Un antibiotique miracle pour traiter la maladie de Lyme et l’éradiquer complètement ?

RECHERCHE Des chercheurs américains pensent avoir mis au jour un traitement antibiotique capable de traiter la maladie de Lyme, et même de l’éradiquer complètement

Anissa Boumediene
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Les tiques, insectes qui transmettent la maladie de Lyme, peuvent mesurer d'un à six millimètres.
Les tiques, insectes qui transmettent la maladie de Lyme, peuvent mesurer d'un à six millimètres. — California Department of Public Health / Flickr
  • Une étude récemment publiée dans la revue Cell met en avant le potentiel de l’hygromycine A, un antibiotique qui pourrait constituer un traitement ciblé de la maladie de Lyme.
  • Selon les chercheurs américains qui ont mené ces travaux, cet antibiotique pourrait même permettre d’éradiquer de la nature cette maladie transmise par des tiques infectées.
  • Une découverte à prendre avec prudence, mais qui est porteuse d’espoir.

Un monde sans maladie de Lyme, serait-ce possible ? C’est ce qu’espère une équipe de chercheurs de l’université américaine de Northeastern à Boston, qui pense avoir trouvé un traitement ciblé contre cette maladie – aussi appelée « borréliose de Lyme » –, que l’on contracte par morsure de tique infectée par la bactérie Borrelia burgdorferi.

Les scientifiques ont redécouvert un antibiotique tombé dans l’oubli, l’hygromycine A, qui, d’après les conclusions de leur étude publiée début octobre dans la revue américaine Cell, permettrait d’éliminer l’infection sans risque d’antibiorésistance. Plus encore, cette molécule pourrait même, selon eux, être employée pour éradiquer la maladie de Lyme de la surface du globe. Alors, révolution thérapeutique en perspective ou annonce sensationnaliste ?

Un antibiotique connu depuis les années 1950

Si l’hygromycine A ne dit pas grand-chose au grand public, ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un nouvel antimicrobien. Cet antibiotique a été découvert dans les années 1950, avant de tomber dans l’oubli. Pourquoi ? Parce que « son action contre une large variété de bactéries est assez faible », indique le professeur Kim Lewis, principal auteur de l’étude et directeur du Centre de découverte des antimicrobiens de l’Université de Northeastern. Pour mener ces travaux, les chercheurs ont passé au crible des micro-organismes présents dans le sol, et ainsi redécouvert l’hygromycine A, un antimicrobien produit par la bactérie Steptomyces hygroscopicus. Or, « l’hygromycine A s’est avérée très active et sélective contre les spirochètes ». « Les spirochètes sont des germes en forme de spirale, c’est la famille de bactéries à laquelle appartient Borrelia », décrypte Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts de Seine).

Pour étudier l’action de l’hygromycine A, l’équipe de Kim Lewis a mené des essais en laboratoire. Et cette molécule « élimine efficacement l’infection chez la souris par administration orale, avec un effet minime sur le microbiome intestinal, conclut le professeur. Ces propriétés font de l’hygromycine A un candidat intéressant pour le développement d’un antibiotique pour le traitement ciblé de la maladie de Lyme ». Un traitement ciblé efficace qui, à la différence des traitements antibiotiques à large spectre, ne causerait pas d’antibiorésistance, se réjouissent les scientifiques.

Eradiquer la Borréliose de Lyme de la nature

Mais les vertus de ce traitement ne s’arrêteraient pas là. Les auteurs de l’étude estiment que leur découverte « ouvre la possibilité intéressante d’éradiquer ce pathogène de l’environnement ». Or, les chercheurs pointent « la hausse de l’incidence et de l’étendue géographique de la maladie de Lyme » ces dernières années, notamment en raison de « l’expansion de l’aire de répartition de l’habitat de la tique à vecteur, l’intersection croissante des domiciles humains et des animaux hôtes des tiques, et l’activité saisonnière due au changement climatique ». En clair : il y a de plus en plus de tiques, qui font de plus en plus de malades.

En pratique, les chercheurs imaginent répandre de l’hygromycine A dans la nature, par la voie d’appâts qui seraient ensuite ingérés par les tiques. « Avec son activité limitée contre les organismes non-spirochètes, elle constituerait un antibiotique cible idéal contre le réservoir de cette bactérie », estiment les auteurs de l’étude. Rien qu’en France, environ 50.000 personnes contractent la maladie de Lyme chaque année, selon les données épidémiologiques de Santé publique France, qui précise qu'« en 2019, 893 cas de borréliose de Lyme ont été hospitalisés en France ». Et  l’Alsace est l’une des régions où les tiques sont les plus présentes, et où l’incidence de la maladie de Lyme est l’une des plus fortes de l’Hexagone.

« C’est prometteur, mais attention à ne pas s’emballer »

« Cette étude est prometteuse, mais attention à ne pas s’emballer sur une annonce sensationnaliste, le métabolisme de souris et celui de l’homme sont différents, prévient le Dr Benjamin Davido. D’abord, on dispose depuis de nombreuses années de traitements antibiotiques efficaces contre la maladie, lorsque le diagnostic est posé rapidement après la morsure. Le problème porte sur les formes chroniques qui se sont installées en l’absence de diagnostic, et qui peuvent causer des paralysies partielles, des réactions nerveuses ou encore des douleurs articulaires. Dans ce cas, à l’image du Covid long, ce n’est probablement plus un problème infectieux : la bactérie – ou le virus – n’est plus présente dans l’organisme, mais des symptômes persistent au long cours. » Dans ce cas de figure, « les antibiotiques sont donc sans effets, mais cela n’a rien à voir avec l’antibiorésistance, c’est plus un problème de réaction du système immunitaire que de traitement de la maladie ».

Quant à l’éradication de la maladie de Lyme, « moins d’un tiers des tiques sont porteuses de Borrelia », tempère le Dr Benjamin Davido. Toutefois, « si la recherche permettait de nettoyer un écosystème porteur de micro-organismes infectieux en vidant son réservoir, ce serait une bonne nouvelle sur le terrain de la lutte contre les zoonoses (ces maladies nées de contacts entre les animaux et l’homme, à l’instar de Lyme ou du Covid-19), poursuit le Dr Davido. Et les travaux de ces chercheurs seront d’autant plus porteurs d’espoir si l’hygromycine A s’avérait efficace sur les autres maladies à spirochètes telles que la syphilis, qui est en résurgence et qui est difficile à traiter lorsqu’on est face à des formes latentes tardives ».