Coronavirus : Bientôt une troisième dose de vaccin pour tout le monde ?

VACCINATION Si on en croit la Haute Autorité de santé, ce n’est plus qu’une question de mois avant que le rappel vaccinal soit autorisé pour toute la population

Rachel Garrat-Valcarcel
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Un panneau pour le rappel vaccinal, à Nice.
Un panneau pour le rappel vaccinal, à Nice. — SYSPEO/SIPA
  • La Haute Autorité de santé (HAS) a recommandé ce mercredi une troisième dose de vaccin pour les « soignants, transports sanitaires et professionnels du secteur médico-social ».
  • Un rappel est déjà recommandé pour les résidents des Ehpad et les personnes immunodéprimées.
  • La généralisation de cette recommandation à l’ensemble de la population ne semble plus très loin.

La troisième dose de vaccin anti-coronavirus sera bientôt une réalité pour plus de 20 millions de Français et de Françaises, si on en croit les dernières recommandations de la Haute autorité de santé (HAS). Ce mercredi, l’organisme a recommandé un rappel de vaccin pour les « soignants, transports sanitaires et professionnels du secteur médico-social ». Il a été suivi par le gouvernement. 

Le dernier avis de la HAS ouvre désormais la porte à un rappel plus global de la population, devant la perte d’efficacité des vaccins au bout d’environ six mois. Va-t-on tous recevoir une troisième dose de vaccin ? 20 Minutes fait le point.

Où en est-on aujourd’hui sur la 3e dose ?

Avant aujourd'hui, certaines populations étaient déjà éligibles à une troisième dose de vaccin en France. Au total, 18 millions de personnes : les plus de 65 ans, les personnes à risque comme les obèses et les diabétiques… Quatre millions de personnes supplémentaires vout être concernées en plus avec la recommandation de la HAS : les personnels soignants et l’entourage des personnes immunodéprimées.

Difficile pour le moment de donner un nombre précis de personnes effectivement vaccinées une troisième fois. Grace au site Vaccin tracker, qui compile les données de Santé publique France, on sait seulement que depuis trois semaines il y a en moyenne 40.000 injections par jour. Au moins un million de personnes auraient donc déjà reçu la fameuse troisième dose de vaccin.

Une troisième dose pour tous et toutes est-elle justifiée scientifiquement ?

Tout dépend de l’objectif poursuivi. Si l’on cherche à limiter les cas graves, Michaël Rochoy, médecin spécialiste en épidémiologie interrogé par 20 Minutes, doute de la pertinence de la troisième dose. « Le gain sera probablement mineur, et encore plus pour les moins de 65 ans », pense-t-il. En revanche, ce rappel peut être intéressant si l’objectif est d’abaisser les risques de contaminations, car les études montrent effectivement une baisse de l’immunité quatre à six mois après la dernière dose de vaccin.

Dans le but de lutter contre les contaminations, la troisième dose pour les personnels soignants paraît en revanche tout à fait justifiée, pour le médecin. « Il faut faire baisser les transmissions dans ce qu’on pourrait appeler les nœuds de contamination. Les lieux de soin en sont. Dans ce contexte, le rappel vaccinal pour les soignants pourrait faire baisser le R0 », (le taux de reproduction du virus).

Quand le rappel pourrait-il être mis en place ?

La HAS ouvre la porte à une troisième dose pour tous et toutes dans son dernier avis mais reste très floue sur le « quand » : « Dans les mois qui viennent », indique-t-elle. Si c’est la ligne des six mois après la dernière dose de vaccin qui compte, celle-ci arrive par exemple bientôt pour les plus de 55 ans qui ont pu se vacciner dès le 12 avril (et recevoir une deuxième dose trois semaines ou un mois plus tard).

Toutefois, les centres de vaccination dans lesquels ont eu lieu la majeure partie des premières et deuxièmes injections sont en train d’être démantelés afin de rendre notamment des gymnases à leur première destination. « Les centres étaient pertinents quand on avait peu de doses. Ça n’avait pas de sens de livrer un flacon de vaccin toutes les trois semaines à des médecins. Il valait mieux en livrer beaucoup dans peu d’endroits », estime Michaël Rochoy, qui ne voit là aucun obstacle à l’injection d’une troisième dose. Le médecin interrogé par 20 Minutes pense que cette éventuelle troisième dose pourrait très bien être réalisée par des médecins généralistes ou dans des pharmacies.

Une troisième dose dans les pays développés, un problème pour les pays pauvres ?

Depuis le début des campagnes de vaccination dans la plupart des pays riches, l’OMS ne cesse de rappeler qu’il ne faut pas oublier les pays pauvres, moins bien dotés en doses de vaccin. Ce fut peine perdue quand l’organisme international a demandé de privilégier les pays les moins avancés par rapport aux moins de 18 ans dans les pays riches. On se dirige vers le même schéma pour la troisième dose. Il y a seulement un mois, le directeur de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, réaffirmait ne pas souhaiter « voir une utilisation généralisée des doses de rappel pour les personnes en bonne santé qui sont entièrement vaccinées ».

Pour Michaël Rochoy aussi la priorité devrait être de vacciner les pays les moins favorisés. Pour une raison d’abord « humaine » : « Le risque est que l’épidémie galope dans ces pays où la couverture vaccinale est non seulement moins bonne mais la capacité de soins aussi beaucoup moins importante. Donc avec un taux de mortalité bien plus élevé. »

Et également pour une raison plus « égoïste » : laisser circuler le virus ailleurs, c’est prendre le risque de voir se développer un nouveau variant, possiblement plus résistant aux vaccins. « C’est pour l’instant de la science-fiction, mais c’est un risque qui existe », rappelle le médecin.