Coronavirus : Pourquoi le gouvernement mise-t-il sur la pilule anti-Covid 19 molnupiravir ?

EPIDEMIE Le gouvernement assure que ce comprimé à avaler peut avoir un réel impact dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19

M.F
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Pourquoi la France a-t-elle décidé de commander des doses de pilules anti-covid au laboratoire Merck ?
Pourquoi la France a-t-elle décidé de commander des doses de pilules anti-covid au laboratoire Merck ? — SOPA Images/SIPA
  • Mardi, le gouvernement français a annoncé avoir commandé 50.000 doses de la pilule anti-Covid 19 à avaler du laboratoire américain Merck.
  • Olivier Véran a assuré que ce traitement – qui diviserait par deux les risques de développer une forme grave de la maladie – pourrait être crucial dans la lutte contre l’épidémie.
  • Complémentaire et non remplaçant du vaccin contre le coronavirus, le déploiement du molnupiravir devra être accompagné d’une bonne communication pour éviter qu’il ne ralentisse la campagne nationale de vaccination.

Avant même que le médicament ait obtenu l’aval de l’agence européenne du médicament, le gouvernement français a placé ses pions dessus. Ce mardi, Olivier Véran a annoncé que la France avait commandé « 50.000 doses » des pilules anti-covid élaborées par le laboratoire américain Merck. Le ministre de la Santé français a assuré que ce traitement pourrait changer la donne dans la lutte contre l’épidémie. Pour quelles raisons, le gouvernement mise-t-il autant sur ces comprimés à avaler ? 20 Minutes fait le point.

C’est quoi cette pilule ?

Il faut un peu de concentration au début pour prononcer son nom à cinq syllabes : molnupiravir. Encore plus pour son nom scientifique : MK-4482/EIDD-2801. Cet antiviral à large spectre élaboré par le laboratoire américain Merck se présente sous la forme d’un comprimé dont la prise se fait par voie orale. Selon les essais du laboratoire sur près de 800 patients, le molnupiravir diminue par deux le nombre de cas graves chez les patiens infectés par le coronavirus.

D’autre part, une étude publiée en décembre par des chercheurs de l’Institut des sciences biomédicales de l’Université de Géorgie (Etats-Unis), montrait qu’il bloquerait la transmission du virus en 24 à 36 heures.

Pourquoi avoir un traitement supplémentaire alors que l’efficacité des vaccins est prouvée ?

Une vaste étude parue début octobre confirme que le vaccin Pfizer protège toujours des hospitalisations à 90 % six mois après la dernière injection. Fin septembre, les chercheurs des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) américains ont de leur côté montré que le vaccin Moderna a un taux d’efficacité de 91 % sur la période de 14 à 120 jours après l’injection. A coté, l’efficacité de 50 % du molnupiravir face aux cas graves, paraît bien faible.

Cependant, comme l’a rappelé Olivier Véran, le molnupiravir ne saurait constituer la seule réponse à l’épidémie. Il n’a d’ailleurs pas vocation à remplacer le vaccin, mais plutôt à le compléter. Le comprimé n’immunise pas contre le coronavirus et n’a pas vocation à être pris préventivement. Ce dernier doit être donné à des patients qui viennent d’être testés positivement au Covid-19 afin de les empêcher de développer une forme grave de la maladie et réduire les risques de transmission. On peut d’ailleurs supposer qu’il ne sera peut-être pas donné systématiquement à toutes les personnes testées positives au Covid-19, mais en priorité aux plus fragiles.

Une pilule plus facile à avaler que le vaccin ?

La couverture vaccinale en France atteint des taux très satisfaisants avec 88 % de la population de plus de 18 ans complètement vaccinée et 90 % ayant reçu au moins une dose selon les derniers chiffres du ministère de la Santé. Pour autant, la contrainte vaccinale imposée par l’obligation du pass sanitaire fait encore des réticents. La campagne de vaccination progresse très lentement en Outre mer. En Martinique, seuls 34 % des habitants avaient reçu deux injections au 3 octobre. Samedi dernier, encore 40.000 personnes ont manifesté contre le pass sanitaire. Selon Olivier Véran, ce médicament pris sous forme orale pourrait donc être utilisé de manière bien plus facile que les traitements intraveineux comme, par exemple, ceux à base d’anticorps de synthèse.

Quels sont ses inconvénients ?

Si la santé n’a pas de prix, elle a tout de même un coût. Et pour le molnupiravir celui-ci est plutôt élevé. Si Olivier Véran n’a pas précisé le montant de l’achat, l’exemple américain permet de se faire une petite idée. Les Etats-Unis ont commandé cette année 1,7 million de doses de molnupiravir pour 1,2 milliard de dollars, soit environ 700 dollars pour chacune. Les 50.000 doses de la France pourraient donc représenter 35 millions d’euros. De son côté, le laboratoire Merck a annoncé mercredi avoir signé un accord de licence volontaire pour permettre de diffuser des versions génériques de son médicament dans 105 pays à revenu faible ou intermédiaire.

Olivier Véran a par ailleurs insisté lors de son annonce sur l’importance de la vaccination contre le Covid-19. Sans une bonne campagne de communication accompagnant le déploiement de ce médicament, certains Français pourraient penser que le molnupiravir pourra se substituer au vaccin. Un risque de ralentissement de la couverture vaccinale française n’est donc pas à mettre de côté.

Quand le molnupiravir sera-t-il disponible en France ?

Le ministre de la Santé a assuré que les comprimés arriveraient en France dès leur sortie des chaînes de production, c’est-à-dire « à compter des derniers jours de novembre ou des premiers jours de décembre ». A moins d’un avis complètement défavorable de l’Agence européenne des médicaments qui a lancé lundi un examen en accéléré de la pilule, elle pourrait donc être administrée avant la période des fêtes de Noël.