Octobre rose : « Par peur du cancer du sein », elles ont abandonné les déodorants contenant des sels d’aluminium

COSMETIQUES SAINS Une étude récente pointe les risques de cancer du sein associés aux sels d’aluminium contenus dans certains déodorants

Anissa Boumediene
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Alors qu'une nouvelle étude scientifique pointe les risques de cancer du sein associés aux sels d'aluminium contenus dans certains antitranspirants, de plus en plus de femmes font le choix, pour leur santé, d'arrêter d'en utiliser.
Alors qu'une nouvelle étude scientifique pointe les risques de cancer du sein associés aux sels d'aluminium contenus dans certains antitranspirants, de plus en plus de femmes font le choix, pour leur santé, d'arrêter d'en utiliser. — JAUBERT/SIPA
  • Depuis plusieurs années, les sels d’aluminium contenus dans certains déodorants sont mis en cause par une partie de la communauté scientifique.
  • Une étude récente pointe à nouveau les risques de cancer du sein associés à cette substance aux propriétés antitranspirantes.
  • De plus en plus de femmes font donc le choix d’éviter les déodorants contenant des sels d’aluminium, et 20 Minutes leur donne la parole.

Chaque matin, c’est le geste réflexe après la douche : mettre du déodorant. En spray, à bille, en stick ou en crème : à chacun sa préférence, pourvu qu’il assure des aisselles fraîches, dépourvues d’odeur désagréable de transpiration, et nous évite des auréoles disgracieuses. Mais un ingrédient remet en question ce rituel : les sels d’aluminium. Utilisés pour leurs propriétés antitranspirantes, ils sont depuis plusieurs années pointés par une partie de la communauté scientifique. Une nouvelle étude menée par des chercheurs suisses, et publiée dans la revue International Journal of Molecular Sciences, alerte à nouveau sur les risques de cancer du sein associés à cette substance.

Alors, beaucoup de femmes ont fait le choix d’écarter du jour au lendemain les sels d’aluminium. Et si certaines ont opté pour des déodorants faits maison, il est aussi possible de trouver son bonheur au supermarché, entre les nouvelles marques qui promeuvent des cosmétiques sains et celles de la grande distribution qui ont revu leur copie.

« J’ai arrêté par peur du cancer du sein »

Grossesse, antécédents familiaux de cancer du sein et quête de naturel sont autant de motivations qui ont poussé nombre de lectrices de 20 Minutes à abandonner les déodorants contenant des sels d’aluminium (SA). A l’instar de Béatrice, qui a « arrêté il y a deux mois par peur du cancer du sein. J’en ai trouvé un très bien en supermarché ». Marion, elle, a opté il y a deux ans pour un déo en crème d’une marque hollandaise, mis en lumière par nombre d’influenceuses sur Instagram. « Il suffit d’en mettre tous les trois jours, c’est efficace et je sais ce qu’il y a dedans. Et si je suis à court avant d’avoir reçu ma commande, je me sers des applis Yuka et QuelCosmetic pour en prendre un autre en dépannage ».

C’est après « un cancer du sein soigné en 2020, mais avec un fort taux de possible récidive », qu’Hélène, 44 ans, s’est posé des questions. « Quand j’ai lu que les SA augmentaient les risques, j’ai regardé la composition de mon déodorant et découvert qu’il en contenait. Je l’ai jeté illico ! J’ai aussi vu que les perturbateurs endocriniens pouvaient augmenter les risques de cancer hormono-dépendant comme le mien. Alors, pour ma santé et celle de ma famille, j’ai téléchargé l’application INCI et scanné tous les produits de ma salle de bains. Et j’ai presque tout jeté ! »

De plus en plus, « les patients s’inquiètent de la composition de leurs cosmétiques, confirme le Dr Isabelle Rousseaux, dermatologue. En particulier les femmes, qui me posent fréquemment des questions sur les déodorants. Au nom du principe de précaution, je leur conseille d’éviter ceux contenant des SA : le déodorant, on en met tous les jours, sur une peau fine et sensible, qui peut être fragilisée par l’épilation ou le rasage, et laisser passer certaines substances ». Dans une précédente étude menée par les mêmes chercheurs suisses, et qui portait déjà sur l’implication des SA dans la formation de cancer du sein, le Pr André-Pascal Sappino, oncologue, et le Dr Stefano Mandriota, biologiste, relevaient que 80 % des tumeurs apparaissent au niveau du creux de l’aisselle, « là où l’épiderme est extrêmement perméable et où se trouve le réseau lymphatique qui draine la glande mammaire », soulignaient-ils.

