Contraception : Vasectomie, slip chauffant, hormones… Et si les hommes prenaient leur part ?

INFO "20 MINUTES" Selon une enquête exclusive #MoiJeune « 20 Minutes »-OpinionWay, 37 % des hommes 18-30 ans seraient prêts à recourir à une pilule contraceptive masculine remboursée

Oihana Gabriel
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Illustration d'une plaquette de pilules contraceptives pour femmes.
Illustration d'une plaquette de pilules contraceptives pour femmes. — Pixabay
  • Depuis quelques années, dans le sillage de #MeToo, la question de la charge contraceptive est passée dans le langage courant.
  • Au point que certains hommes se demandent comment éviter à leur compagne les désagréments et dangers d’une contraception.
  • La bande dessinée Les Contraceptés, résultat de trois ans d’enquête, répond à certaines questions. Et si l’on en croit la dernière étude #MoiJeune 20 Minutes-OpinionWay et les nombreux témoignages reçus, le sujet intéresse certains hommes.

Si le slip chauffant a longtemps été un sujet de blagues grasses, certains hommes prennent très au sérieux la question de la contraception. Notamment Guillaume Daudin et Stéphane Jourdain, deux amis journalistes qui se sont lancés dans une enquête sur la contraception masculine il y a trois ans. Pour accoucher, la semaine dernière, d’une bande dessinée : Les Contraceptés(éditions Steinkis).

Un ouvrage didactique qui devrait intéresser beaucoup de jeunes hommes, si l’on en croit une étude exclusive #MoiJeune20 Minutes-OpinionWay dont nous publions les résultats ce dimanche**. En effet, 90 % des membres de notre panel de jeunes âgés de 18 à 30 ans parlent facilement de contraception avec leur partenaire. S’ils se sentent bien informés sur la contraception féminine (74 %), ils se disent beaucoup moins renseignés sur la contraception masculine (44 %). Et très peu utilisent une autre contraception masculine que le préservatif.

« Par une forme de domination, les hommes peuvent ne pas s’en préoccuper »

L’ouvrage lève le voile sur l’apparition et le fonctionnement de l’anneau, sur les injections hormonales ou encore la vasectomie. Sous le crayon de Caroline Lee, on suit les tergiversations, rencontres et découvertes du duo. Jusqu’à la décision de Guillaume d’adopter l’anneau.

Pour lui, prendre en main sa contraception, c’est lutter contre le patriarcat de façon concrète. « Les femmes sont bien plus intéressées par ce qu’on écrit que les hommes !, déplore d’ailleurs le coauteur. La charge contraceptive, que les femmes portent seules, est financière, sanitaire, une préoccupation de l’esprit… Par une forme de domination, les hommes peuvent ne pas s’en préoccuper. C’est formidable que les femmes aient la maîtrise de leur fertilité, mais il ne faut pas que cette conquête devienne un fardeau. »

Contrairement à ce que beaucoup croient, la contraception masculine n’a pas fait du surplace ces dernières décennies… « Ce qui m’a le plus surpris, c’est de me rendre compte qu’il existait des méthodes de contraception masculine qui semblent marcher, mais dont on ne m’a jamais parlé, poursuit le journaliste à l’AFP. Dès 1939, des travaux évoquent la possibilité d’une contraception masculine. L’OMS a mené deux études de phase 2 sur plusieurs centaines de couples sur l’injection hebdomadaire de testostérone. Avec des résultats probants : c’est réversible, il n’y a pas de grossesse et les effets secondaires sont semblables à ceux éprouvés par les femmes sous hormones. »

Mais est-ce que les hommes accepteraient de subir ces désagréments ? Certains, oui : selon notre sondage, 37 % des hommes 18-30 ans seraient prêts à recourir à une pilule contraceptive masculine remboursée, même avec des effets secondaires équivalents à la pilule hormonale féminine. 22 % seraient d’accord pour faire une vasectomie, et 12 % à tester le slip chauffant.

Un tournant ?

