Césarienne, jaunisse, allaitement difficile… Les conseils d’une pédiatre face aux aléas de la naissance

PARENTALITE Sophie Bert-Vignon, pédiatre depuis vingt-cinq ans, sort jeudi un petit guide pratique pour répondre aux nombreuses questions des jeunes ou futurs parents

Oihana Gabriel
— 
Illustration d'un bébé dans les bras de sa mère.
Illustration d'un bébé dans les bras de sa mère. — Pixabay
  • Sophie Bert-Vignon, pédiatre depuis vingt-cinq ans, accompagne les parents et leurs bébés à la maternité du CHU de Dijon.
  • Elle publie ce jeudi un manuel à destination des nouveaux et futurs parents : La vie secrète des nouveau-nés.
  • De la vie in utero au retour à la maison, elle décrypte différentes étapes : l’accouchement par voie basse, la césarienne, l’allaitement, les soins, le sommeil…, et les nombreux imprévus que peuvent rencontrer les nouveaux parents, en adoptant le point de vue du bébé.

C’est fou comme on peut attendre avec impatience un premier cri… et vite se lasser de ceux qui arrivent ensuite. Les nouveaux parents sont assaillis de questions et d’injonctions quand leur nouveau-né arrive. Pas facile de mesurer l'immense bouleversement que vit ce tout petit être, de comprendre pourquoi il pleure, s'il a assez mangé... 

Voilà pourquoi la pédiatre Sophie Bert-Vignon a choisi, dans son essai La vie secrète des nouveau-nés*, de se glisser dans la peau des bébés, mêlant conseils pratiques et récits de patients. « Même quand tout va bien pendant la grossesse, c’est impossible de prévoir comment les choses vont se passer. La naissance pour le bébé, c’est un peu un triathlon, introduit-elle. Le séjour en maternité est de plus en plus court et les parents se retrouvent seuls. Bien les accompagner, c’est autant de désolation et de dévalorisation personnelle en moins ! » Son guide détaille donc sur plusieurs étapes importantes, de la naissance au rythme de croisière, trente jours après. 20 Minutes a interrogé cette pédiatre de la maternité du CHU de Dijon sur six aléas, courants, que peuvent vivre les futurs parents.

Portrait de Sophie Bert-Vignon, pédiatre et autrice de La vie secrète des nouveau-nés.

La prématurité

Pour les prématurés tardifs [qui naissent entre le 8e et le 9e mois], on a besoin d’avoir un regard attentif, et les séjours en maternité sont plus longs. In utero, la respiration et la fréquence cardiaque deviennent régulières à 35 semaines. La capacité à coordonner la déglutition et la respiration s’acquièrent à la fin du 8e mois. On est donc alors à un moment charnière. Mais d’un bébé à l’autre, ça peut être très variable.

Dès la naissance, il faut s’assurer que le bébé prématuré gère le flot de lait tout en conservant une bonne respiration. Il peut aussi pêcher par défaut d’endurance : il prend bien le sein ou la tétine du biberon, mais en réalité, il tète trois coups et il n’y a plus personne. La tétée dure, mais la quantité bue est dérisoire. A partir du moment où il respire bien, que sa circulation sanguine est régulière et qu'il sait s’alimenter, il peut revenir à la maison.

La césarienne

Il y a deux types de césarienne. Celle décidée en urgence, parce que l’accouchement ne se passe pas comme on l’aurait souhaité. Ou que le bébé risque de ne pas supporter le travail. Dans ce cas, il risque d’être très fatigué à la naissance, il aura besoin d’être plus stimulé, davantage aidé.

Deuxième cas de figure : la césarienne hors travail, programmée. Là, le bébé est pris par surprise. Pendant le travail, il sécrète les hormones dont il va avoir besoin pour s’adapter à sa nouvelle vie. Là, il va en manquer. Voilà pourquoi il peut avoir plus de mal à prendre sa première respiration : il doit d’abord se débarrasser du liquide qui remplit les poumons.

La perte de poids

Il est normal que le bébé perde du poids les premiers jours. Tout d’abord parce qu’il perd de l’eau : le nouveau-né était un petit être aquatique, avec des tissus gorgés d’eau ! Il faut qu’il se déshydrate pour s’ajuster à ses conditions d’existence à l’air libre, notamment pour favoriser le réagencement de toute la circulation sanguine.

