Coronavirus : Les soignants opposés à l'obligation vaccinale continuent-ils de lutter ?

EPIDEMIE Certains soignants contre la vaccination ont fait des grèves de la faim ou sont allés au tribunal, d’autres continuent de se retrouver tous les samedis dans la rue

Elise Martin
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Une manifestation contre le pass sanitaire et le vaccin à Nice, en août 2021 (Illustration)
Une manifestation contre le pass sanitaire et le vaccin à Nice, en août 2021 (Illustration) — Syspeo / Sipa
  • Après un mois de grève de la faim, Thierry Paysant et Christophe Nait, deux soignants employés à Nice ont décidé d’arrêter. Cette situation ne devenait plus « vivable », ils vont sûrement « finir par faire ce vaccin alimentaire » pour « survivre ».
  • Malgré un personnel hospitalier au CHU de Nice vacciné à 99,6 %, une trentaine de soignants n’ont pas présenté de schéma vaccinal complet et ont été suspendus.
  • Certains d’entre eux seront représentés par Me Campestrini au tribunal administratif ce jeudi pour contester cette décision.

Ils arrêtent. C’est fini. Après un mois, les deux soignants de Nice, Thierry Paysant et Christophe Nait, ont décidé de stopper leur grève de la faim « pour protester contre l’ obligation vaccinale ». « Au bout d’un moment, mes enfants commençaient à en souffrir. Déjà que le gouvernement fout en l’air ma vie, il ne va pas détruire ma famille », lâche Thierry, 54 ans, également sapeur-pompier volontaire depuis vingt-cinq ans. Depuis le 15 septembre, avec son ami, ils n’ont avalé que de l’eau, du bouillon « et du café ». Il a perdu 14 kg. « Pour moi, ça allait. Mais mon collègue, il ne faisait plus que 55 kg pour 1,70 m. On ne voulait pas non plus en arriver à se mettre sous perfusion », continue l’agent de sécurité incendie de l’hôpital.

Ils se sont également confrontés à une autre réalité. « Au bout d’un mois, ça ne sert plus à rien. Les gens s’habituent et tout le monde s’en fiche », affirme l’ancien militaire. A commencer par le gouvernement. « On a été reçu par le sous-préfet qui nous a quand même indiqué qu’il respectait notre action. » Il tient à le souligner car « personne de l’hôpital n’est venu [les] voir et [leur] parler. » Il reprend : « Le représentant de l’Etat nous a dit que nous étions hors-la-loi et que nous étions les dommages collatéraux de cette mesure mais que c’était comme ça. »

Des soignants devant le tribunal administratif pour contester leur suspension

L’Azuréen est ému, il peine à trouver ses mots en parlant de cette expérience et de « [son] combat ». « Je voulais porter un message dans une ambiance de paix. Je l’ai fait. Maintenant, mon rôle est terminé. On se sera battu jusqu’au bout avec Christophe. Mais pour survivre et continuer la vie que j’ai construite, je dois faire autrement. A mon âge, on ne veut même pas de moi sur les chantiers. Je suis jeune papa alors j’ai besoin d’argent. Je vais peut-être faire comme les autres et finir par faire ce vaccin alimentaire. » Ce surnom a été donné par le personnel hospitalier « contraint de se faire vacciner pour ne pas que leur contrat soit suspendu et leur salaire enlevé ».

Au CHU de Nice, 99,6 % du personnel a reçu ses deux injections, a affirmé la communication de l’hôpital. Ce qui signifie qu’une trentaine de personnes, sur 8.824, ont été suspendues depuis le 15 octobre et l’obligation de présenter un schéma vaccinal complet.

Nouvelle audience devant le tribunal administratif

Parmi elles, certaines le contesteront devant le tribunal administratif ce jeudi. Elles seront représentées par Me Jérôme Campestrini dans une audience de référé suspension. Selon lui, il « n’est pas normal d’avoir une différence de traitement entre une personne à qui on reproche une faute grave dans l’exercice de son métier, qui continue de toucher son salaire et une personne qui refuse qu’on lui injecte un vaccin, à qui on retire sa paie. » Il compte également appuyer sa défense sur « la phase expérimentale dans laquelle se trouve le vaccin et qui ne permet pas d’obliger quelqu’un à se faire vacciner contre sa volonté ».

Le mois dernier, il avait également représenté les 522 soignants qui avaient déposé deux recours contre ce décret du 5 août 2021, de l’obligation vaccinale, pour le suspendre et l’annuler. Sans succès. Pour cette affaire, l’avocat reste « tristement lucide » et « craint » à nouveau que ce soit « une décision plus politique que juridique ».

En attendant, les manifestations du samedi des anti-pass antivax risquent de « continuer et de converger vers d’autres luttes », assure Thierry Paysant en faisant référence aux « gilets jaunes » et à l’augmentation du prix de l’essence annoncée cette semaine.