Coronavirus : Pourquoi confinement et couvre-feu sont-ils très peu probables pour cet hiver 2021 ?

EPIDEMIE Selon les dernières modélisations de l'Institut Pasteur, il ne devrait pas y avoir de saturation des hôpitaux en France dans les prochains mois 

Jean-Loup Delmas
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Un hiver aussi dramatique que celui de 2020 est très peu probable pour cette année
Un hiver aussi dramatique que celui de 2020 est très peu probable pour cette année — Pixabay
  • Si la France a vécu un hiver 2020 éprouvant sur le front du coronavirus, cela ne devrait pas être le cas en 2021.
  • Dans ses dernières modélisations, publiées ce vendredi, l’Institut Pasteur juge peu probable un nouveau confinement ou même un couvre-feu.
  • Optimisme déraisonnable ou fait quasi avérée ?

Sur le front du coronavirus, il est souvent imprudent de sortir le champagne trop tôt et de déclarer que le plus dur est derrière nous. Qui aurait imaginé un confinement en France en mars 2020, qui aurait pu prévoir qu’il y aurait une seconde vague à l’automne  encore plus meurtrière que la première, ou qu’un troisième confinement serait décrété en avril 2021, alors que les températures remontaient pourtant et que les mois charnières de janvier à mars étaient passés ?

C’est donc avec une prudence avertie que l’Institut Pasteur a annoncé ses prévisions pour cet hiver. Il n’empêche, malgré toute l’imprévisibilité qu’a pu avoir l’épidémie, les chercheurs se montrent optimistes. Leurs dernières modélisations, publiées ce vendredi, estiment que «  la couverture vaccinale élevée » en France et le maintien des gestes barrières devraient permettre d’éviter dans les prochains mois une « reprise importante de l’épidémie, même lorsqu’on prend en compte le refroidissement des températures », et donc de ne pas connaître à nouveau « des mesures très contraignantes type couvre-feu ou confinement ».

Vague à l’anglaise

Un optimisme que partage Mahmoud Zureik, praticien hospitalier en épidémiologie et en santé publique, particulièrement sur la prévention des formes graves : « Même s’il y a une reprise à court terme des cas, dans les 2-3 mois à venir, il n’y aura pas un nombre de décès et d’hospitalisations aussi importants que ce qu’on a connu lors des trois premières vagues », en raison de la vaccination massive en France. Ce samedi, 73,2 % de la population affichait un schéma vaccinal complet, dont 85,1 % des personnes éligibles au vaccin – âgées d’au moins 12 ans.

Toutes les études le confirment : le vaccin prévient plus de 90 % les formes graves et les décès. En conséquence, même si l’épidémie venait à remonter, le nombre d’hospitalisation serait cette fois décorrélé du nombre de cas. Autrement dit, on pourrait subir une nouvelle vague sans saturer les hôpitaux ou compter plusieurs centaines de décès quotidiens – soit les deux raisons qui ont poussé aux mesures les plus restrictives, tel le confinement et le couvre-feu. C’est ce que vit  le Royaume-Uni actuellement, avec 35.000 nouveaux cas en moyenne par jour, chiffre en hausse, pour « seulement » 107 décès quotidiens. La dernière fois que le pays comptait 35.000 cas par jour en hausse, le 25 décembre 2020, 522 décès en moyenne étaient recensés chaque jour. Et encore, la France est plus vaccinée que le Royaume-Uni, et actuellement elle compte seulement 4.500 cas par jour et reste en décrue, même si la baisse des cas ralentit fortement.

Rester sous surveillance

Si elle veut mettre toutes les chances de son côté, la France a tout intérêt à poursuivre la vaccination de ses personnes les plus fragiles. Le pays compte encore 10,5 % de ses plus de 75 ans non-vaccinés, tout comme 9,1 % des 60-74 ans, soit les âges les plus susceptibles de subir des formes graves ou des décès. L’épidémiologiste Antoine Flahault confirme le diagnostic : « Il reste des poches de non-vaccinés trop importantes chez des segments à risque de la population. Il faudrait se rapprocher rapidement des taux de vaccination des personnes âgées du Portugal ou de l’Espagne. »

L’Institut Pasteur prévient d’un risque en cas de relâchement des gestes barrières, que confirme Mahmoud Zureik : « Il faut tout de même faire attention à ne pas relâcher totalement les gestes barrières, comme le port du masque en lieu clos ou à l’école… Heureusement le pass sanitaire est encore d’actualité au moins jusqu’au 15 novembre. »

Cap sur 2022

Et parce qu’on n’est jamais trop prudents, a fortiori avec cette épidémie, Antoine Flahault conseille de mieux gérer la qualité de l’air en France : « Il faut investir davantage en France sur la ventilation – capteur de CO2, purificateurs d’air –, car la transmission de ce coronavirus est quasi exclusivement par voie aérosol en milieu clos, bondé et mal ventilé où l’on passe plusieurs heures : salles de classe, cantines, locaux open spaces et restaurants d’entreprise, transports publics… »

Avec ou sans ces mesures de sécurité renforcée, et à moins de l’apparition d’un nouveau variant, l’hiver devrait donc normalement se dérouler sans trop de casse en France. De quoi décréter la victoire contre le coronavirus et s’apprêter à vivre une paisible année 2022 ? Il serait bien trop tôt pour le dire. « Nous ne pensons pas que l’on soit capable de prédire si loin dans l’état actuel de développement de la modélisation mathématique des épidémies », concède Antoine Flahault. Si l’hiver devrait être sûr, l’avenir, lui, reste incertain.