusée à 20 heures.
  • En Europe, plusieurs pays ont d’ores et déjà entamé une campagne de rappel de vaccins anticovid alors que l’épidémie semble repartir à la hausse.
  • En France, moins de la moitié des personnes éligibles, les plus de 65 ans et les plus fragiles, ont reçu leur dose de rappel.

Quatre mois après sa dernière allocution, Emmanuel Macron va de nouveau s’adresser aux Français. Le chef de l'Etat prendra la parole mardi 9 novembre à 20 heures dans un contexte de  reprise de l'épidémie de Covid-19. Principal enjeu de cette intervention : accélérer la campagne de rappel de vaccins lancée officiellement depuis le 1er septembre. En France, selon les chiffres du ministère de la Santé, 88% des personnes de plus de 18 ans sont aujourd'hui entièrement vaccinées.

Mais l’administration d’une troisième dose recommandée depuis fin août par la Haute Autorité de santé (HAS), progresse lentement. Trop lentement aux yeux de certains professionnels qui plaident désormais pour une généralisation du rappel de vaccin anticovid pour l'ensemble de la population. À l’approche de l’hiver, les indicateurs témoignent en effet d’une hausse des admissions à l’hôpital, du taux d’incidence et des cas de contaminations. Dans ce contexte, le Premier ministre a appelé vendredi à « la mobilisation générale autour de la vaccination ».

Se concentrer sur les non-vaccinés

Comme bien souvent au cours de l’épidémie, les avis de la communauté scientifique divergent au sujet de l’impact de cette fameuse troisième dose. Son administration rapide et massive pour les catégories de population concernées suffira-t-elle à endiguer la reprise de l’épidémie ? Pour l’heure, moins de la moitié des personnes éligibles, c’est-à-dire les plus de 65 ans et les plus fragiles, ont reçu leur dose de rappel.

Rien d’alarmant pour l’épidémiologiste Dominique Costagliola. Selon elle, l’action des autorités sanitaires doit plutôt se concentrer sur les non-vaccinés. « On a 13 % des plus de 80 ans qui n’ont pas été vaccinés, c’est déjà ça qu’il faudrait résoudre comme problème », a-t-elle justifié sur France Inter, samedi 6 novembre. Un point de vue partagé par son confrère Alain Fischer, le « Monsieur vaccination » du gouvernement qui a insisté dans les colonnes du Journal du Dimanche sur la priorité de convaincre ce pourcentage de personnes âgées non vaccinées.

Une immunité renforcée

D’autres, au contraire, plaident pour donner un coup d’accélérateur à la vaccination de rappel. C’est le cas de Benjamin Davido, directeur médical de crise et infectiologue à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine). Contacté par 20 Minutes, il développe : « Aujourd’hui, le problème c’est le taux de transmission du virus. Et ça ne concerne pas seulement les plus âgés ou les plus fragiles d’entre nous. On le sait désormais, avec le variant Delta, les anticorps baissent au bout de six mois après un schéma vaccinal complet. Donc pour éviter un regain de l’épidémie, un retour des restrictions et conserver les bénéfices de cette vaccination, il faudrait déterminer un nouveau calendrier de rappel pour tous ».

En Israël, l’un des pays les plus proactifs en matière de vaccination anticovid, une récente étude parue fin octobre dans la revue The Lancet s’est intéressée aux effets de la triple injection. Là-bas, la dose de rappel est disponible pour l’ensemble de la population depuis trois mois. Dans une interview accordée à Libération ce dimanche, l’immunologue et professeur à l’université Bar-Ilan de Tel-Aviv, Cyrille Cohen, a présenté les résultats de ses recherches. « Nous voyons une baisse de l’immunité liée à la vaccination après six mois. Une dose de rappel permet de faire remonter cette immunité à son niveau d’après la deuxième dose. Si on compare deux populations, l’une vaccinée deux fois et l’autre trois fois, on remarque que le rappel a une efficacité de 90 % contre les formes graves et de 80 % contre le décès », explique-t-il.

Des rendez-vous en hausse

En France, la généralisation d’une troisième dose n’a pas encore été actée par l’exécutif. Mais le sujet pourrait être abordé mardi matin à l’occasion d’un nouveau conseil de défense sanitaire présidé par Emmanuel Macron. Dominique Costagliola, elle, insiste sur la nécessité de combiner toutes les consignes sanitaires pour mettre à distance le regain épidémique. « Cette généralisation de la troisième dose est sans urgence. Pour l’instant les schémas vaccinaux adoptés restent très efficaces contre les formes graves (…) il ne faut pas abandonner les autres mesures, le masque et l’aération, il faut vraiment tout combiner pour réduire au maximum les risques » , a-t-elle soulevé sur France Inter.

Pour autant, comme en juillet dernier, l’annonce d’une nouvelle intervention présidentielle semble avoir incité plusieurs milliers de Français, concernés par cette nouvelle dose, à agir. Et l’éventualité de conditionner le pass sanitaire à cette dose de rappel évoquée vendredi par Jean Castex n’y serait pas non plus pour rien. Selon le site Doctolib, plus de 63.000 rendez-vous pour un rappel de vaccin ont été pris vendredi dernier, jour où l’on apprenait l’intervention à venir d’Emmanuel Macron. C’est 61 % de plus par rapport à la semaine précédente.