Coronavirus : La hausse des cas va-t-elle mettre fin aux dernières levées de restrictions sanitaires ?

EPIDEMIE Le masque à l’école primaire refait surface en Lozère, et pourrait revenir dans toute la France

Jean-Loup Delmas
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Tous les enfants de France reporteront-ils bientôt le masque à l'école ?
Tous les enfants de France reporteront-ils bientôt le masque à l'école ? — Daniel Cole / POOL / AFP
  • En France, depuis lundi 4 octobre, le port du masque à l’école n’est plus obligatoire dans les départements avec une incidence inférieure à 50.
  • La Lozère, jadis concernée, va remettre les masques en classe, en raison d’une incidence ayant bondi à 103.
  • La France connaît une hausse légère des cas, de quoi remettre en question le non-port du masque en cours.

Ce lundi, les élèves de Lozère auront à nouveau l’obligation de porter un masque en classe, après deux petites semaines pendant lesquelles cette restriction a été levée. La raison de ce retour n’est pas à chercher très loin : l’incidence du coronavirus, inférieure à 50 la semaine dernière, flambe désormais à 105 ce jeudi, record métropolitain. En une semaine, le nombre de cas a progressé de 268 %, selon Santé publique France.

Le chiffre est certes à relativiser, le département souffrant de deux gros biais : une faible population ainsi qu’une incidence initialement très basse. De fait, un simple cluster peut entraîner une flambée. Il n’empêche : la décrue semble finie même à l’échelle nationale. Après avoir stagné quelques jours, le nombre de cas, l’incidence et le taux de reproduction de la maladie augmentent tous légèrement.

Le sort des enfants de Lozère préfigure-t-il celui des élèves de toute la France, et la fin de la décrue est-elle synonyme du retour à certaines restrictions levées il y a peu ? Avec le froid qui arrive, plus propice à un rebond épidémique en raison de l’augmentation de la fréquentation des lieux clos, difficile de croire en un hiver sans restrictions sanitaires.

Vague épidémique des enfants

On vous rassure, on ne parle pas ici de confinements ou de couvre-feu, des options peu probables selon les dernières modélisations de l’Institut Pasteur. La levée du port du masque à l’école primaire, elle, a été critiquée dès son annonce par Gabriel Attal pour les départements avec une incidence inférieure à 50. Seuls 10 départements métropolitains ont une incidence supérieure à ce chiffre symbolique, mais il n’est pas dit que la mesure passe l’hiver. « Dès le départ, il est assez illogique que les enfants aient été soumis à une levée du port du masque alors que la vaccination est quasi inexistante dans cette tranche d’âge », insiste Mickaël Ehrminger.

Le vaccin, en plus de prémunir des formes graves, diminue les risques d’attraper le virus mais aussi de le transmettre. En Lozère, il est flagrant que le rebond épidémique vient des enfants. La tranche des 0-9 ans, concernée par la levée du port du masque à l’école primaire, est passée d’une incidence de 43 le dimanche 3 octobre à une incidence de 372 une semaine plus tard, la plus haute de toutes les classes d’âge du département.

Le principe de prudence

Or, à chaque fois, lorsque l’incidence d’une tranche d’âge explose, le phénomène finit par toucher l’ensemble de la population. Raison de plus pour agir dès les premiers frémissements de la hausse, avant d’attendre que l’épidémie se répande aux populations fragiles. Certes, 73,7 % de la population française est vaccinée, dont 85,6 % des personnes éligibles (âgés de plus de 12 ans), de quoi atténuer grandement une éventuelle saturation des hôpitaux.

Toutefois, la docteure en santé publique Hélène Rossinot nuance : « Il reste 7 millions de personnes de 12 ans et plus pas du tout vaccinées, et 9,4 millions de moins de 12 qui ne sont pas vaccinables à ce jour, et qu’il faut protéger autrement. Les enfants décèdent très peu mais à peu près la moitié des décès chez les 0-19 ans se sont produits depuis cet été. » De quoi là aussi, plaider pour un retour du port du masque à l’échelle nationale.

« Il faut garder à l’esprit que nous ne maîtrisons pas toutes les inconnues de cette épidémie et qu’il faut rester prudent pour l’instant. Il sera toujours plus pertinent de prévenir que de subir », tempère Mickaël Ehrminger.

Le contre-exemple du Royaume-Uni

De l’autre côté de la Manche, on a plaidé pour tout l’inverse : le Royaume-Uni a décidé de la levée de quasiment l’ensemble des mesures sanitaires, le masque n’étant plus obligatoire que dans les transports en commun, considérant sa vaccination comme suffisante pour encaisser le choc du nombre de cas. Le pays connaît une moyenne de 38.700 cas quotidiens, pour 117 décès par jour. La France, elle, n’est qu’à 4.400 cas par jour de moyenne, pour 31 décès quotidiens. De quoi se rendre compte que oui, les mesures barrières fonctionnent et gardent un sens, malgré la vaccination ( les deux pays ayant sensiblement les mêmes taux de vaccinés et le même nombre d’habitants).

Et encore, il ne s’agit là que des données les plus brutes. L’impact d’une telle circulation virale au Royaume-Uni est difficile à estimer, rappelle Mickaël Ehrminger : « Quid des Covid longs, et de l’émergence de nouvelles mutations ? Ces indicateurs, moins visibles et tangibles, sont aussi à prendre en compte. Face à une pandémie qui n’est pas terminée, le moins que l’on puisse dire, c’est que Boris Johnson fait preuve d’irresponsabilité. »

Avec la fin de la décrue, la France est donc confrontée à un choix : la prudence, et stopper la levée des restrictions voire en réinstaurer certaines, ou le lâcher-prise comme le Royaume-Uni ? « Tout est toujours possible, la question est celle des conséquences auxquelles on prend le risque de s’exposer », note Hélène Rossinot. Le cas du masque à l’école sera l’occasion de savoir quel cap le pays compte prendre.