Grippe : Quels sont les enjeux de la campagne de vaccination qui débute ce vendredi ?

EPIDEMIE Une forte épidémie de grippe est redoutée pour cet hiver, dans un système de soins français éprouvé

Jean-Loup Delmas
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La campagne de vaccination contre la grippe débute ce vendredi
La campagne de vaccination contre la grippe débute ce vendredi — Lionel BONAVENTURE / AFP
  • Ce vendredi débute officiellement la campagne de vaccination annuelle contre la grippe saisonnière en France.
  • Une campagne qui revêt une importance particulière cette année. Entre le couplage avec les doses de rappel du coronavirus, et la crainte d’une flambée épidémique grippale, la vaccination contre la grippe se doit d’être un succès.

Ce vendredi, la campagne de la vaccination annuelle contre la grippe débute, quatre jours en avance sur la date initialement prévue. Une précipitation loin d’être dû au hasard : après le succès de la campagne de vaccination contre le coronavirus (86,2 % de la population éligible est complètement vaccinée), voilà une autre vaccination qui recoupe de forts enjeux.

« Après deux ans de Covid, deux ans sans grippe, nous devons nous préparer à la ''co-circulation'' » des virus du Covid-19, de la bronchiolite et de la grippe saisonnière, a déclaré ce jeudi Jérome Salomon, directeur général de la Santé. 20 Minutes fait le point.

Quelles sont les conséquences d’une épidémie de grippe ?

En temps normal, c’est-à-dire avant le coronavirus, l’épidémie de grippe se déclarait chaque année entre l’automne et l’hiver. Elle touche principalement les plus de 65 ans et les personnes souffrant de comorbidités (asthme, diabète, insuffisance cardiaque, sida, etc.). Le bilan des morts varie chaque année, même si on compte généralement une année basse et une année haute. « En moyenne, on compte 10.000 décès chaque année en France des suites d’une infection grippale. Environ 6.000 les années basses, et jusqu’à près de 20.000 les années hautes », note le chercheur en santé publique Mickaël Ehrminger.

Pourquoi redoute-t-on particulièrement une épidémie de grippe cette année ?

L’année dernière, en raison des confinements, du couvre-feu, de la fermeture des lieux clos (restaurants, bars, etc. ne furent jamais ouverts durant l’hiver), des gestes barrières et de la généralisation du port du masque même à l’extérieur, l’épidémie de grippe a été quasiment inexistante. Le schéma classique – une année faible, une année forte – laisse supposer une forte surmortalité pour cet hiver. Néanmoins, ce schéma est plus une tendance qu’une absolue certitude. « Rien n’est certain avec la grippe, elle peut toujours nous surprendre, d’autant que la situation actuelle ne permet pas de généraliser les tendances habituelles. On peut aussi considérer qu’un an et demi de pandémie aura sensibilisé la population à l’importance des gestes barrières », ajoute le chercheur.

La grippe inquiète cette année pour les mêmes raisons que l’an passé. Premièrement, l’hôpital est déjà encombré avec le coronavirus, auquel s’ajoute cette année un début d’épidémie très violente de bronchiolite. Certes, avec la vaccination, le nombre de patients Covid n’aura probablement rien à voir avec celui de l’an passé, mais on parle tout de même déjà de 6.453 personnes hospitalisées et de 1.009 en soins critiques en raison du seul coronavirus, alors que nous ne sommes même pas en novembre et que l’épidémie commence à remonter. Secondement, le système de soin est fragilisé et la majorité des soignants sont épuisés après un an et demi d’une maladie nouvelle et particulièrement violente, faisant craindre des capacités limitées pour encaisser un nouveau choc hospitalier.

La campagne de vaccination de la grippe est-elle l’occasion de faire des doses de rappel contre le coronavirus ?

Parce que le coronavirus n’est jamais loin, même quand on parle d’une autre maladie, la campagne contre la grippe est aussi vue comme l’opportunité de faire des doses de rappel. Cela ne vous aura pas échappé, la population fragilisée contre la grippe est peu ou prou la même que celle contre le Covid-19. Depuis le 1er septembre, début officiel de la campagne de rappel en France, plus de 2,2 millions de personnes ont reçu au moins une nouvelle dose. Un peu moins de 40 % des personnes éligibles ont reçu leur troisième dose. « Cela avance, mais pas assez vite », soulignait le ministère de la Santé Olivier Véran ce mercredi.

La campagne de vaccination contre la grippe est depuis longtemps vue comme l’occasion d’accélérer les doses de rappel. Les personnes éligibles (soignants et personnes de plus de 65 ans) pourraient recevoir les deux piqûres en même temps, tant qu’elles ne sont pas dans le même bras. Un projet validé par toutes les autorités de santé du pays.

La vaccination contre la grippe marche-t-elle bien ?

Pour toutes les raisons évoquées plus haut, la campagne de vaccination se doit d’être un succès. En 2020, avec la peur d’une vague grippale venant se cumuler avec une vague de coronavirus, la vaccination avait été un succès. Mais en général, « elle peine à se mettre en place. Moins de la moitié de la population à risque a recours à la vaccination : la moitié des plus de 65 ans et moins du tiers des moins de 65 ans à risque », déplore Mickaël Ehrminger.

Pour le chercheur, la grippe est banalisée dans les esprits par sa récurrence notamment et n’apparaît plus comme une maladie dangereuse. Cette année se pare de nouveaux doutes. Le chercheur se questionne : « La population acceptera-t-elle un autre vaccin, a fortiori face à un virus qu’on considère comme moins grave que celui qui nous impacte depuis près de deux ans ? » La campagne antigrippale a autant d’enjeux que d’incertitudes.