Sexualité, continence, sport... « On a tous intérêt à prendre soin de notre périnée », selon Princesse Périnée

INTERVIEW Sabrina Fajou, alias Princesse Périnée sur Instagram, signe « In périnée we trust », un ouvrage qui révèle au grand public tous les secrets du périnée

Propos recueillis par Anissa Boumediene
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Se retenir fréquemment d'uriner est une mauvaise habitude qui n'est pas sans risque pour la santé.
Se retenir fréquemment d'uriner est une mauvaise habitude qui n'est pas sans risque pour la santé. — Kerplode / Pixabay
  • Kinésithérapeute et ostéopathe, Sabrina Fajou s’est spécialisée dans la rééducation abdomino-périnéale.
  • Après avoir créé le compte Instagram Princesse Périnée, elle signe aujourd’hui l’ouvrage In périnée we trust, dans lequel elle aborde le rôle que joue notre périnée au quotidien.
  • Impact sur la sexualité, mauvaises habitudes et bons réflexes, elle livre à 20 Minutes les secrets du périnée.

Quand on entend le mot périnée, on pense généralement à la rééducation post-partum que doivent suivre les femmes après avoir accouché. Ou à l’incontinence urinaire qui peut survenir avec l’âge. Et souvent, on n’en sait pas beaucoup plus. C’est ce qu’a constaté Sabrina Fajau, kinésithérapeute et ostéopathe. « Comme souvent avec les sujets de santé tabous, il y a peu de ressources fiables facilement accessibles », explique celle qui a décidé de se spécialiser en rééducation abdomino-périnéale et a lancé le compte Instagram Princesse Périnée « pour parler de prévention périnéale et de santé de la femme de manière décomplexée ».

Le périnée joue pourtant un rôle important dans notre quotidien, de notre pratique sportive à la sexualité. Alors, Sabrina Fajau passe aujourd’hui à l’étape suivante et signe In périnée we trust* (éd. First), un ouvrage dans lequel tout le monde peut découvrir les clés pour s’assurer un périnée en bonne santé.

Pourquoi sommes-nous si peu informés sur notre périnée, et quelles conséquences cette méconnaissance a-t-elle ?

Tout le monde a un périnée : les femmes, les enfants et les hommes. Mais beaucoup n’en ont pas conscience, certains ne savent même pas ce que c’est. C’est un sujet qui touche à l’intimité, à la sexualité, à la continence, au rapport au corps : autant de problématiques tabous que l’on n’aborde pas facilement. Longtemps, le nerf pudendal, qui innerve le périnée, a même été appelé le « nerf honteux » dans les livres de médecine. Et comme personne n’en parle, on n’en prend pas soin. Ce qui laisse de nombreux patients en errance thérapeutique et des soignants qui peuvent manquer de formation sur cette problématique.

Comment prendre conscience de son périnée ?

Le plus souvent, on est assis dessus ! Les organes génitaux externes sont placés sur le périnée, c’est là que se passent la miction et la défécation. Mais il joue également un rôle important dans la pratique sportive, pour les hommes comme pour les femmes : bien engager son périnée et ses muscles abdominaux permet d’augmenter la force, que ce soit pour pousser dans une mêlée de rugby, pour faire des squats avec charge ou encore pour faire de l’escalade.

Et quelles sont les plus mauvaises habitudes que l’on a au quotidien et qui mettent à mal notre périnée ?

Cela se passe notamment aux toilettes. On entend parfois que pour prendre conscience de son périnée, il faut s’arrêter en pleine miction. Eh bien le stop pipi, c’est interdit, c’est très mauvais. Quand on bloque la miction, le muscle de la vessie (le détrusor) ne sait plus comment réagir, cela peut entraîner un reflux d’urine et causer des infections. Se retenir des heures n’est pas bon non plus : le périnée n’est jamais détendu. Cela cause des douleurs, et plus rarement, peut conduire à des infections remontant jusqu’aux reins.

