Le « bubble tea » fait un carton chez les jeunes, une bonne nouvelle pour leur santé ?

ART DE VIVRE Les échoppes de « bubble tea » fleurissent dans les villes françaises et les jeunes plongent dans cette boisson, certes à la mode, mais pas forcément plus saine qu’un soda

Oihana Gabriel
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Deux Bubble Tea de chez "Bubu Tea", à Lille.
Deux Bubble Tea de chez "Bubu Tea", à Lille. — C.Ruiz / 20 Minutes
  • Le « bubble tea » est une boisson originaire de Taïwan, qui tient son nom des perles de tapioca qu’on ajoute à du thé froid.
  • Avec l’exportation de cette boisson très à la mode, le choix s’est enrichi : ajout de lait, de sirops, de poudres aromatisées ou de sucres en font souvent un plaisir ultracalorique. Remplacer le soda par le « bubble » n’est donc pas forcément un atout santé.
  • Consommer cette boisson en sachant qu’elle est très sucrée et parfois pleine de colorants ne pose ainsi pas de problème… tant que cela reste occasionnel.

« Je me suis un peu calmée. Avant, je buvais du "bubble tea" deux fois par semaine, je suis passée à un tous les dix jours, avoue Marie, 26 ans. Entre le prix et le plastique, je trouvais que ça faisait beaucoup. » Peu après 17 heures, la jeune femme sort d’Enchanthé Bubble Tea, rue Daguerre (14e arrondissement de Paris), le regard gourmand et un gros gobelet orange à la main. Comme Marie, de nombreux jeunes ont succombé à la passion pour le «  bubble tea », cette boisson née à Taïwan dans les années 1980. Et exportée dans le monde entier, notamment en France depuis deux ans.

Mais qu’y a-t-il vraiment dans ces gobelets colorés qui fleurissent dans les rues et aux bouches des ados ? A la base, du thé froid et des perles de tapioca, mélange de racines de manioc au goût caramélisé et de gomme. Mais la panoplie des « bubble tea » s’est enrichie de goûts, de textures et de couleurs variées : certains ajoutent des sirops, des arômes, du lait – végétal ou de vache –, du sucre, des « popping bobas », de petites perles de jus de fruit, des morceaux de fruits. De quoi en faire la boisson la plus ludique et « instagramable » possible…

Du sucre et beaucoup de sirop

Si son côté « sans gluten » et « naturel » peut être évident de prime abord et mis en avant sur certaines devantures, mieux vaut se méfier. « Cela pourrait être une boisson saine sachant que c’est en grande partie du thé, qui apporte des antioxydants, souligne Vanessa Bedjaï-Haddad, diététicienne nutritionniste à Paris. La limite, c’est la théine, énergisante. Cela pose plus ou moins problème en fonction de l’âge du consommateur et de l’heure à laquelle on le boit. »

Mais ce qui inquiète davantage cette nutritionniste, c’est le cocktail de sucres, dont on n’a pas toujours conscience… « On ajoute du sucre, plus ou moins, et du sirop, beaucoup et très concentré ! » Au point que certains assurent que cette boisson peut être plus calorique qu’un soda. En effet, la boisson gazeuse la plus populaire de la planète contient 44 kcal pour 100ml… contre 100 kcal pour un « bubble » au lait et poudre aromatisée. « C’est comme si vous rajoutiez dans un soda du jus et des perles de tapioca, donc des glucides, reprend Vanessa Bejdaï-Haddad. C’est du sucre lent, donc ça va vous caler davantage qu’un verre de sirop. » Autre différence : côté volume, on peut boire un « bubble » de 500 ml, voire 700, alors qu’une canette contient 330 ml.

Tout dépend des usages

Compliqué, donc, d’avoir un avis précis sur cette boisson totalement personnalisable, tant au niveau du volume que des ingrédients. Autre paramètre : tout dépend de l’usage qu’en font les ados adeptes. Si c’est pour le goûter et qu’il remplace un pain au chocolat, pourquoi pas ? Si c’est pour accompagner un repas déjà très déséquilibré, c’est moins conseillé. « C’est toujours le même problème des boissons sucrées : on n’en a pas besoin, mais tant que ça reste occasionnel, ça va, synthétise la nutritionniste. Ce n’est ni mieux, ni pire qu’un soda. En revanche, le "bubble tea" évite l’acidité qui attaque la muqueuse digestive et les dents ».

