Afrique : L'OMS recommande un déploiement massif du premier vaccin antipaludique chez les enfants

MALADIE Le vaccin antipaludique était particulièrement attendu pour les enfants, car il pourrait sauver des dizaines de milliers de vies

M.F avec AFP
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Dans cette photo d'archive du mercredi 11 décembre 2019, un bébé du village malawien de Tomali reçoit une injection du premier vaccin au monde contre le paludisme dans le cadre d'un programme pilote.
Dans cette photo d'archive du mercredi 11 décembre 2019, un bébé du village malawien de Tomali reçoit une injection du premier vaccin au monde contre le paludisme dans le cadre d'un programme pilote. — Jerome Delay/AP/SIPA

« C’est un moment historique », a déclaré le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, alors que l’Organisation mondiale de la santé a recommandé mercredi le déploiement massif du premier vaccin antipaludique chez les enfants vivant en Afrique subsaharienne et dans des zones à risque.

« L’utilisation de ce vaccin, en plus des outils existants pour prévenir le paludisme, pourrait sauver des dizaines de milliers de jeunes vies chaque année », a-t-il ajouté, précisant qu’il s’agissait d’une « percée pour la science, la santé infantile et la lutte contre le paludisme ». Selon l’OMS, un enfant meurt toutes les deux minutes dans le monde de cette maladie très ancienne, signalée dès l’Antiquité et qui se manifeste par de la fièvre, des maux de tête et des douleurs musculaires puis par des cycles de frissons, fièvre et sueurs.

260.000 enfants de moins de 5 ans meurent chaque année

Le « RTS, S » est un vaccin qui agit contre un parasite (Plasmodium falciparum) transmis par les moustiques, le parasite le plus mortel à l’échelle mondiale et le plus prévalent en Afrique. Pour l’Afrique, où le paludisme tue plus de 260.000 enfants âgés de moins de 5 ans chaque année, ce vaccin est synonyme d’espoir, d’autant que les craintes d’une résistance du paludisme aux traitements augmentent.

« Pendant des siècles, le paludisme a hanté l’Afrique subsaharienne, causant d’immenses souffrances personnelles », a déclaré le Dr Matshidiso Moeti, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique. Au total, cinq espèces de parasites du genre Plasmodium, tous transmis par les piqûres de moustiques, sont responsables de cette maladie. Le Plasmodium falciparum est l’espèce la plus pathogène et responsable des cas mortels. « Nous avons longtemps espéré un vaccin antipaludique efficace et maintenant, pour la première fois, nous avons un vaccin recommandé pour une utilisation généralisée », a-t-il ajouté.

Le « RTS, S », seul vaccin efficace

Depuis 2019, trois pays d’Afrique subsaharienne, le Ghana, le Kenya et le Malawi, ont commencé à introduire le vaccin dans des régions sélectionnées où la transmission du paludisme est de modérée à sévère. Deux ans après le début de ce premier test grandeur nature au monde, 2,3 millions de doses de vaccin ont pu être administrées.

Fabriqué par le géant pharmaceutique britannique GSK, le « RTS, S » est le premier vaccin, et le seul jusqu’à présent, ayant montré une efficacité pour réduire significativement le nombre de cas de paludisme, y compris de paludisme grave menaçant le pronostic vital, chez les enfants.

Les formes graves réduites de 30 %

Les résultats du projet pilote de vaccin ont montré qu’il « réduit considérablement le paludisme sous sa forme grave de 30 % », a déclaré Kate O’Brien, directrice du département Vaccination à l’OMS. En mai 2018, les autorités nationales de réglementation du Ghana, du Kenya et du Malawi ont autorisé son utilisation dans les zones pilotes. Selon l’OMS, les essais cliniques de phase 3 ont démontré que le vaccin, lorsqu’il est administré en quatre doses, prévient 4 cas de paludisme sur 10, et 3 cas sur 10 de paludisme grave menaçant le pronostic vital.

Mais avant un déploiement massif, la prochaine étape majeure sera celle du financement. L’Alliance du vaccin a annoncé qu’elle allait examiner, avec les autres acteurs concernés, « si et comment financer un nouveau programme de vaccination contre le paludisme dans les pays d’Afrique subsaharienne », dans un communiqué publié après l’annonce de l’OMS.

D’autres vaccins dans les prochaines années ?

L’année 2021 a été marquée par plusieurs avancées importantes dans le combat contre le paludisme, une maladie pourtant négligée durant des années par les laboratoires pharmaceutiques et la recherche. Un vaccin candidat développé par l’université d’Oxford, Matrix-M, avait suscité l’espoir en avril, affichant une efficacité jusqu’ici inégalée de 77 % lors d’essais de phase II. Il pourrait être homologué sous deux ans.

En juillet, le laboratoire allemand BioNTech a indiqué vouloir appliquer la technologie prometteuse de l’ARN messager, utilisée pour son vaccin pionnier contre le Covid-19 avec Pfizer, au paludisme en lançant, l’an prochain, des essais pour un vaccin. L’OMS espère également que cette dernière recommandation encouragera les scientifiques à développer d’autres vaccins contre le paludisme.

Le RTS, S est « un vaccin de première génération, très important, a déclaré Pedro Alonso, directeur du programme de lutte antipaludique de l’OMS, mais nous espérons (…) qu’il incitera les chercheurs à rechercher d’autres types de vaccins pour compléter ou dépasser celui-ci. »