Coronavirus : Quel suivi de l’épidémie alors que les tests ne sont plus gratuits ?

EPIDEMIE Depuis le 15 octobre, les tests de dépistage dits « de confort » ne sont plus pris en charge par l’Assurance maladie

Anissa Boumediene
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Depuis deux semaines, les tests de dépistage de "confort" ne sont plus remboursés
Depuis deux semaines, les tests de dépistage de "confort" ne sont plus remboursés — SYSPEO/SIPA
  • Deux semaines après l’entrée en vigueur du déremboursement des dépistages de confort, « 20 Minutes » dresse un premier bilan de cette mesure.
  • Quel impact a-t-elle eu sur le suivi de l’épidémie de Covid-19 ?
  • Et comment enrayer plus efficacement la propagation du virus ?

Oubliées les longues files d’attente devant les barnums de dépistage du Covid-19 déployés par de nombreuses pharmacies. Depuis le 15 octobre, les tests dits « de confort » ne sont plus remboursés pour les personnes majeures qui ne sont pas complètement vaccinées.

Deux semaines après, le dépistage est-il suffisamment efficace ? « Il ne l’a jamais été », tranche Catherine Hill, épidémiologiste et biostatisticienne. Alors, quels sont les indicateurs les plus fiables pour suivre l’épidémie et enrayer la diffusion du virus ?

Quels effets le déremboursement des tests de dépistage pour les personnes non vaccinées a-t-il sur le suivi de l’épidémie ?

Côté chiffres, l’effet a été immédiat. La semaine dernière, 2,3 millions de tests de dépistage ont été réalisés, selon les chiffres publiés ce jeudi par le ministère de la Santé. La Drees fait état « d’une diminution de 675.200 tests, centrée sur les 16-65 ans », entre le 18 et le 24 octobre, par rapport à la semaine précédente (où 2,97 millions de tests avaient été réalisés). Selon ce service statistique du ministère, il a été réalisé 460.000 tests de moins le jeudi 21 octobre que le jeudi 14, où « l’anticipation de la fin de la gratuité a été importante ».

« La baisse du nombre de tests est drastique. A titre d’exemple, dans mon officine, nous faisons environ moitié moins de tests de dépistage, confirme à 20 Minutes ce vendredi Pierre-Olivier Variot, président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO). Pour l’heure, cela n’a pas d’effet délétère, mais en cas de cinquième vague, il faudra peut-être revenir sur cette mesure pour éviter un allongement des délais de dépistage des personnes symptomatiques et de leurs cas contact ».

Mais « Ce déremboursement n’a pas beaucoup d’effets en réalité, dans la mesure où on testait n’importe qui et n’importe comment, estime Catherine Hill. La stratégie française de dépistage a toujours été inadaptée : on cherche le SARS-Cov-2 chez les personnes symptomatiques, et dans un second temps chez leurs cas contact. Le dépistage n’a donc jamais tenu compte de la dynamique du virus, puisque l’on sait depuis longtemps que les porteurs asymptomatiques, comme les personnes contaminées qui n’ont pas encore développé de symptômes, le transmettent ».

« Ces données ont été confirmées une nouvelle fois dans une étude publiée début 2021 dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), qui conclut que 59 % de l’ensemble des contaminations seraient le fait de personnes ne présentant aucun symptôme : 24 % par des porteurs asymptomatiques et 35 % par des porteurs présymptomatiques, détaille l’épidémiologique et biostatisticienne. Or, le risque de transmission est maximal dans une fenêtre de 4 jours avant l’apparition des symptômes et jusqu’à 6 jours après. En France, avec des dépistages réalisés en moyenne plus de 2 jours après les premiers symptômes, on comprend mieux pourquoi on n’a jamais trouvé tous les cas positifs avant qu’ils ne présentent de symptômes, comme l’ont fait les Chinois, les Coréens ou les Australiens. Nous, au lieu de tester précocement, massivement, et d’isoler les malades, on a laissé circuler le virus ».

Quels sont les effets positifs de cette mesure ?

« Précisons d’abord que le seul cas où le dépistage n’est désormais plus pris en charge, c’est quand il ne sert qu’à obtenir le pass sanitaire », souligne Pierre-Olivier Variot. « Au moins, on va arrêter de dépenser un argent monstrueux en tests pour une politique de dépistage inefficace, renchérit Catherine Hill. Pour la seule année 2021, le coût est estimé à 6,2 milliards d’euros pour l’Etat ».

Ainsi, « une personne non vaccinée bénéficie toujours d’un dépistage gratuit si elle a une prescription médicale, qu’elle est déclarée cas contact ou en cas de contre-indication au vaccin, donc on a toujours des données sur les nouvelles contaminations », rappelle le pharmacien. En resserrant les cordons de sa bourse, l’Etat va donc réduire ses dépenses, mais cette mesure, qui vise le porte-monnaie des non-vaccinés, a aussi et surtout pour objectif de les faire changer d’avis. « Cela a permis à des gens jusque-là réfractaires de se faire enfin vacciner, assure Pierre-Olivier Variot. Rien que ce vendredi à la mi-journée, j’ai cinq vaccinations de programmées. Et c’est un phénomène que nombre de confrères et consœurs constatent ».

Quels sont les indicateurs fiables pour suivre l’évolution de l’épidémie, et endiguer la propagation du virus ?

« On peut surveiller l’épidémie à partir des chiffres des nouvelles hospitalisations et admissions en service de réanimation de patients Covid, ainsi que les décès. Des chiffres assez stables ces dernières semaines, et dans lesquels les personnes non-vaccinées sont surreprésentées », répond Catherine Hill. Un indicateur fiable mais que l’on n’a, par définition, qu’en aval des contaminations, et qui ne permet donc pas de contenir la diffusion du coronavirus. Dans ce cas, « le bon indicateur, c’est la prévalence de l’infection : la proportion de la population testée positive un jour donné, poursuit l’épidémiologiste. Pour l’estimer correctement, il faudrait tester des échantillons représentatifs de la population, comme cela a été fait en Angleterre à quatorze reprises ».

Et comme « aujourd’hui, le virus est partout, il est nécessaire de tester massivement et rapidement la population », ajoute Catherine Hill. Pas besoin de soumettre tout l’Hexagone à un test PCR ou antigénique, on peut, comme cela a été entrepris à Marseille notamment, « mesurer la quantité de virus dans les eaux usées, cela permet d’évaluer le nombre de personnes contaminées. S’il n’y a pas de virus, c’est simple, personne n’est infecté. Si on en trouve, il suffit de remonter le réseau pour identifier les bâtiments d’où provient le virus, d’y tester les habitants, pour ensuite isoler ceux qui sont infectés. Parce que tester pour tester, cela ne sert à rien ».