Entre « solidarité » et « regrets », le don de sperme trouvera-t-il sa voie ?

VOTRE VIE VOTRE AVIS Nombreux ont été nos lecteurs à répondre à notre appel à témoignages sur le don de sperme, entre regrets et altruisme, il n’y a qu’un pas : la démarche souvent jugée longue

Marion Pignot
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L?Agence de biomédecine a estimé à 3.500 les besoins de sperme en 2021.
L?Agence de biomédecine a estimé à 3.500 les besoins de sperme en 2021. — COLLET GUILLAUME/SIPA
  • Le 21 octobre, l’Agence de biomédecine a lancé une grande campagne de sensibilisation pour encourager le don de sperme et espérer combler la pénurie de dons.
  • « 20 Minutes » a souhaité savoir si ses lecteurs avaient été ou étaient de potentiels candidats au don
  • Résultats : certains regrettent de ne jamais l’avoir fait faute de temps ou par manque d’informations quand d’autres seraient prêts à redonner (ce qui n’est pas possible), même à l’étranger (ce qui est interdit).

« J’ai donné mon sperme quand j’avais 23 ans. J’avais déjà fait plusieurs dons de sang et de plasma et j’étais inscrit sur la liste des donneurs de moelle osseuse. Donc faire un don de sperme semblait la suite logique. » Quatre ans plus tard, Tanguy ne regrette pas son geste « fait par altruisme », pour répondre à son « désir d’être utile aux autres ». Comme Tanguy, de nombreux lecteurs ont répondu à notre appel à témoignages, relayé sur Twitter par l’association Dons de gamètes solidaires. Parmi eux, des jeunes hommes, âgés de 20 à 30 ans, « solidaires », comme Arnaud, 28 ans, des « combats des couples qui galèrent », qu’ils soient « hétéros ou homos ». Mais aussi des hommes, souvent plus âgés, qui regrettent de n’avoir jamais donné, « par paresse, par négligence et pour un tas d’autres mauvaises raisons », comme Valéry, 55 ans. Et d’autres qui se sentaient candidats au don mais que l’ouverture de la Procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes ou la récente levée de l’anonymat [à partir de septembre 2022, les enfants nés d’un don pourront avoir des informations sur leur donneur à leur majorité] « rebute désormais ».

« Il ne faut pas que les donneurs s’inquiètent, rien ne sera fait sans l’avis et l’accord de tous. C’est l’esprit de la loi bioéthique. Voilà pourquoi cette nouvelle campagne de l’Agence de biomédecine est nécessaire, elle doit nous permettre de sensibiliser les candidats au don et, surtout, de rassurer les anciens donneurs », avance  Catherine Guillemain, présidente de la Fédération française des Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (Cecos) et responsable du laboratoire de biologie de la reproduction au CHU de Marseille.

L’Agence de biomédecine a effectivement lancé une grande campagne de sensibilisation pour encourager le don de sperme et d’ovocytes. Avec un budget multiplié par cinq, l’agence espère pouvoir combler la pénurie de dons. Parce que depuis le 28 septembre 2021, les couples de femmes et les femmes seules ont également accès à la PMA et que la demande de paillettes de sperme explose.

Sept dons « qui se sont tous très bien passés »