« Je suis passée au déo fait maison »

Pour être sûre de l’innocuité de leur déo, certaines ont opté pour du fait maison. Emma a ainsi « abandonné depuis deux ans les antitranspirants du commerce. Mais je trouvais les déodorants classiques inefficaces. Je suis passée au bicarbonate de soude alimentaire, appliqué avec les doigts légèrement mouillés après la douche, et le résultat est bluffant : aucune odeur de transpiration ! Toutefois, il arrive qu’au bout d’un certain temps, mes aisselles soient rouges, alors je fais une pause le week-end ».

Sandra, elle, a arrêté les antitranspirants « en 2013, après la détection d’un cancer du sein chez ma mère ». Comme Emma, elle ne trouve pas d’alternative efficace en supermarché. « Une amie m’a conseillé d’appliquer un mélange à base d’huile de coco biologique et de bicarbonate de soude. Magique ! Il faut juste ne pas en mettre après l’épilation pour éviter démangeaisons et irritations ».

« Je n’ai rien contre les recettes maison, mais certains ingrédients, surtout s’ils sont mal dosés, peuvent être irritants pour la zone axillaire, particulièrement fine et sujette aux frottements et irritations », souligne le Dr Rousseaux. Pour se lancer, « mieux vaut chercher des recettes simples et tester le mélange sur une zone moins sensible avant de l’appliquer sur les aisselles. Pour ce produit du quotidien, je conseillerais plutôt un déodorant bio bien noté sur les applis qui évaluent les cosmétiques, d’autant que de plus en plus de marques font la démarche d’élaborer des formules saines ».

« J’ai voulu créer un déodorant sain et efficace, sans ingrédient controversé »

Parmi ces marques, il y a Respire, née d’une envie de créer le déodorant qui mettrait tout le monde d’accord. « Il y a quatre ans, j’ai senti une boule dans ma poitrine, sous l’aisselle droite, se souvient Justine Hutteau, 27 ans, cofondatrice de la marque. Les examens ont révélé une tumeur bénigne ». Pour cette jeune femme passionnée de marathon et d’ultra-trail, c’est le déclic. « Je me suis interrogée sur la composition de mes cosmétiques et leur effet sur mon corps. J’ai appris la différence entre déodorant et antitranspirant, et pris conscience que j’utilisais depuis des années un antitranspirant avec SA. La docteure qui avait fait mon échographie mammaire m’a recommandé de les éviter ».

Comme beaucoup, Justine cherche alors « un déo bien noté sur les applis. Mais je n’étais jamais convaincue par les parfums, les textures, ni par l’efficacité. Alors j’ai voulu créer un déo sain : sans ingrédient controversé, avec une formule naturelle, certifiée bio, made in France, vegan, et surtout qui soit agréable à utiliser et efficace ». C’est ainsi que Respire voit le jour après une campagne de crowdfunding, lancée par une vidéo qui sera vue plus de 3 millions de fois. « On a prévendu 21.000 déodorants en un mois dans le cadre de cette campagne », confie Justine Hutteau, qui fait alors appel à des laboratoires français et des pharmaciens pour trouver la formule parfaite.

Et ça marche. « Depuis, on a écoulé plus de 2 millions de déodorants », se réjouit l’entrepreneuse. Deux ans et demi plus tard, la marque a élargi sa gamme et trouvé son public. « On a misé sur la transparence et associé notre communauté à la prise de décisions, pour mieux répondre à ses attentes, indique la jeune femme présente sur les réseaux sociaux. On a planché sur des packagings écoresponsables et lancé un nouveau déodorant solide, à l’efficacité prouvée par un laboratoire indépendant. Je veux montrer, à travers notre marque, que l’industrie cosmétique est capable de développer des produits sains et accessibles ».