Coronavirus : Faut-il s’inquiéter des fermetures de centres de vaccination ?

EPIDEMIE Ces dernières semaines, les fermetures de centres de vaccination anti-Covid se multiplient

Anissa Boumediene
— 
A Paris comme dans le reste de l'Hexagone, les fermetures de centres de vaccination anti-Covid se multiplient.
A Paris comme dans le reste de l'Hexagone, les fermetures de centres de vaccination anti-Covid se multiplient. — SYSPEO/SIPA
  • A Paris comme dans tout l’Hexagone, de plus en plus de centres de vaccination ferment leurs portes.
  • En cause, une baisse de la demande, alors que près des trois quarts de la population générale en France a un schéma vaccinal complet.
  • Il s’agit désormais de recentrer l’offre vaccinale en ciblant les personnes les plus vulnérables.

« Bonjour, le centre de vaccination, c’est par où s’il vous plaît ? » « Ah, il a fermé vendredi ! » Il n’y avait pas foule ce mardi à la Station F, dans le 13e arrondissement de la capitale. Le site, qui héberge le plus grand campus de start-up du monde, accueillait depuis cet été le centre de vaccination auparavant situé… à la Porte de Versailles. Mais ça, c’était avant qu’il ne baisse le rideau.

Ces dernières semaines, un peu partout à Paris et dans l’Hexagone, les centres de vaccination anti-Covid semblent fermer les uns après les autres. Mais est-ce bon signe ?

Des fermetures en cascade

Sur le parvis de l’hôtel de ville, au cœur de Paris, des touristes flânent, profitant des quelques rayons de soleil qui percent à travers le ciel gris. Ils ont toute la place pour eux, le centre de vaccination éphémère vient lui aussi de fermer ses portes. « Il a fermé dimanche soir, indique un agent municipal. Le barnum a été démonté dans la foulée ». Au centre du parvis, à l’intérieur d’un espace délimité par des barrières de sécurité, des éléments de la structure – poteaux métalliques et planches de bois –, empilés, attestent de la présence encore récente du centre éphémère.

A quelques minutes de là, le centre de vaccination de la rue Malher est, lui, bien ouvert. Et il n’y a pas foule. Yolande en sort tout juste, la date de son rendez-vous écrite sur un petit papier qu’elle tient encore dans la main. La septuagénaire, éligible à une troisième dose de vaccin mais peu familiarisée avec les outils numériques, est venue à pied pour prendre rendez-vous. « Je pensais retourner au centre de vaccination de la rue Amelot, mais j’ai appris qu’il avait fermé pour de bon ».

Et d’autres vont très vite suivre. Le centre de la vaccination de la mairie du 8e arrondissement fermera le 29 octobre. Celui de la Salle Olympe de Gouge, dans le 11e, cessera son activité le lendemain, et celui de SOS médecins Porte Pouchet, dans le 17e, arrêtera les vaccinations le surlendemain. Ainsi, sur « les 28 centres pérennes ouverts à Paris depuis janvier, complétés par une série de centres éphémères en des lieux variés », seuls « 13 poursuivront leur activité en novembre », indiquent la Mairie de Paris, l’ARS Ile-de-France et la Préfecture de police de Paris dans un communiqué.

A Paris, le centre de vaccination éphémère situé sur le parvis de l'Hôtel de Ville vient de fermer et d'être démonté.
A Paris, le centre de vaccination éphémère situé sur le parvis de l'Hôtel de Ville vient de fermer et d'être démonté. - A. Boumediene / 20 Minutes

Une offre réadaptée à la demande en baisse

Faut-il déplorer ces fermetures ? Pas forcément. Façon loi du marché, l’offre de centres de vaccination a été réévaluée en fonction de la demande – le nombre de personnes susceptibles de se faire vacciner – en baisse. Face au ralentissement de la campagne vaccinale, le gouvernement annonçait en septembre envisager la fermeture des centres d’ici à l’automne, ou au plus tard en février 2022. Ces fermetures interviennent ainsi à la faveur d’une couverture vaccinale relativement élevée.

Ainsi, à ce jour, plus des trois quarts (76,39 %) de la population générale ont reçu au moins une dose, et 73,9 % des Français sont complètement vaccinés, selon les chiffres de Covid Tracker. Chez les 65 ans et plus, 13,7 % ont reçu une dose de rappel (la troisième, donc), d’après les données du dernier bulletin épidémiologique de Santé publique France. Et à Paris, les besoins en centres de vaccination sont encore moins élevés, puisque « 88 % des Parisiens éligibles sont aujourd’hui complètement vaccinés », indique la municipalité. Il s’agit désormais de recentrer l’offre vaccinale en ciblant les personnes éligibles à une troisième dose, mais aussi les populations qui n’ont pas encore été vaccinées du tout.

Pour les atteindre, la Ville de Paris et l’ARS misent sur « une couverture renforcée des arrondissements du nord-est parisien, dans lesquels le taux de couverture vaccinale apparaît encore inférieur à la moyenne parisienne. Les centres maintenus seraient également en mesure d’augmenter leur capacité d’injections si nécessaire ».

Favoriser la vaccination de proximité

Dans ce contexte de réduction du nombre de centres, il s’agit désormais pour le gouvernement de renforcer le dispositif « aller vers », pensé pour rapprocher le vaccin des personnes les plus vulnérables. Les personnes éligibles peuvent ainsi se tourner vers les professionnels de santé de ville, auprès desquels le vaccin Pfizer-BioNTech est disponible depuis quelques semaines. « A ce jour, 32 % des injections sont réalisées à leur niveau sur Paris. Ainsi, les Parisiens peuvent se tourner vers leur médecin traitant, qui peut les vacciner ou les adresser vers une autre solution en ville, comme les pharmaciens, dont une part croissante pratique la vaccination », confirme la Ville de Paris.

Parmi ces « leviers mobilisés pour vacciner l’ensemble des Français », le gouvernement compte également sur « l’installation de centres de vaccination éphémères, la mobilisation d’unités mobiles de vaccination et la sensibilisation des médecins traitants pour vacciner à domicile », ainsi qu’ un numéro vert mis en place pour faciliter la vaccination à domicile des séniors.