La preuve que les choses évoluent sur la charge contraceptive ? « Je sens un frémissement, confirme Guillaume Daudin. L’inventeur de l’anneau me disait cet été qu’il en avait vendu 10.000 cette année. Un article dans la RTBF montrait récemment que les médecins, interrogés par des hommes, se retrouvent devant un dilemme : refuser de les accompagner ou accepter malgré le manque d’études. »

Car le problème, c’est que des options existent, mais aucune n’a vraiment bénéficié d’essai clinique. C’est un peu le serpent qui se mord la queue : les laboratoires estiment qu’il n’y a pas de marché car pas d’intérêt, mais les hommes intéressés ont besoin d’être rassurés avec des études… qui coûtent cher. « J’ai l’espoir que ça puisse évoluer, assure Guillaume Daudin. Si on perçoit une demande d’hommes, si on évoque ce sujet, peut-être que les pouvoirs publics, les laboratoires se diront que ça mérite une étude. Marlène Schiappa, qu’on a finalement interviewée, nous l’a dit : c’est un sujet qui intéresse. »

« La charge mentale de la contraception change de camp ! »

Un intérêt qui va au-delà d’un duo de journalistes. En effet, notre sondage dévoile que 8 vingtenaires sur 10 estiment normal de partager davantage la responsabilité et la charge mentale de la contraception. Et si l’on en croit les nombreux témoignages de lecteurs que 20 Minutes a compilés au-delà de cette enquête, certains hommes ne voient pas du tout la contraception masculine comme un fantasme.

« La charge mentale de la contraception change de camp ! », assure Bertrand, 34 ans. Cet internaute a été convaincu par l’anneau. « J’étais sceptique, mais je l’ai trouvé révolutionnaire : simple d’utilisation, efficace, naturel et réversible. » Seule contrainte : « Réaliser régulièrement un spermogramme pour s’assurer de l’efficacité de la méthode. Je ne comprends pas pourquoi on n’en parle pas plus et pourquoi les hommes ne se saisissent pas de ce sujet ! »

Yann, 27 ans, qui teste également l’anneau, soulève tout de même un problème. « Malgré les solutions qui pourraient être apportées pour la contraception masculine, la part de femmes contraceptées ne changera que peu, par manque de confiance dans son/ses partenaires. »

« Je me suis renseigné pour faire une vasectomie afin de prendre le relais »

Il y a cependant une autre méthode de contraception masculine qui évite ce genre de doutes, c’est la vasectomie, seule contraception masculine définitive (ou presque). Un sujet qui met mal à l’aise certains. « Lors de son passage chez un spécialiste de la vasectomie, Stéphane a failli s’évanouir », ironise Guillaume Daudin.

Cette option s’est pourtant imposée à plusieurs de nos internautes. Notamment Benjamin, 37 ans et père de trois enfants. « J’ai mis un peu de temps à me lancer, mais je ne le regrette pas. C’est ma femme qui m’a soufflé l’idée, car la pilule commençait à lui peser. Depuis, nous vivons une sexualité sans stress. De plus, l’arrêt de sa pilule lui a permis de retrouver une libido sans limite. » Même satisfaction pour Jérémy, 36 ans : « L’opération ne dure que quelques minutes et se passe sous anesthésie générale. On ne se rend pas compte de ce qui se passe et, au bout d’une journée, les douleurs ont quasiment disparu et cela ne perturbe en rien la sexualité. Il faut que les hommes se mettent un peu plus à la place des femmes et de ce qu’elles doivent subir pendant des années. »

Pour Guillaume, 37 ans, le choix a été relativement simple, la réalisation moins. « Je me suis renseigné pour faire une vasectomie pour prendre le relais. Mais c’est un véritable parcours du combattant : manque d’information, hôpitaux publics qui ne la pratiquent pas, clinique privée avec énormes dépassements d’honoraires non pris en charge par mutuelle… »

Le manque de sensibilisation

Au-delà des choix intimes à discuter au sein du couple, la question du manque de sensibilisation revient dans les témoignages. « On est deux à faire l’amour ! s’agace Jonathan, 30 ans. Mais ça serait mieux si, dès le plus jeune âge, on éduquait les garçons sur des moyens de contraception plus XXIe siècle que le préservatif. » Et Antoine, 34 ans, de s’étonner : « Pas une fois la vasectomie ou le slip chauffant ne m’a été proposé… »

* Les Contraceptés, Steinkis, 14 octobre 2021, 19 €.

** Etude #MoiJeune 20 Minutes – OpinionWay, réalisée en ligne du 12 et 13 octobre auprès d’un échantillon représentatif de 561 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).

Envie de participer ?

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MoiJeune », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes avec OpinionWay, en vous inscrivant ICI.