« Le cancer, c’est pas contagieux », rappelle Valérie-Ann Edmond-Mariette, autrice d’un guide pour accompagner les malades et leurs proches

TEMOIGNAGES Guérie d’un lymphome après cinq années de bataille, Valérie-Ann Edmond-Mariette veut aider tout un chacun à trouver les mots justes pour accompagner les malades, sans causer de peine

Sélène Agapé (texte) et Paul Blin-Kernivinen (vidéo)
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«Le cancer, c’est pas contagieux», rappelle Valérie-Ann Edmond-Mariette — 20 Minutes
  • Le 31 mai 2016, la vie de Valérie-Ann Edmond-Mariette est bouleversée lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’un lymphome de Hodgkin, un cancer du système lymphatique, à l’âge de 27 ans.
  • Elle entame un parcours du combattant vers la guérison, sans être épargnée par des réactions indélicates et des propos blessants.
  • Pour accompagner son entourage et tous ceux et celles qui ont un proche atteint d’un cancer, la Martiniquaise a créé un guide de « petites phrases », pour trouver les bons mots pour soutenir les personnes malades.

« T’as vraiment pas l’air malade ! », « tu as maigri »… Valérie-Ann Edmond-Mariette a eu droit à son lot de commentaires maladroits dans ce genre, après avoir appris être atteinte d’un lymphome de Hodgkin en stade intermédiaire 2, à l’âge de 27 ans, le 31 mai 2016.

Si dans sa bataille contre le cancer, elle a pu compter sur un noyau indéfectible de proches, elle a essuyé des pertes, même de personnes de son entourage qu’elle estimait fiable. La faute à des propos blessants, des attitudes peu bienveillantes ou des silences qui n’étaient vraiment pas d’or. « On peut gérer les réflexions indélicates d’étranger », explique la doctorante en histoire entre la Martinique et Paris.

Faire face à tous les préjugés

Elle se souvient par exemple de cette dame dans le bus qui lui demande de se lever parce qu’elle est « jeune et en bonne santé », alors que la jeune femme peine à tenir debout à cause de la chimiothérapie. Une séance tous les quinze jours, de quatre heures à l’hôpital, qui la vide de toute son énergie. « Mais c’est beaucoup plus difficile quand elles viennent de personnes proches qui savent qu’on est malade », regrette-t-elle.

L’an dernier, elle publie sur son compte Instagram à l’occasion d’Octobre rose, une série de « petites phrases » qui l’ont heurtée mais aussi celles qui l’ont réconfortée, durant son combat face à un adversaire pas toujours visible par les regards extérieurs. « Je voulais montrer comment une phrase banale peut être réellement violente », analyse la jeune femme, même lorsqu’elle reflète la peur de perdre un être aimé.

« Etre vrai avec la personne qui est malade »

« Le traitement du cancer passe aussi par l’environnement du malade », rappelle la thésarde. Avec ce guide – qu’elle aurait aimé offrir à sa famille il y a cinq ans –, elle espère accompagner les malades et leurs proches à trouver les mots justes pour parler du cancer, se réconforter et surtout traverser le tsunami provoqué par la maladie. « Avec très peu de mots, on peut soutenir quelqu’un qui est malade », relativise-t-elle, invitant ceux et celles qui le souhaitent à le partager et à l’enrichir de leurs propres expériences.

« Il faut avoir cette capacité à être vrai avec la personne qui est malade et à ne pas la considérer comme une pestiférée », confie-t-elle, aujourd’hui sereine. « Le cancer, a priori, ce n’est pas contagieux », rigole-t-elle. Le 8 avril 2021, le médecin lui a annoncé qu’elle était guérie. A 32 ans, elle entame son deuil du cancer, reconnaissante de l’avoir vaincu et se bat désormais pour valoriser l’histoire de son île, la Martinique.