Bioéthique : Une campagne pour booster les dons de sperme et d’ovocytes… et éviter les pénuries

PARENTALITE L’Agence de Biomédecine lance ce jeudi une campagne de sensibilisation pour informer les Français sur deux nouveautés concernant le don de gamètes

Oihana Gabriel
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Illustration de la Fécondation
Illustration de la Fécondation — DURAND FLORENCE/SIPA
  • L’Agence de Biomédecine a multiplié par cinq son budget pour sa nouvelle campagne sur le don de gamètes, qui est lancée ce jeudi.
  • Il faut dire que la loi de Bioéthique du 2 août 2021 a apporté deux modifications de taille : l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, et la création d’un droit d’accès aux origines.
  • Comme la demande de don de sperme va augmenter et le déficit de don d’ovocytes est toujours criant, l’Agence espère, avec cette campagne, recruter de nouveaux donneurs.

Un test de grossesse qui n’affiche pas un ou deux traits, mais un « merci ». A partir de ce jeudi, des affiches et des vidéos dévoilent des couples hétérosexuels, un couple de femmes ou une femme seule affichant un grand sourire et de la gratitude. Le signe qu’une nouvelle époque s’ouvre. Une grande campagne de sensibilisation est en effet lancée par l’Agence de Biomédecine. Et avec un budget multiplié par cinq, des initiatives sur plusieurs plateformes touchant les jeunes (Brut, Deezer, Instagram, des podcasts…) à la télévision, au cinéma et dans la rue, elle espère une large mobilisation.

Pourquoi cette urgence à informer ? Depuis la loi de Bioéthique du 2 août 2021, la procréation médicalement assistée (PMA) a connu deux grandes évolutions, qui touchent les personnes qui pourront recevoir les dons de spermatozoïdes et d’ovocytes, mais aussi les donneurs.

Besoins accrus en dons de sperme

Côté receveurs, les pénuries pointent leur nez. En 2019, seulement 317 hommes ont donné leur sperme, et 987 enfants sont nés grâce aux dons. Or, depuis le 28 septembre 2021, les couples de femmes et femmes seules ont accès à la PMA en France. Ce qui va évidemment créer une demande supplémentaire de paillettes de sperme, estimée par l’Agence de Biomédecine à 3.500 besoins de sperme en 2021. Un comité de suivi, qui se réunira dès la mi-novembre, devrait affiner ce chiffre, lequel semble plus élevé à en croire les premiers retours du terrain

Du côté des dons d’ovocyte, le déficit est déjà criant. « Nous sommes à flux tendu : les ovocytes prélevés sont souvent donnés le jour même, voilà pourquoi nous n’avons pas de stock, prévient Claire De Vienne, gynécologue à l’Agence de Biomédecine. Les délais peuvent aller d’un an à deux ans et demi. » Fin 2019, 4.000 couples étaient en attente d’un don d’ovocytes. Voilà pourquoi la campagne s’adresse aux hommes comme aux femmes.

D’autant qu’elle poursuit un deuxième objectif : augmenter la variété des profils des donneurs. « Aujourd’hui, les couples issus de la diversité attendent plus longtemps que les autres », regrette Emmanuelle Cortot-Boucher, directrice générale de l’Agence de Biomédecine. « C’est un acte solidaire, gratuit et librement consenti », rappelle pour sa part Philippe Jonveaux, généticien.

Levée de l’anonymat très encadrée

Mais à partir du 1er septembre 2022, il faudra une condition supplémentaire : que le donneur ou la donneuse accepte qu’un éventuel enfant découvre son identité. En clair, les enfants nés d’un don de gamète pourront, s’ils le souhaitent et à partir de leurs 18 ans, demander à une commission ad hoc des informations. « L’identité du donneur ou de la donneuse, mais aussi son âge au moment du don, la situation familiale et professionnelle, la motivation du don, le pays de naissance et les caractéristiques physiques », liste Claire De Vienne. « Le principe de l’anonymat sera maintenu pour toute personne autre que l’enfant né du don », rappelle Philippe Jonveaux.

Un deuxième volet de la campagne de l’Agence de biomédecine vise donc à expliquer ce nouveau droit d’accès aux origines, créé par la Loi de Bioéthique. En insistant sur le fait qu’il ne change rien à la filiation : « Aujourd’hui, je ne cherche pas un parent ; mais des réponses », assurent les trois visages sur les affiches.

A compter du 1er septembre 2022, donc, tous les donneurs devront signer un document pour donner leur consentement concernant l’accès aux origines. Et pour les dons antérieurs à septembre 2022 ? Si un enfant issu de leur don le désire, ils seront contactés par la commission ad hoc et choisiront ou pas de lui révéler leur identité.

Que faire, par ailleurs, après le 1er septembre 2022, des dons de sperme congelés (le stock en 2019 était 107.000 paillettes) n’ayant pas obtenu ce feu vert ? Ils seront détruits, à une date qui n’est pas encore précisée. « Les centres de dons vont avoir à répondre à une demande nouvelle, et les stocks doivent être renouvelés du fait de la destruction de certains gamètes, nous devons donc mobiliser », conclut la directrice de l’Agence de Biomédecine.

80 % des Français favorables au don de gamètes

Mais les jeunes Français seront-ils partants ? Oui, si l’on en croit le Baromètre 2021 sur les Français et le don de gamètes *. « L’opinion publique semble nettement favorable au don de gamètes : 80 % sont pour et 55 % des Français en âge de donner seraient prêts à le faire, souligne Amandine Messina, de Viavoice. Mais cette volonté repose sur de la conviction et non sur une connaissance de la loi. » En effet, 82 % de ces Français se disent peu ou mal informés. Pour lutter contre cette méconnaissance et les clichés qui en découlent, l’Agence propose deux sites :  dondovocytes.fr et dondespermatozoides.fr pour le grand public. Et proposera aux sages-femmes, généralistes et gynécos des brochures et une formation courte à distance sur vidal.fr pour accompagner les personnes en PMA comme les éventuels futurs donneurs.

L’accès élargi à la PMA et l’accès aux origines risquent-ils d’en refroidir certains ? « Non, cela ne change pas leur avis. Et pour un quart des Français, ces évolutions les incitent même à donner », dévoile Amandine Messina, sans qu’il y ait une grande différence entre hommes et femmes. En revanche, l’étude pointe des différences entre genres concernant les freins. Un tiers des hommes cite le fait que leur identité puisse être révélée, tandis que la moitié des femmes évoquent les contraintes du don d’ovocytes (autrement plus lourdes que le don de sperme…).

* Baromètre mené par Viavoice, du 10 au 22 septembre 2021, auprès d’un millier de Français.

Limite d’âge

Cette campagne s’adresse tout particulièrement aux jeunes, puisque seuls les hommes en bonne santé de 18 à 45 ans peuvent donner leur sperme, et les femmes, également en bonne santé, de 18 à 37 ans.