Coronavirus au Brésil : Des sénateurs demandent l’inculpation de Bolsonaro pour sa gestion de la crise sanitaire

EPIDEMIE Une Commission d’enquête du Sénat reproche au président brésilien au moins dix crimes

M.F avec AFP
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Coronavirus au Brésil : Jair Bolsonaro accusé de « crime contre l’humanité » — 20 Minutes

Vivement critiqué depuis le début de la pandémie pour sa gestion de la crise du coronavirus qui a fait plus de 600.000 morts dans son pays, Jair Bolsonaro risque aujourd’hui d’être inculpé. À l’issue de six mois d’investigation, d’auditions et de révélations parfois explosives, la commission d’enquête du Sénat brésilien (CPI) a demandé l’inculpation du président pour au moins dix crimes, dont « crime contre l’humanité ». La demande d’inculpation de la CPI vaut également pour une soixantaine de personnes. Parmi elles, quatre ministres, deux ex-ministres et les trois fils aînés du président Bolsonaro pour « incitation au crime » par le biais de diffusion de fausses informations.

Cette commission parlementaire assure dans son rapport de près de 1.2000 pages avoir « recueilli des preuves qui montrent que le gouvernement fédéral (…) a agi avec lenteur dans le combat contre la pandémie de coronavirus, exposant délibérément la population à un risque réel d’infection de masse ». Constituée de sénateurs de diverses tendances politiques, la CPI a rendu un verdict dévastateur pour l’image du chef de l’Etat, demandant également son inculpation pour « charlatanisme » ou « prévarication ».

Des crimes « intentionnels »

La CPI - qualifiée par Bolsonaro de « mascarade » - a été le théâtre d’auditions mouvementées, avec des témoignages émouvants et des révélations glaçantes sur des expériences sur des « cobayes humains » avec des remèdes inefficaces. Pour les sénateurs, les crimes cités dans le rapport sont « intentionnels », le gouvernement Bolsonaro ayant délibérément décidé de ne pas prendre les mesures nécessaires pour contenir la circulation du virus.

Des accusations gravissimes, qui devraient néanmoins avoir une portée surtout symbolique pour l’heure, le président d’extrême droite bénéficiant de soutiens au Parlement à même de lui éviter l’ouverture d’une procédure de destitution. De même, le procureur général Augusto Aras, un allié de Jair Bolsonaro, peut faire barrage à toute inculpation.

L’inculpation de Bolsonaro peu probable

« Ce rapport est un instrument de vengeance contre Bolsonaro et sa famille, c’est évident, que ni mes frères, ni moi, et encore moins le président, n’avons commis le moindre crime », a déclaré le sénateur Flavio Bolsonaro, aîné de la fratrie, peu avant la présentation du texte. La CPI n’a pas le pouvoir d’engager elle-même des poursuites judiciaires, mais ses révélations pourraient avoir un impact politique considérable, alors que les sondages donnent déjà Jair Bolsonaro perdant face à l’ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva à un an de la présidentielle.

Le rapport sera transmis au Parquet, seul compétent pour inculper les personnes incriminées par la CPI. Dans le cas de Jair Bolsonaro, les spécialistes jugent cette inculpation peu probable, puisqu’elle est du ressort du procureur général.

Jamais de « larmes de compassion »

Après les auditions de plusieurs ministres, hauts fonctionnaires ou dirigeants d’hôpitaux et d’entreprises, la CPI a pris un tour plus humain ce lundi, avec les témoignages de familles de victimes du Covid-19. « Nous méritons des excuses de la part de la plus haute autorité de l’Etat (le président Bolsonaro). Ce n’est pas une question de politique. On parle de vies », a déclaré, au bord des larmes, le chauffeur de taxi Márcio Antônio Silva, qui a perdu son fils de 25 ans.

« Ce que nous avons vu, c’est l’antithèse de ce qu’on pouvait attendre d’un président de la République. Nous ne l’avons jamais vu verser des larmes de compassion ni exprimer ses condoléances pour le peuple brésilien en deuil », a renchéri devant la CPI Antônio Carlos Costa, président de Rio de Paz, une ONG.

Soupçons de corruption dans l’acquisition de vaccins

La CPI a enquêté sur les responsabilités du gouvernement dans la grave pénurie d’oxygène qui a causé la mort de dizaines de patients par asphyxie à Manaus (nord), le discours anticonfinement de Jair Bolsonaro et son déni face à la gravité du Covid, une « grippette ». Le gouvernement est aussi épinglé pour des retards et des soupçons de corruption dans l’acquisition de vaccins.

La Commission s’est également penchée sur les relations entre Brasilia et des mutuelles de santé privées accusées de promouvoir le « traitement précoce », avec notamment de l’hydroxychloroquine, dont l’inefficacité a été prouvée scientifiquement. L’une d’elles, Prevent Senior, est soupçonnée d’avoir mené à l’insu de ses patients des expériences avec ce type de traitements, et d’avoir fait pression sur ses médecins pour les prescrire à des « cobayes humains ».