PMA pour toutes : « Cette loi est loin d’être applicable »… Les femmes célibataires et lesbiennes se heurtent à des délais importants

MATERNITE Maintenant que la PMA pour toutes est réellement un droit en France, nos internautes partagent leurs espoirs déçus quelques jours après la parution des décrets

Oihana Gabriel
— 
Illustration d'une chambre pour un bébé.
Illustration d'une chambre pour un bébé. — Pixabay
  • Le 28 septembre, la parution des décrets encadrant la PMA pour toutes ouvrait le droit aux femmes homosexuelles et célibataires de bénéficier d’un accompagnement médical remboursé en France.
  • Si certaines ont décidé de se lancer dans l’aventure ou de continuer leur projet d’avoir un enfant en France plutôt qu’à l’étranger, beaucoup disent leur amertume face aux délais, qui mettent leurs chances de tomber enceinte en péril quand elles se rapprochent de la quarantaine.
  • Certaines choisissent donc de poursuivre leur projet à l’étranger, où les délais sont plus limités et les dons de sperme rémunérés.

« La France avance, mais très lentement, dommage… », regrette Aurélie, 35 ans. Elle s’était lancée en solo dans une procréation médicalement assistée (PMA) à l’étranger, lassée d’attendre que la loi ne change en France. Et malgré la parution le 28 septembre des décrets rendant la PMA pour toutes une réalité, elle n’a rien changé à ses plans. C’est le cas de beaucoup de nos lectrices. Elles nous ont confié leur joie, mais surtout leur déception face à un nouveau droit pour le moment peu accessible.

« Le rendez-vous avec la biologiste du Cecos est programmé en mars 2022 »

Après des années de tergiversations et deux ans de navette parlementaire, la loi de bioéthique a été votée début août. Il a ensuite fallu attendre la parution au Journal Officiel des décrets précisant certains éléments (notamment l’âge maximum pour le prélèvement d’ovocytes, 43 ans). Et depuis près d’une semaine donc, les centres d’assistance médicale à la procréation peuvent accompagner des couples de femmes et des femmes solo. Problème : ils sont déjà sous l’eau.

Les délais d’attente pour les couples déjà lancés dans un projet de PMA avoisinent une année dans les hôpitaux publics. Et avec cette demande supplémentaire, les délais risquent d’exploser. « Nous sortons du CHU de Toulouse, réagit Marie, 38 ans. Le rendez-vous avec la biologiste du Cecos est programmé en mars 2022. Et pourtant mon dossier médical est complet, donc logiquement, aucune raison médicale ne justifie d’attendre, sauf le manque de moyens ! »

« Cette loi est bien loin d’être appliquée et applicable »

Comme d’autres, Audrey, 38 ans, s’est lassée d’attendre. « J’ai suivi de près l’avancée, les rétropédalages, le ping-pong incessant entre l’Assemblée et le Sénat, les modalités… Et j’ai fini par me résigner et ne plus vouloir attendre quoi que ce soit de mon pays » Direction la Belgique. « L’aventure a démarré le 7 juin 2021 à 3 heures de route de chez moi. J’ai rencontré au CHU de Liège des gens formidables, qui m’ont accompagné dans mon projet et de manière très rapide. »

Elle a commencé dès septembre la stimulation ovarienne, puis le 17 la ponction ovarienne, le 20 le transfert. « J’ai perdu ce premier combat, puisque la FIV a été un échec. Le coup a été dur, mais j’ai tout de suite voulu rebondir, alors j’ai contacté les centres de PMA autour de chez moi. Et les mêmes réponses me sont revenues : malgré le décret, les choses sont bien loin d’être possibles, et ils ne savent même pas s’ils pourront ouvrir des rendez-vous pour les femmes seules ou en couple de femmes l’année prochaine. Cette loi, malgré le fait qu’elle soit désormais sur papier, est bien loin d’être appliquée et applicable. Et bon nombre de femmes dans mon cas, seules et avec ou sans problème de fertilité, n’auront plus l’âge d’être prises en charge. »

« Il y a beaucoup d’attente, nous sommes mal renseignées, mal orientées »

Ce souci de l’horloge biologique est partagé par nombre de nos internautes. « Cela fait déjà trois ans que je me suis lancée dans une PMA en solo en Espagne, dévoile Jessica, 36 ans. J’attends beaucoup de l’ouverture de la PMA en France, je compte m’inscrire sur les listes d’attente en espérant que le délai ne gâchera mes chances de réussite, l’âge passant. Je continue toutefois à me documenter sur de nouvelles cliniques espagnoles. »

Même crainte du côté d’Amanda, 35 ans, en couple avec une femme. « Nous attendions depuis de nombreuses années que notre pays nous ouvre ce droit, c’est chose faite. Mais il y a beaucoup d’attente, nous sommes mal renseignées, mal orientées. Nous avons plus de 34 ans toutes les deux et voyons nos chances diminuer ; avoir un enfant est notre souhait le plus cher, mais à quel prix et au bout de combien de temps ? »

Laetitia, 39 ans, partage aussi cette impression en demi-teinte. « Je misais beaucoup sur cette loi jusqu’à ce que plusieurs gynécologues me fassent savoir que mon temps d’attente sera de deux ans minimum et vu mon âge, il m’a donc été conseillé de continuer à l’étranger. J’espère qu’on ne nous laissera pas tomber. Et si ce n’est pas pour moi, j’y crois fort pour les générations suivantes. C’est déjà une très belle avancée. »

« Nous espérons que la campagne va inciter des hommes à donner leur sperme »

Cette avancée ne se traduira par des grossesses qu’à condition d’augmenter les dons de sperme et les moyens humains. Ce que le gouvernement souhaite. Olivier Véran s'est engagé à réduire les délais pour initier un parcours PMA à six mois et a débloqué pour ce faire  une enveloppe de 4 millions d’euros supplémentaires dès cette année. Par ailleurs, une campagne de sensibilisation au don de sperme est prévue en octobre. « Nous espérons que la campagne va inciter certains hommes à donner leur sperme afin que cette loi puisse nous permettre de réellement fonder nos familles », explique Julae, 32 ans.

Pour Sophie, enceinte de 5 mois après une PMA « artisanale » en France, cette campagne de sensibilisation n’est qu’une étape. « Par la suite, j’aimerais un autre enfant via une PMA, en espérant que la France autorise à utiliser des banques de spermes étrangères. Dans les pays européens comme l’Espagne, la Belgique, le Danemark, la République tchèque, les donneurs et donneuses sont rémunérés, contrairement à la France. Tant que les donneurs ne seront pas rémunérés, les échantillons de sperme disponibles n’augmenteront pas. »