Bronchiolite : Pourquoi les soignants alertent déjà sur une future épidémie ?

ENFANTS Après un hiver avec très peu de cas de bronchiolite par rapport aux années passées, les soignants craignent un effet rebond cet hiver, avec déjà des services anormalement chargés

Oihana Gabriel
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Illustration d'un bébé.
Illustration d'un bébé. — Pixabay
  • Dès le début octobre, les passages aux urgences et hospitalisations pour bronchiolites ont augmenté en France, ce qui fait craindre une épidémie longue et intense aux soignants.
  • Après dix-huit mois sous cloche, la population française a perdu en immunité. Or, le VRS, responsable d’une majorité de bronchiolites, est très courant et très contagieux.
  • Les pédiatres alertent sur cette hausse, qui devrait inviter les parents de nouveau-nés à redoubler de vigilance sur les gestes barrières.

Une respiration sifflante, une quinte de toux qui n’en finit plus, 39 °C de fièvre… En général, les parents redoutent ce genre de combo, qui coche les cases de la bronchiolite. Une pathologie courante, mais néanmoins inquiétante pour les moins de 2 ans. Or, après un hiver historique avec très peu de cas et d’hospitalisations, les chiffres sont à la hausse dès ce mois d’octobre. Une tendance qui inquiète les soignants.

Des indicateurs qui invitent à la vigilance

La bronchiolite est une affection virale respiratoire, majoritairement causée par le virus respiratoire syncytial (VRS), très courant et très contagieux. Elle touche chaque année en France 30 % des enfants de moins de 2 ans et représente la première cause d’hospitalisation en pédiatrie pendant l’hiver.

Mais, en général, les courbes s’affolent vers novembre. Or, cette pathologie s’est déjà nettement installée dans le paysage. Dès le 21 septembre, le point hebdomadaire de Santé publique France (SPF) montrait une hausse de +88 % des passages aux urgences pour bronchiolite chez les moins de 2 ans !  Dans son bulletin du 5 octobre, SPF prévient : « On retient un niveau de passages supérieur aux trois années antérieures pour la bronchiolite », avec entre le 27 septembre et le 3 octobre une hausse de 24 % des passages aux urgences, de 28 % des hospitalisations et 14 % des interventions de SOS médecins pour cette pathologie. Reste que SPF place seulement deux régions en phase préépidémique : le Grand-Est et les Hauts-de-France. « Nos services ne sont pas pleins, mais connaissent une activité inhabituelle », avertit Robert Cohen, président du Conseil national professionnel de pédiatrie.

« Les urgences pédiatriques sont déjà saturées !, alerte de son côté Christèle Gras Le Guen, présidente de la Société française de pédiatrie. Il est difficile de savoir si on est déjà en phase épidémique ou si la vague épidémique s’annonce plus intense. D’habitude, on a le temps d’anticiper pour ouvrir des lits supplémentaires. Là, on n’est pas prêts. On essaie de mobiliser les ARS, les directions d’hôpital, le cabinet d’ Olivier Véran. »

A l’hiver 2019-2020, certains nouveau-nés ont dû être hospitalisés à des kilomètres de leurs parents par manque de places en réanimation pédiatrique… Et la situation est aujourd’hui différente. « L’hiver dernier, les patients souffrant de bronchiolites ont été remplacés par un afflux de jeunes patients touchés par des troubles psychiatriques, reprend Christèle Gras Le Guen. La cohabitation entre ces derniers et des patients souffrant des épidémies hivernales s’annonce compliquée… »

Un effet rebond ?