Le hic, c’est quand ces boissons remplacent l’eau et deviennent un compagnon au quotidien. Mais à la différence du soda, souvent présent dans le frigo, le « bubble tea » reste une sortie partagée. « On dirait que c’est presque plus sympa de faire un selfie avec pour poster sur les réseaux que de le boire, ironise la diététicienne, qui voit des hordes de jeunes faisant la queue devant les nombreuses boutiques de « bubble tea » de son quartier. J’en retrouve beaucoup à moitié pleins dans les poubelles. Les gens en consomment-ils régulièrement ? Je ne le vois pas dans le carnet alimentaire de mes jeunes patients. » « Etant donné le prix [plus de 5 euros], c’est une boisson festive, comme on peut se faire une glace », complète Amande Valladier, gérante du site My Bubble tea. Pour Marie, le « bubble » n’a ni l’image d’un atout santé, ni d’un dérapage… « Je prends mon "bubble tea" sans sucre, par contre j’adore la texture des perles au litchi. Mais j’avoue que je ne sais pas trop comment c’est fait… »

Illustration de bubble tea.
Illustration de bubble tea. - Pixabay

Le problème des additifs

Justement, ces arômes artificiels et ces perles de fruits cachent quelques mauvaises surprises. « Le fait que ce soit très calorique, on le constate à la dégustation, nuance Amande Valladier. En revanche, les colorants, c’est plus problématique. » En voulant proposer des kits pour faire son « bubble tea » maison avec des produits bio, cette gérante s’est heurtée à une difficulté. « Les arômes de fruit sans colorant, c’est pas la norme. »

Les commerçants se gardent bien de marquer sur les gobelets la liste des ingrédients. Que l’on peut en revanche retrouver sur les gros bidons de sirop qui parfument ces boissons aux couleurs fluo. « Le E133 (bleu) est surtout présent dans certaines poudres de taro violettes, associé à un colorant rouge, liste-t-elle. J’ai également rencontré au cours de mon travail de sourcing du E129 (rouge), E124 (rouge) et E110 (jaune), utilisés dans certaines poudres aromatisées, perles de fruits ou sirops. » Or, « beaucoup contiennent certains composés soupçonnés d’avoir une action sur l’hyperactivité des enfants. Et ne sont jamais affichés. »

Même problème du côté des perles de tapioca, pourtant plus recommandables que les « popping bobas ». « Les perles de tapioca, en soi, c’est une fécule qui apporte des glucides, c’est sans gluten, plutôt digeste », remarque Vanessa Bedjaï-Haddad. Mais en étudiant tous les composés d’un sachet qu’elle s’est procuré pour faire sa boisson maison, elle a eu une petite déconvenue : « il y a des colorants, de l’amidon de maïs, des conservateurs et des arômes. »

Illustration d'un sachet de billes de tapioca, ingrédient phare du bubble tea.
Illustration d'un sachet de billes de tapioca, ingrédient phare du bubble tea. - Vanessa Bedjaï
ingrédients inscrits au dos d'un sachet de billes de tapioca.
ingrédients inscrits au dos d'un sachet de billes de tapioca. - Vanessa Bedjaï

 

 

 

 

 

Une boisson à faire chez soi ?

Faire son « bubble » soi-même est une option si l’on veut se réapproprier le concept et la recette – plus ludique que saine – sans casser sa balance ou son PEL. Plusieurs sites surfent sur la vague et proposent des kits pour réaliser cette boisson à la maison.

« Le meilleur moyen de consommer un "bubble tea" healthy, c’est de le faire soi-même : on a la liste des ingrédients alors que c’est opaque quand on va dans une chaîne, reprend Amande Valladier, qui propose des kits sur mybubbletea. On peut s’affranchir de la poudre aromatisée, où il y a beaucoup d’additifs, et le sucrer plus ou moins. » Et y ajouter menthe, citron, sirop d’agave… « Sans oublier de bien mâcher les perles de tapioca !, s’amuse la nutritionniste. Car gobées avec une grosse paille, elles peuvent gonfler dans l’estomac. »