L’intelligence artificielle, une nouvelle arme au bloc pour traiter les troubles du rythme cardiaque

MEDECINE L’hôpital nantais du Confluent teste un logiciel innovant développé par la start-up marseillaise Volta Médical

Julie Urbach
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L'intelligence artificielle, une nouvelle arme pour traiter les troubles du rythme cardiaque — 20 Minutes
  • Un logiciel d’intelligence artificielle est actuellement testé 18 services de cardiologie en Europe, comme à l’hôpital privé du Confluent à Nantes.
  • L’objectif est d’identifier instantanément les zones malades chez les patients atteints de fibrillation auriculaire et faciliter l’intervention.

Quand on pénètre au bloc opératoire du service cardiologie de l’hôpital nantais du Confluent, aucune trace de sang mais beaucoup, beaucoup d’écrans. A gauche, en noir et blanc, il y a par exemple les images radio. A côté, en bleu clair, c’est une modélisation en 3D du cœur du patient, que le médecin ne verra pas en vrai puisqu’il y accède via l’artère fémorale, au niveau de l’aine, et donc sans ouvrir la poitrine.

Mais depuis quelques semaines, c’est un nouvel écran, où apparaissent des cercles parfois rouges, orange ou bleus qui suscite l’intérêt de l’équipe. « Grâce à un cathéter, on y voit instantanément les cellules potentiellement très malades, celles qui le sont un peu moins, et les autres qui sont saines, explique le docteur Selim Abbey, cardiologue spécialisé en rythmologie. On progresse comme ça, millimètre par millimètre, jusqu’à avoir tout exploré. »

Une base de centaines de milliers de signaux électriques

A l’hôpital privé du Confluent, comme dans 17 autres établissements de santé en Europe, un nouveau logiciel, VX1, est utilisé pour traiter encore plus efficacement la fibrillation auriculaire, pathologie cardiaque la plus répandue (une personne de plus de 60 ans sur cinq serait concernée) et favorisant notamment les AVC. Une innovation basée sur l’intelligence artificielle et portée par la jeune start-up marseillaise Volta médical. « Nous avons répertorié dans notre logiciel des centaines de milliers de signaux électriques cardiaques anormaux, expose Théophile Mohr Durdez, 26 ans, le directeur général. Le médecin peut ainsi connaître très finement les zones à traiter et réaliser une cartographie du cœur du patient. »

Auparavant, le cardiologue devait interpréter un nombre incalculable de lignes (qui s’affichent encore sur un autre écran), « un travail beaucoup plus fastidieux » pour une opération qui dure parfois plusieurs heures et dont le taux d’efficacité est de 70 %, indique Sélim Abbey. Conséquence pour ces personnes atteintes par ce trouble du rythme cardiaque : le risque de devoir retourner plusieurs fois au bloc pour cautériser (c’est-à-dire brûler) les cellules pathogènes. Les mêmes qui sont à l’origine de contractions du cœur anarchiques, rapides et irrégulières, et qui empêchent l’organe de pomper correctement le sang.

Les résultats de l’étude en 2023

Cofondée par un ingénieur et trois cardiologues, Volta médical attend les résultats de son étude clinique, qui doit compter 344 patients, pour 2023. Le temps notamment de vérifier l’efficacité de ce logiciel sur la durée, et les potentielles récidives. « Nous espérons démontrer la supériorité de notre logiciel d’intelligence artificielle, avec des premiers résultats déjà très prometteurs dans le cadre d’une précédente étude », indique Théophile Mohr Durdez.

La start-up, qui a réalisé une levée de fonds de 23 millions d’euros en fin d’année dernière, espère à terme s’imposer en première ligne dans le traitement de la fibrillation auriculaire, en Europe et aux Etats-Unis. Dans le monde, on estime que 33,5 millions de personnes seraient touchées par cette pathologie.