Montpellier : Stop smoking, la méthode inventée par une tabacologue pour arrêter de fumer par le jeu

ADDICTION A Montpellier, une tabacologue s’est associée à une association spécialisée dans le jeu de rôle pour traiter l’addiction à la cigarette de façon ludique

Jérôme Diesnis
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A la clinique Clémentville, à Montpellier, Barbara Rampillon (à g.) a développé un jeu afin d'aider les fumeurs à lutter contre leur addiction au tabac.
A la clinique Clémentville, à Montpellier, Barbara Rampillon (à g.) a développé un jeu afin d'aider les fumeurs à lutter contre leur addiction au tabac. — J . Diesnis / Agence Maxele Presse
  • Barbara Rampillon, tabacologue à Montpellier, propose un regard novateur sur l’addiction à la cigarette.
  • Elle revendique un taux de réussite de 46 % de patients qui arrêtent totalement de fumer, beaucoup d’autres diminuant de façon conséquente leur consommation.
  • « Ce n’est pas un remède miracle. On ne va pas arrêter de fumer parce qu’on utilise ce jeu. Mais c’est un outil supplémentaire », explique-t-elle.

Après des années de baisse continue, le tabagisme stagne en France. Alors que 57 % des fumeurs reconnaissent leur envie d’arrêter. Et pour beaucoup d’entre eux, sans trouver les moyens d’y parvenir.

A Montpellier, Barbara Rampillon, tabacologue à la clinique Clémentville, propose un regard novateur sur l’addiction à la cigarette. « On essaie d’intégrer des outils pour changer le cheminement de pensée vers la cigarette d’urgence », explique-t-elle. Cofondatrice de l’association Apie (Accompagner, partager, innover ensemble), elle a créé, avec Florian Marquet (directeur d’animation de Manoir du crime, une asso spécialisée dans les jeux de rôle), un jeu pour aider les fumeurs.

Un jeu conçu par et avec les patients

« Stop smoking a été conçu avec et par les patients. On travaille en conceptualisation, pas en ritualisation, avec un système de jeu, souligne-t-elle. On explique au patient que l’objectif est d’être serein, d’être en meilleure santé, d’être avec votre famille. L’objectif n’est pas d’arrêter de fumer. Ça, c’est un moyen. On essaie de déculpabiliser les patients. »

Dans ce jeu, l’objectif est d’utiliser la cigarette comme dernière carte d’urgence, quand ne peut pas faire autrement. Sans culpabilité. « Nous leur donnons de nouveaux outils avant d’aller vers la cigarette d’urgence. Plus vous en construisez votre expérience, plus vous irez sur la cigarette d’urgence, plus vous aurez de cartes d’expérience. Plus vous aurez d’expérience, plus vous aurez une carte d’expérience gold. Le but est de construire un maximum de cartes pour que la carte cigarette d’urgence n’ait pas d’intérêt pour le fumeur. »

« J’ai compris que ce n’était pas une course contre la montre »

« Je ne dois pas culpabiliser si je fume une cigarette. Psychologiquement, je ne vais pas la prendre pareil », écoute Alain. Fumeur depuis plus de trente-cinq ans, il lutte depuis plusieurs mois pour ne plus griller ses trois dernières cigarettes quotidiennes, qu’il considère aujourd’hui, comme « une récompense. J’ai compris que ce n’était pas une course contre la montre. On peut accepter que ça puisse prendre du temps. »

Le jeu développé par Barbara Rampillon et l’Apie est en phase de test auprès des professionnels. Il sera finalisé en novembre, en plein mois sans tabac. « On mélange mécanique pédagogique et mécanique de jeu, afin de créer un outil d’accompagnement pour les praticiens », reprend la formatrice, qui travaille au quotidien avec une petite équipe de professionnels de la santé, comme la psychologue Laurence Cottet. « Barbara intervient en première intention, poursuit-elle. Quand elle sent dans sa prise en charge qu’il y a quelque chose qui coince au niveau psychologique, elle discute avec le patient et ils conviennent alors l’un et l’autre s’il y a besoin de s’adresser à moi ».

Barbara Rampillon revendique un taux de réussite de 46 %. Grâce notamment à cette approche ludique : « Ce n’est pas un remède miracle. On ne va pas arrêter de fumer parce qu’on utilise ce jeu. Mais c’est un outil supplémentaire. »