L’une des explications de cet afflux précoce, c’est que l’épidémie de bronchiolite 2020-2021 a été bien plus faible que les hivers passés : 33.971 passages aux urgences des moins de 2 ans l’hiver dernier ont concerné cette pathologie, contre 56.427 l’hiver précédent. Et les hospitalisations sont restées faibles, même en décembre 2020, pic habituel. Ce qui n’a pas échappé au conseil scientifique, qui avertit dans son avis du 5 octobre que « cette circulation minimale observée entraîne un risque de circulation du virus pour les enfants non immunisés lors de l’épidémie 2020-2021, ainsi que pour les enfants qui vont naître entre maintenant et le second mois de la circulation du virus. Il convient donc d’anticiper que la taille de l’épidémie VRS sera plus importante cet hiver en comparaison des hivers précédents, notamment si elle est décalée en janvier ou en février 2022. »

Schéma dévoilant les cas et hospitalisations dus à la bronchiolite ces trois dernières années.
Schéma dévoilant les cas et hospitalisations dus à la bronchiolite ces trois dernières années. - Surveillance de la bronchiolite / Santé Publique France

Cette crainte s’appuie sur un signal venu de l’autre bout du monde. Direction l’Australie, où la politique du Zéro Covid a eu un effet inattendu : pendant leur été austral, à savoir notre hiver, les cas de bronchiolites ont explosé. Dans la région de Brisbane, entre janvier et mars 2021, un total de 2.251 personnes ont contracté la bronchiolite, contre 591 cas l’année précédente.

« Il y a toute une génération, née entre le printemps 2020 et le printemps 2021, qui n’a pas rencontré la bronchiolite », reprend Christèle Gras Le Guen, pédiatre au CHU de Nantes. « Tout ça était prévisible du fait de la dette immunitaire liée aux mesures prises contre le Covid, néanmoins nécessaires », assure Robert Cohen. Même si ce ne sont que les enfants de moins de 2 ans qui sont gravement atteints ? « Si le VRS touche les enfants et les adultes, il n’est grave que chez les moins de 6 mois et les personnes très âgées. Il fait partie des virus “obligatoires”, qu’on attrape plusieurs fois [au cours de sa vie], parfois la même année. Or, l’ensemble de la population a perdu ses anticorps, et c’est cela qui crée des situations propices aux épidémies. Comme ce sont les enfants qui expriment le “mieux” cette dette immunitaire, ce sont les services de pédiatrie qui sont touchés. » Mais cette « dette immunitaire » s’applique à toutes les épidémies hivernales...

Comment éviter l’embouteillage ?

Le virus de la bronchiolite se transmet par les éternuements, la toux, les mains et les objets souillés par une personne infectée. Sans surprise donc, les gestes barrières sont les mêmes pour le Covid-19, la gastro, la grippe et la bronchiolite. En cas de forte épidémie, les pédiatres invitent à renforcer les gestes barrières, seule protection en l’absence de vaccin contre cette pathologie. Pas pour toute la population, lassée des contraintes, mais pour les parents, grands-parents et assistantes maternelles en lien avec les nourrissons. « L’année dernière, à cette période, les enfants étaient en collectivité et ils n’avaient pas de masque, rappelle Christèle Gras Le Guen. Ce qui a été déterminant dans cette faible circulation de la bronchiolite, c’est l’attitude des adultes. » Voilà pourquoi porter un masque quand on est enrhumé, se laver les mains très régulièrement, éviter les lieux bondés avec un nouveau-né est toujours recommandé. « Compte tenu de la saturation des urgences, il faut que les familles ne viennent que sur indication médicale ou alors pour les bébés de moins de 3 mois », ajoute la pédiatre.

« Il faut également vérifier que les enfants aient bien reçu les vaccins obligatoires, renchérit Robert Cohen. Pas question d’avoir des méningocoques, des coqueluches… » D’autant que, avec le Covid, certains vaccins ont pu passer à l’as.

« C’est le moment de se poser la question de faire le vaccin contre la gastro », ajoute sa collègue pédiatre. Un vaccin recommandé, mais pas obligatoire. Le rotavirus, responsable de la gastro-entérite, provoque 30.000 consultations aux urgences et 14.000 hospitalisations d’enfants de moins de 3 ans par an. « On a pris conscience du degré de fatigue des hospitaliers, conclut Robert Cohen. Est-ce qu’on peut se permettre une augmentation de la surcharge dans les services de pédiatrie cet hiver ? »