L’Agence de biomédecine a ainsi estimé à 3.500 les besoins de sperme en 2021. Or, en 2019, seulement 317 hommes ont fait un don. L’urgence se fait sentir. Reste que, selon Catherine Guillemain, « au cours des deux dernières années, les candidats reçus étaient loin de s’émouvoir de la modification du cadre » des dons. Pas faux, si l’on en croit Arnaud : « La PMA pour toutes ou la levée de l’anonymat ne devrait rien changer. Donner, c’est donner et chacun a le droit d’avoir un enfant. Que l’on soit un couple de femmes ou un couple hétérosexuel, ça ne change rien tant qu’on donne de l’amour à cet enfant. » « Après la naissance de ma nièce, Capucine, j’ai vu la joie qu’apportait la naissance d’un enfant dans une famille, abonde Hadrien. Et l’ouverture de la PMA aux couples de femmes ne changerait rien à ma démarche. Je ne doute absolument pas de leur capacité à aimer et à élever un enfant ». Le jeune homme de 22 ans, qui tente « au maximum » d’informer « ses amis et de les sensibiliser », s’est tourné vers le Cecos de Rouen lorsqu’il a voulu donner son sperme à l’âge de 19 ans. Résultat : sept dons sur six mois « qui se sont tous très bien passés » et des gamètes « aujourd’hui conservés à Rouen prêts à rendre des familles heureuses ».

« Faut être joueur »

Beaucoup de nos lecteurs ne sont cependant pas aussi prompts au don qu’Hadrien. Leur enthousiasme a été douché par la levée de l’anonymat. « J’ai donné mon sang mais donner mon sperme, c’est totalement hors de question : entre la PMA politisée sur fond de pseudo-égalité et le risque de se voir attribuer une reconnaissance de paternité dans les dents à leur 18 ans : faut être joueur… », lâche celui qui se fait appeler Plopi. « J’ai longtemps, aujourd’hui encore, penser à faire un don mais ce qui me freine énormément c’est la perte du droit à être un donneur anonyme. Je ne veux pas qu’un enfant vienne me voir plus tard », ajoute Kevin 30 ans. A ceux-là, Damien, 35 ans, répond qu’il attend tout spécialement « septembre 2022 pour effectuer » sa bonne action, date à laquelle les enfants issus de son « don pourront accéder » à ses « données personnelles ». Ce père de deux enfants de 5 et 8 ans détaille : « Des enfants vont naître, devenir adultes, vont avoir des enfants à leur tour. II ne s’agit pas que de cellules sachant que ces adultes peuvent souhaiter savoir d’où ils viennent. »

S’en suivent ceux qui « attendent toujours » la réponse positive d’un Cecos comme Damien, 40 ans, qui a eu « deux enfants sans difficulté et a envie d’aider ceux qui n’ont pas cette chance ». Ceux qui ont franchi le pas dernièrement, tel que François 27 ans, et qui stressent d’être « refusés à l’arrivée ». Ceux qui se demandent s’ils ne sont pas « trop vieux », et ceux qui jugent que le don demande « trop de temps », engendre « trop de frais » ou que les centres trop peu nombreux, parfois basés « à plus de 2h30 de route » de chez eux. Enfin, il y a ceux qui regrettent, comme Omar 38 ans, de ne pas avoir pu mener leur démarche « jusqu’au bout ». « Un cas d’autisme dans ma famille a pénalisé mon dossier », raconte celui qui avoue que le parcours est « contraignant voire limite décourageant parfois ».

Donner « en direct » afin d’être « sûr que l’enfant sera dans une bonne famille »

Matthieu, lui, s’est passé des Cecos et du « parcours du combattant ». A 34 ans, notre lecteur a donné son sperme « par voie non officielle, par l’intermédiaire d’un site mettant en relation des donneurs et des femmes demandeuses ». Et continuera en donner « en direct » afin d’être « sûr que l’enfant sera dans une bonne famille ».

Pareil du côté d’Eric : depuis que je suis en âge de donner, j’ai toujours tout donné : du sang, de la peau, de la moelle et donc du sperme. C’est pour moi quelque chose de naturel qui relève de la solidarité, avec un soupçon d’abnégation : on donne en sachant que l’on ne recevra rien en échange », explique notre lecteur de 48 ans, qui a offert son sperme à une amie lesbienne. Enfin, n’oublions pas Philippe qui après un cancer de la prostate en 2007 a, à plus de 50 ans, signalé au Cecos qui conservait ses gamètes qu’il « en faisait tout simplement don à usage de procréation ».