Quelles solutions pour enrayer la pénurie de soignants à l’hôpital ?

DEMISSIONS Le manque de personnel hospitalier a entraîné la fermeture de 20 % des lits selon le Conseil scientifique, un chiffre contesté par Olivier Véran

X. R.
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Dans certains hôpitaux, il y a urgence.
Dans certains hôpitaux, il y a urgence. — ISA HARSIN/SIPA
  • Le ministre de la Santé Olivier Véran s’est exprimé mercredi dans « Libération » sur l’augmentation de l’absentéisme et des postes vacants dans les hôpitaux publics.
  • Alors que la Fédération hospitalière de France fait état d’un taux d’absentéisme de 10 % et de 2 à 5 % de postes vacants, Olivier Véran réfute le chiffre de 20 % de lits fermés.
  • Hausse des salaires, suppression du numerus clausus, perspectives de carrière… « 20 Minutes » fait le tour des solutions pour enrayer la pénurie particulièrement sensible chez les infirmiers.

L’épidémie de Covid-19 a fait du mal à l' hôpital public, et pas uniquement chez les malades. Soumis à une pression intense, obligés de cumuler les heures supplémentaires, beaucoup de soignants arrivent au bout de leur engagement envers les patients. Sur Twitter, les messages de médecins ou d’infirmiers qui annoncent leur démission sont très relayés. Avec cet absentéisme qui explose, la situation empire à l’hôpital, où des lits doivent fermer faute de soignants. Olivier Véran, dans une interview accordée à Libération mercredi, s'est exprimé sur le sujet. Ce jeudi, il a également indiqué que 1.300 démissions d'infirmiers avaient été enregistrées entre 2018 et 2021. Comment enrayer cette situation ? 20 Minutes fait le point.

Quels sont les chiffres de la pénurie de soignants à l’hôpital public ?

Le 20 octobre, la Fédération hospitalière de France faisait état d'« un taux d’absentéisme de l’ordre de 10 % » et de « 2 à 5 % de postes vacants de soignants » au sein des hôpitaux et des établissements médico-sociaux publics. C’est nettement plus que d’habitude. Olivier Véran a reconnu une hausse d’un tiers des postes vacants chez les paramédicaux par rapport à la situation avant le Covid-19.

Le poste le plus touché est celui d’infirmier. Conséquence directe de ce manque de soignants, la fermeture de 20 % des lits selon le Conseil scientifique, un constat démenti par Olivier Véran. Le ministre avance le chiffre de 5 % de lits fermés, selon un sondage effectué auprès de 16 CHU. La menace d’un manque de soignants sur le long terme est réelle. En octobre 2020, l’Ordre national des infirmiers dévoilait dans une large consultation que quatre infirmiers sur dix indiquaient ne pas savoir s’ils resteraient dans le métier d’ici à cinq ans. Olivier Véran a d'ailleurs indiqué ce jeudi que 1.300 démissions avaient enregistrées chez les infirmiers cette année. 

Comment en est-on arrivé là et existe-t-il une solution à court terme ?

L’un des éléments d'explication est bien sûr la dégradation des conditions de travail avec l’épidémie de Covid-19. « C’est une crise générale dans cette profession, avec un ras-le-bol durable et des burn-out », indique à 20 Minutes Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français. « On a toujours manqué de médecins dans tous les services, mais avant, on ne manquait pas d’infirmières », précise-t-il. Or, impossible de pallier aux démissions dans l’immédiat, puisqu’il n’y a pas de chômage dans le secteur de la santé : chaque étudiant en fin d’étude est inséré.

Le problème est toutefois plus profond. Un millier d’étudiants infirmiers ont démissionné au cours de leur formation entre 2018 et 2021. Un chiffre lié, selon la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers, à une « mobilisation plus importante » lors de l’épidémie de Covid, pendant laquelle les étudiants devaient déjà pallier les postes vacants, mais aussi au décalage entre la réalité du métier et leurs attentes. Faire rester les étudiants dans leur filière est donc un enjeu de taille, auquel ne répond pas entièrement la revalorisation salariale opérée par le Ségur de la Santé. Et si les conditions de travail peuvent s’améliorer avec la fin de l’épidémie de Covid-19, elles restent difficiles pour beaucoup.

Réformer le métier d’infirmier, la solution à long terme ?

La première solution, à moyen terme, serait donc d’augmenter le nombre d’étudiants. « Il faut former plus pour attirer plus », résume Jean-Paul Ortiz. Sur RMC, la candidate socialiste à l’élection présidentielle Anne Hidalgo s’est positionnée pour « faire sauter complètement le numerus clausus » imposé après la première année de médecine chez les étudiants. Chez les étudiants infirmiers, ce dispositif n’existe pas mais la filière reste sélective avec des places limitées en Instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) et un recrutement sur dossier.

Mais même une fois dans le parcours… « Aujourd’hui, vous sortez d’études, vous êtes infirmier de nuit ou en bloc opératoire à 22 ans, dans vingt ou trente ans, vous ferez le même boulot », constate Jean-Paul Ortiz. Les possibilités d’évolution de carrière, quasiment nulles, sont l’un des freins majeurs au maintien dans le métier. Pour y remédier, l’Ordre national des infirmiers souhaite élargir le champ de compétences des professionnels et plaide pour plus d’autonomie sur le champ de la prescription et de la prévention. Un moyen, selon eux, de répondre à trois grands défis du système de santé français : le vieillissement global de la population, qui entraîne une hausse des maladies chroniques, et les déserts médicaux. Si cela n’assurerait pas, sans augmentation du nombre d’étudiants, à l’hôpital public de disposer d’assez de personnel soignant, mais au moins de faire en sorte que les infirmiers restent et s’impliquent dans leur profession.