On évite également le pipi en squat haut, lorsqu’on ne s’assied pas par peur que la lunette des toilettes soit sale : dans cette position où l’on a les fesses contractées, le périnée n’est pas détendu, on force avec les abdos, et cela dérègle la vessie. De même, il faut aussi éviter le « pipi sécurité », celui qu’on se force à faire parce qu’on a trois heures de route à faire avec les enfants : on pousse alors qu’on ne devrait pas, et on ne laisse pas la vessie se détendre alors qu’elle peut contenir jusqu’à un demi-litre de liquide.

Et c’est pareil pour la défécation : beaucoup de gens ont tendance à se forcer à aller aux toilettes et à trop pousser, pensant que cela leur évitera d’y aller à un moment moins opportun. Or, cela a des effets délétères sur leur périnée. Physiologiquement, le sphincter anal est censé s’ouvrir, et non descendre. Mais si on ne le laisse pas correctement s’ouvrir et que l’on pousse trop, à la longue, la pression exercée sur le périnée peut causer un prolapsus, c’est la descente d’organes.

Comment prendre soin de son périnée ?

Cela passe par la prévention et l’information. Apprendre à aller correctement aux toilettes devrait faire partie de l’apprentissage de la continence dès l’enfance : ne pas se forcer, ne pas trop pousser. Et puisque nos toilettes sont généralement trop hautes, une chose simple et efficace à faire est de placer un marchepied devant nos toilettes, pour avoir une position davantage accroupie qui facilite la défécation sans trop solliciter le périnée.

Un périnée qui va bien, c’est un périnée dont on ne s’occupe pas. Mais comme pour le reste du corps, la pratique d’une activité physique est recommandée pour un périnée en bonne santé.

Quel rôle le périnée joue-t-il dans la sexualité ?

Il a des effets, que l’on soit un homme ou une femme. Chez les hommes, cela permet d’améliorer l’aisance sexuelle, de mieux maîtriser leur bassin et leur érection.

Et pour les femmes, il est au moins aussi important. S’il est en bonne santé, il améliore également l’aisance sexuelle. Il est important de prendre conscience qu’il n’est pas normal d’avoir mal durant les rapports sexuels : c’est une zone qui réagit aux stimuli psycho émotionnels, et de la même manière que lorsqu’on est stressé, on serre les dents, on serre aussi le périnée.

Comment savoir si on a un problème de périnée et que l’on doit consulter ?

La première chose à savoir, c’est qu’une seule goutte échappée, c’est déjà une fuite urinaire et ce n’est pas normal. Ensuite, si l’on a des douleurs pelviennes, que l’on souffre de constipation chronique, que l’on n’arrive pas à retenir les gaz ou les autres matières, c’est que l’on a besoin de consulter. Heureusement, de plus en plus, les patients entreprennent cette démarche et bénéficient d’une rééducation adaptée à leur pathologie.

Vous consacrez tout un chapitre de votre livre au « body positive ». Pourquoi aborder cette thématique dans un ouvrage sur le périnée ?

Les pathologies périnéales ont un caractère tabou, elles touchent à la sexualité, et sont associées à l’idée que quand on n’est plus continent, on est vieux. Tout cela vous porte un coup, avec l’idée que notre corps nous lâche, qu’il est moins désirable.

Il y a des pathologies périnéales dues à des épisodes de vie psycho émotionnels qui vont impacter le périnée. Et inversement, des pathologies périnéales qui vont impacter l’estime de soi : quelqu’un qui aime courir et qui a des troubles de la continence, si on lui dit – par méconnaissance – qu’il faut mettre des couches, l’impact psychologique est dévastateur. Or, on ne rééduque pas que des périnées, mais des personnes, ce qui implique une approche globale et bienveillante. Une fois qu’on a rééduqué son périnée, il faut redonner confiance aux patients et qu’ils ne se sentent plus dégradés.

In périnée we trust. Sport, sexualité, maternité : transformez votre vie avec un périnée en bonne santé, de Sabrina Fajou, Editions First, en librairie depuis le 30 septembre, 16,95 euros.