Vaccination : Où en est-on des injections de 3e dose contre le Covid-19 ?

EPIDEMIE Deux millions de personnes ont déjà reçu leur dose de rappel. Pas assez, selon le gouvernement, mais les médecins ne tirent pas la sonnette d’alarme

X. R.
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Le vaccin Moderna n'est pas recommandé pour l'heure en France pour les rappels de 3e dose.
Le vaccin Moderna n'est pas recommandé pour l'heure en France pour les rappels de 3e dose. — Debbie Hill/UPI/Shutterstock/SIPA
  • Deux millions de personnes ont reçu leur dose de rappel du vaccin contre le Covid-19, sur six millions d’éligibles. Un chiffre trop bas pour le gouvernement.
  • La campagne de vaccination contre la grippe a été avancée pour inciter à faire les deux injections en même temps, alors que le Conseil de défense sanitaire évalue la possibilité de conditionner le pass sanitaire à cette dose de rappel.
  • Pour le médecin généraliste Michaël Rochoy, qui se satisfait du chiffre actuel et ne voit pas d’urgence à faire des rappels massifs, il faut d’abord « mettre le paquet sur les personnes qui ne sont pas encore vaccinées ».

EDIT 24 novembre : A l'occasion du conseil de défense sanitaire, lors duquel la troisième dose sera à l'ordre du jour, et alors que la cinquième vague confirme sa poussée en France, nous vous reproposons cet article daté du 20 octobre.

A l’issue du Conseil de défense sanitaire ce mercredi matin, Gabriel Attal a appelé à « accélérer la campagne de rappel vaccinal » contre le Covid-19. Le porte-parole du gouvernement a évoqué le chiffre de deux millions de troisièmes doses administrées. Un total jugé décevant, sur six millions de concernés, alors que l’idée de conditionner le pass sanitaire au rappel est « une piste qui fait son chemin ». Où en est vraiment l’administration des 3e doses de rappel ? 20 Minutes fait le point.

Les chiffres du rappel sont-ils vraiment trop bas ?

« Deux millions de personnes déjà doublement vaccinées qui font leur rappel en un mois et demi, c’est pas mal », juge Michaël Rochoy, médecin généraliste et membre du collectif Du Côté de la Science. En réalité, Gabriel Attal a gonflé les chiffres… des éligibles. Parmi les plus de 65 ans et les personnes fragiles, « tout le monde n’est pas vacciné depuis six mois », rappelle Michaël Rochoy.

A l’unisson, Marie-Aline Bloch, chercheuse en sciences de gestion à l’École des hautes études en santé publique, avance une estimation à moins de cinq millions d’éligibles. Et même à six millions en ce 20 octobre, « il faut le temps de s’organiser », plaide le médecin, qui critique une « déconnexion du réel » de l’exécutif.

Quelles sont les limites qui freinent la campagne de rappel ?

La fermeture des grands centres de vaccination, où les patients défilaient à la chaîne, a forcément limité le nombre d’injections quotidiennes. Conséquence, la pression retombe sur les généralistes, dont les emplois du temps sont déjà bien chargés, et les pharmacies. Michaël Rochoy pointe les difficultés d’approvisionnement et de conservation des doses, alors que le Moderna n'est plus autorisé pour ce rappel. « Avec la fin du masque à l’école, on a aussi un rebond des maladies chez les enfants, ce qui occupe encore des créneaux », se désole-t-il.

Côté patients, comme l’épidémie s’est calmée, « certaines personnes craignent moins d’être malade ou de le transmettre » selon Marie-Aline Bloch. La chercheuse pointe aussi le flou qui a entouré ce rappel pendant plusieurs semaines et une certaine lassitude « pour ceux qui ont pris leurs responsabilités » alors qu’il reste encore des personnes non-vaccinées.

Est-il vraiment urgent d’avancer sur la campagne de rappel ?

« Avec le temps, l’immunité diminue chez les personnes âgées », rappelle Marie-Aline Bloch, entraînant le retour de formes symptomatiques. Mais selon une étude de l'EPI-PHARE, l’efficacité du vaccin ne diminue pas sur les formes graves après cinq mois. Un éventuel retard dans la campagne de rappel ne constitue donc pas « un danger de pression sur le système hospitalier », estime Michaël Rochoy.

Pour le médecin généraliste, il faut d’abord « mettre le paquet sur les personnes qui ne sont pas encore vaccinées » et sont plus à risque de contracter le Covid-19. L’idée d’envoyer plus de doses vers les pays pauvres, faiblement vaccinés et où de nouveaux variants pourraient plus facilement émerger, est aussi avancée. Mais surtout, la campagne va se poursuivre naturellement avec la vaccination contre la grippe. « Beaucoup de patients attendaient pour faire les deux en même temps et ont déjà pris rendez-vous » assure le médecin.