Ensuite, il va vider son intestin en éliminant le méconium. C’est le caca qui s’est accumulé pendant la vie fœtale, tout noir, sans odeur et qui colle. Le troisième paramètre concerne essentiellement les bébés nourris au sein. Les premiers jours, il ne va boire que le colostrum, qui représente de toutes petites rations. Le bébé revient souvent au sein, mais en réalité, il boit 20 g en moyenne. Mais la nature a tout prévu : les bébés à terme ont des réserves pour tenir ces quelques jours. A partir du moment où la montée de lait arrive, ils vont reprendre du poids. Pour les bébés qui prennent directement un biberon, c’est un peu différent, car ils ont à disposition de grosses quantités. Ils ne savent d’ailleurs pas s’ajuster. Il faut rester vigilant car s’ils boivent trop, ça va déborder…

Autant cette perte de poids est physiologique, autant à un moment, il faut que ça s’arrête. Pour la surveillance, nous avons deux repères. On s’inquiète si le nouveau-né perd plus de 10 % de son poids (300 g s’il fait 3 kg). Et si la perte de poids continue le quatrième jour.

La jaunisse

A la différence des adultes, ce n’est pas une maladie chez le nouveau-né. Il dispose d’énormément de globules rouges, car il avait l’habitude de vivre dans un milieu pauvre en oxygène. Un peu comme ceux qui vivent à la montagne. A la naissance, il arrive dans un milieu bien plus oxygéné, donc il doit détruire ses globules rouges. C’est le foie qui élimine l’hémoglobine. Or, il peut ne pas arriver à gérer : l’hémoglobine est alors transformée en bilirubine, jaune, qui donne cette couleur dorée au bébé. En général, cela arrive vers trois ou quatre jours de vie.

Pour l’aider, on fait de la photothérapie. Attention, ce ne sont pas des UV, ça ne va pas le faire bronzer ! C’est une infirmière anglaise qui a découvert par hasard que les nouveau-nés dormant près de la lumière du jour devenaient moins jaunes que les autres. On va donc le mettre sous des lampes qui concentrent la lumière. Cela transforme la bilirubine en un autre composé plus facile à éliminer par les reins et l’intestin.

La jaunisse touche un bébé sur deux. Et un bébé sur dix en moyenne a besoin de la photothérapie. On sait qu'il peut gérer cette bilirubine jusqu’à un certain seuil. Car si elle passe dans le cerveau, cela peut avoir de lourdes conséquences.

L'allaitement difficile

L’allaitement est un apprentissage à part entière pour les mamans, qui s’y préparent. Par contre, ce qui se sait moins, c’est que le bébé est totalement partie prenante. Et que c’est un gros effort pour lui. In utero, il avale le liquide amniotique dès qu’il ouvre la bouche, c’est donc une adaptation de taille que de téter ! 

Parfois, ils ne comprennent pas ce qu’on attend d’eux, sont trop fatigués. Cela nécessite un accompagnement et parfois un aménagement. En mixant avec des biberons, par exemple. C’est important d’être bien guidé. Le bon positionnement du corps du bébé et de sa bouche est un préalable indispensable. Sinon, il risque d’avoir du mal à attraper le sein, et donc l’allaitement devient douloureux pour la maman.

Le transit complexe

A la naissance, plusieurs organes ne sont pas mûrs. Notamment l’intestin. Ce dernier peut se contracter fortement et de manière anarchique. La flore intestinale se met en place sur les premiers mois de vie, et va contribuer au confort digestif du bébé. Le lait maternel évolue et s’emploie à contrebalancer cette immaturité, tandis que le lait artificiel est le même à trois jours de vie comme à quatre mois.

Concernant de petits moyens souvent efficaces, ce que les bébés aiment bien, c’est d’avoir le ventre au chaud et bien calé. Si on ne recommande plus de le coucher sur le ventre la nuit, on peut l’allonger ainsi sur le lit quand on est à côté, ou le porter allongé sur son bras. Les massages du ventre dans le sens des aiguilles d’une montre [pour être dans le sens des intestins], afin de faciliter la digestion, peuvent soulager… ou pas.

* La vie secrète des nouveau-nés, Editions Eyrolles, 21 octobre 2021, 12,90 €