Coronavirus en Allemagne : Comment s’est déclenchée la quatrième vague ?

EPIDEMIE On dénombre 131.000 cas par semaine au pays de Goethe et du Bayern Munich, soit autant qu’il y a un an

X. R.
— 
Les services de réanimation sont saturés en Allemagne.
Les services de réanimation sont saturés en Allemagne. — Peter Kneffel/AP/SIPA
  • L’Allemagne fait face à une quatrième vague de cas de Covid-19, comparable à celle de l’automne dernier avec 34.000 nouvelles contaminations recensées en 24 heures jeudi.
  • Outre-Rhin, le taux de vaccination est un peu inférieur à celui de la France, notamment dans les régions les plus touchées par la reprise épidémique.
  • Pour Anne Sénéquier, la lassitude et le relâchement des gestes barrières sont liés à cette « épidémie de non-vaccinés » à laquelle est confronté notre voisin européen.

Serions-nous subitement revenus un an en arrière avec le changement d’heure ? C’est ce que doivent se demander les Allemands, confrontés à une nouvelle vague épidémique de Covid-19. Hôpitaux débordés, ministre de la Santé appelant à durcir les règles sanitaires, la situation ressemble à s’y méprendre à la deuxième vague, qui avait suivi la rentrée 2020. Comment l’expliquer ? 20 Minutes fait le point.

Quels sont les chiffres de l’épidémie en Allemagne ?

Fin octobre, le pays comptait 131.000 nouveaux cas par semaine selon l’OMS. Un chiffre identique à celui de novembre 2020, avec « une accélération inquiétante », relève pour 20 Minutes Anne Sénéquier*, codirectrice de l’Observatoire de la santé mondiale. L’institut Robert-Koch relevait en effet 20.000 infections en 24 heures mardi, et près de 34.000 jeudi. Un record. « Il y avait 1.200 décès par semaine à l’époque, grâce à la vaccination on est descendu à 630 », mesure-t-elle.

Avec 165 morts en 24 heures rapportés jeudi, ces chiffres pourraient encore augmenter. « On était monté jusqu’à 6.000 décès par semaine en janvier 2021 », rappelle la médecin. Le virus se diffuse par ailleurs au même endroit que l’an dernier, près des frontières autrichienne et tchèque, avec une forte prévalence en Saxe. C’est aussi dans cette région de l’Est que le taux de vaccination est le plus faible du pays (56 % de personnes avec un schéma vaccinal complet, contre 66 % au niveau national).

Comment en est-on arrivé là ?

Les spécialistes comme le gouvernement allemand le disent, il s’agit surtout d’une « pandémie de non-vaccinés ». Les réfractaires au vaccin demeurent nombreux en Allemagne, notamment car ils ne s’estiment pas concernés. Mais Anne Sénéquier pointe aussi un autre phénomène : la lassitude. « Il y a un relâchement des gestes barrières, les vaccinés considèrent qu’ils ne sont plus contaminants. Or, il n’y a pas de risque zéro. » L’évolution constante des règles génère d’autant plus de frustrations, même s’« il faut cette réactivité des mesures au jour le jour si on veut vivre dans une nouvelle normalité », constate-t-elle.

Le système de santé s’est par ailleurs détérioré au fil de la pandémie. En Allemagne, la santé est gérée par les régions, et le pays disposait d’un meilleur réseau d’hôpitaux de proximité que la France avant la pandémie. Depuis, « de nombreux personnels de santé sont partis », épuisés par le Covid-19, ce qui laisse l’hôpital « moins achalandé en ressources humaines, moins cadré donc plus vite débordé », diagnostique Anne Sénéquier. Cette gestion régionale de la santé n’aide pas à avoir des mesures efficaces par ailleurs, les non-vaccinés refoulés de restaurants ou cinémas de territoire pratiquant la « politique des 2G » (accès uniquement aux personnes vaccinées ou guéries) pouvant se reporter sur d’autres zones moins strictes.

Une nouvelle vague identique menace-t-elle la France ?

La situation des deux pays est largement comparable, avec une population majoritairement vaccinée qui se relâche, des non-vaccinés tenaces et une hausse du nombre de cas. « Comme en France, les tests sont déremboursés en Allemagne depuis début octobre, ce qui donne moins de visibilité » sur la circulation du virus, note Anne Sénéquier. Un facteur est tout de même rassurant : la France est un peu plus vaccinée et compte moins d’habitants, ce qui limite le nombre de personnes à risque.

« Si on veut être efficace, il va falloir en venir à la vaccination obligatoire », estime la codirectrice de l’Observatoire de la santé mondiale. L’épidémie se propage en effet très majoritairement chez les non-vaccinés, et l’immunité de groupe avec le variant Delta nécessite « 95 % de vaccinés, comme pour la rougeole ». La spécialiste estime tout de même l’application d’une telle mesure « difficile en période électorale ». Pour une fois, en regardant ce qui se passe de l’autre côté du Rhin, la France pourrait avoir un temps d’avance sur l’épidémie.

*Anne Sénéquier est coautrice de La géopolitique tout simplement, à paraître aux éditions Eyrolles le 18 novembre.