Coronavirus : Manque de zinc et de sélénium… Les formes graves sont-elles favorisées par des carences alimentaires ?

VIRUS Selon une étude menée par des chercheurs belges, les patients Covid atteints de formes sévères présenteraient une carence en zinc et en sélénium

Anissa Boumediene
— 
Une carence en zinc et en sélénium pourrait être un facteur de risque de développer une forme grave de Covid-19, selon une étude menée par des chercheurs belges.
Une carence en zinc et en sélénium pourrait être un facteur de risque de développer une forme grave de Covid-19, selon une étude menée par des chercheurs belges. — Sergei Karpukhin/TASS/Sipa USA/SIPA
  • Dans le cadre d’une étude relayée par la presse belge et menée sur des patients atteints de formes graves du Covid-19, des chercheurs établissent un lien entre carence nutritionnelle et sévérité de la maladie.
  • Selon leurs conclusions, les patients Covid ayant développé une forme grave seraient carencés en zinc et en sélénium.
  • Deux oligo-éléments qui sont essentiels au bon fonctionnement du système immunitaire.

Pourquoi ne sommes-nous pas tous égaux face au Covid-19 ? Pourquoi certains ont-ils eu des formes peu graves similaires à un rhume ou à une grippe, quand d’autres ont développé des formes sévères qui les ont menées en réanimation ? Et si l’alimentation était un facteur de risques de forme grave ? C’est l’hypothèse envisagée par une équipe de chercheurs de l’Université de Gand, en Belgique, qui pourraient avoir mis au jour un lien entre une carence en nutriments essentiels et forme grave de coronavirus.

Selon cette étude relayée par la presse belge, une carence importante en zinc et en sélénium pourrait être un facteur aggravant. Par quel mécanisme ? Quels sont les effets de ces deux nutriments ? Et comment couvrir ces besoins au quotidien ?

Une carence retrouvée chez les patients étudiés

Dans le cadre de leur étude, les chercheurs belges ont recruté un échantillon de 138 patients Covid admis en 2020 à l’UZ Gand et l’AZ Jan Palfijn, deux hôpitaux de Gand, et ont procédé à l’analyse de leur sang. « Nous voulions vérifier le niveau de certains nutriments » , a indiqué le Pr Gijs Du Laing, coauteur de l’étude, au média belge HLN. L’équipe a ainsi découvert que « presque tous les patients qui finissaient par tomber gravement malades, ou même mourir à l’hôpital, présentaient une grave carence en sélénium et en zinc lors de leur admission », en particulier les populations âgées, a-t-il ajouté. « Nous savions, grâce à de précédentes études, que les personnes ayant des carences en certains nutriments tombaient beaucoup plus gravement malades avec certaines infections virales. Nous voulions savoir si c’était également le cas avec le Covid-19 ».

Dans le même temps, les chercheurs ont constaté que « les patients qui ne présentaient pas cette carence, ou chez qui elle était moins prononcée, ont plus souvent survécu et se sont rétablis plus rapidement. Ils sont tombés nettement moins gravement malades », a précisé le Pr Du Laing. Alors que des travaux scientifiques sur les effets de ces carences ont déjà été menés en Allemagne et en Chine, les auteurs de l’étude belges indiquent qu'« en Chine, on a déjà découvert que les régions où les gens ont suffisamment de sélénium dans le sang ont beaucoup moins de décès dus au Covid-19 ». En outre, selon les chercheurs, une carence importante en zinc ou en sélénium pourrait démultiplier les facteurs de risque de forme grave du Covid-19 des patients atteints de diabète, d’obésité ou de maladies cardiovasculaires.

Des nutriments impliqués dans la réponse immunitaire

« C’est une hypothèse plausible, parce que de telles carences peuvent causer des troubles de l’immunité. Il est toutefois assez rare d’être en déficit à la fois de zinc et de sélénium, donc si l’on constate cette double carence, il s’agit potentiellement de gens dénutris, a priori des personnes âgées », estime le Dr Laurent Chevallier, médecin nutritionniste et auteur de «  Je vis avec une maladie auto-immune » (éd. Marabout, 2020).

Mais par quel mécanisme ces nutriments peuvent-ils influer sur le risque d’avoir une forme grave du coronavirus ? « Le zinc et le sélénium sont des oligo-éléments qui sont stockés en infimes quantités dans l’organisme, mais qui jouent un rôle déterminant dans le bon fonctionnement du système immunitaire, explique Raphaël Grumann, nutritionniste et auteur de « Soulager le Covid-long »* (éd. Leduc). Il faut donc en apporter assez régulièrement à l’organisme : les cellules immunitaires ne vont pouvoir se développer qu’en présence de ces deux minéraux et d’autres éléments essentiels tels que les vitamines D et C, ou encore les protéines, qui vont concourir à la constitution des cellules immunitaires, notamment les lymphocytes ».

Ces deux oligo-éléments sont donc indispensables pour notre capacité à lutter contre les infections virales. « Or, dans le cas du Covid-19, un déficit immunitaire peut favoriser les formes graves : le corps n’a pas la capacité de réagir suffisamment rapidement et va être submergé par le virus, poursuit Raphaël Gruman. Lorsque le système immunitaire est performant, le corps a au contraire la capacité d’évacuer le virus et de ne pas déclencher de forme symptomatique, ou d’atténuer les symptômes et raccourcir leur durée. »

Assurer les apports journaliers, en particulier chez les personnes vulnérables

Alors, comment assurer ses apports journaliers en nutriments essentiels pour éviter d’être carencé ? « Pas la peine de se ruer sur les compléments alimentaires. Le plus souvent, une alimentation équilibrée suffit », rassure le Dr Chevallier. En pratique, « le zinc et sélénium sont surtout présents dans les aliments de la mer : les crustacés, poissons et fruits de mer, c’est la source principale la mieux absorbée par l’organisme, détaille Raphaël Gruman. On en trouve aussi dans les œufs et un peu dans les céréales complètes, mais en quantité assez faible. Alors qu’une portion de 100g de crevettes assure les besoins en zinc pour la semaine ».

Si les chercheurs belges ne sont pas en mesure d’affirmer que les patients de leur étude n’auraient pas développé de forme grave du coronavirus s’ils n’avaient pas souffert d’une importante carence en zinc et sélénium, ils préconisent toutefois une supplémentation chez les personnes vulnérables, notamment les seniors. Une prise en charge spécifique peut ainsi être mise en place. Le Dr Chevallier, qui a assuré le suivi nutritionnel de patients post-Covid, a pu constater que «  le coronavirus augmente le catabolisme : les patients déjà dénutris le sont encore plus après. Il a fallu leur prescrire une supplémentation large en vitamines, minéraux et oligo-éléments, ainsi qu’une alimentation enrichie en protéines ».

Et de manière préventive, « les personnes âgées qui peuvent avoir une alimentation carençante doivent être supplémentées en sélénium, zinc, vitamine D et C », insiste Raphaël Gruman. Et « pratiquer une activité physique permet de renforcer le système immunitaire, quel que soit son âge, ajoute le nutritionniste. Faire de la marche, des exercices de cardio souples comme l’aquagym ou le vélo d’appartement, ou monter les escaliers une fois par jour, c’est déjà bénéfique ».

* « Soulager le Covid-long, les solutions naturelles », de Raphaël Grumann, Editions Leduc, en librairie depuis le 12 octobre, 18,90 euros.